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Le rassemblement contre l'antisémitisme divise déjà la classe politique

Olivier Faure est à l'origine du rassemblement.

Olivier Faure est à l'origine du rassemblement. - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Quatorze partis politiques ont appelé jeudi soir à un rassemblement transpartisan contre l'antisémitisme à Paris mardi prochain. L'absence de La France insoumise et du Rassemblement national dans le communiqué commun a été remarquée. La première soutient l'initiative et assure ne pas avoir été approchée, ce qu'Olivier Faure, à l'origine de l'initiative, dément, tandis que le second a été sciemment écarté, à son grand dam également.

Sur le fond, tout le monde est d'accord, mais sur la forme, les dénégations et les critiques se succèdent. Et la concorde continue à fuir un sujet, la nécessité de combattre l'antisémitisme, qui, de l'avis de tous, devrait pourtant faire consensus. Jeudi, soir quatorze familles politiques, du Parti communiste à La République en Marche, s'associaient dans un même communiqué pour appeler à se rassembler mardi prochain, sur les coups de 19h, Place de la République à Paris.

"Nous sommes tous concernés" 

Le rendez-vous, pris à l'initiative du Parti socialiste d'Olivier Faure, s'inscrit dans une actualité assombrie qu'il cherche à dénoncer, entre annonce d'une recrudescence très importante d'actes antisémites l'an passé, dessin à l'effigie de Simone Veil défiguré par une croix gammée, tag "juden" projeté sur la vitrine d'un commerce parisien, ou encore arbres à la mémoire d'Ilan Halimi profanés et sectionnés. 

"Nous sommes tous concernés. L'antisémitisme n'est pas l'affaire des Juifs. Il est l'affaire de la Nation toute entière. (...) Nous portons dans le débat public des orientations différentes, mais nous avons en commun la République. Et jamais nous n'accepterons la banalisation de la haine. C'est pourquoi nous appelons l'ensemble des Français à se réunir dans toutes les villes de France pour dire ensemble: NON, l'antisémitisme, ce n'est pas la France", proclame notamment le texte du communiqué.

Le RN n'est "pas surpris" 

Pour autant, trois formations majeures manquent à l'appel: le Rassemblement national, Debout la France et La France insoumise. Les raisons de cette absence sont variables mais aucune ne tient à la volonté du mouvement en question. Dans le cas du premier, il ne s'agit visiblement pas d'un malentendu. Les organisateurs ont expliqué qu'ils n'avaient convié que les partis qu'ils jugeaient "républicains". Sur Twitter, Marine Le Pen a confirmé jeudi que le RN n'avait "pas été sollicité". Sur notre antenne ce vendredi, le député élu dans le Nord, Sébastien Chenu, a lancé: 

"Je ne suis pas surpris des mauvais coups de ces vieux partis politiques pourris comme le Parti socialiste, qui utilise l’antisémitisme comme un instrument pour en tirer un vague bénéfice politique. Nous avons été consciencieusement écartés de cet appel par le Parti socialiste qui agit avec un cynisme abject, comme si c’était une chasse gardée électoraliste. Mais personne ne doit être dupe de cette manœuvre. Non seulement, ces partis politiques n’ont que des intérêts électoraux à essayer de tirer de tout cela mais nos compatriotes de confession juive peuvent compter sur nous pour les défendre contre toutes les formes de violence, contre toutes les attaques, malgré les bassesses de cette politique aux abois."

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a évoqué sur le réseau social une "manipulation des partis du système". 

Jean-Luc Mélenchon dénonce "une grossière provocation du PS"

Le cas de La France insoumise semble relever quant à lui d'une forme de mauvaise foi, sans qu'on sache toutefois dans quel sens elle s'exerce. Jean-Luc Mélenchon a tancé le Parti socialiste dans la foulée de la parution du communiqué:

"Grossière provocation du PS qui nous écarte de la marche contre l’antisémitisme. La Ligue de défense juive avait fait pareil à la marche Knoll. La lutte contre l'antisémitisme mérite mieux que des manœuvres politiciennes."

Manuel Bompard, directeur des campagnes de La France insoumise, a assuré sur notre plateau jeudi, n'avoir pas "reçu de proposition" en vue du rassemblement.

Olivier Faure lui a répondu: "Je tiens à votre disposition le message adressé à Jean-Luc Mélenchon sur Telegram. Vous verrez qu’il l’a reçu et lu à 15:06 mardi. Sans y répondre". Peu importe, les Insoumis soutiennent l'appel et se joindront de toute façon à l'événement, comme l'ont dit Manuel Bompard et Manon Aubry, tête de liste LFI aux européennes. 

Pataquès 

Eric Coquerel, député LFI élu en Seine-Saint-Denis, a déploré cette situation ce vendredi sur BFMTV:

"C'est un problème de communication avec le Parti socialiste ou peut-être de choses un peu plus désagréables parce que franchement, on n’a pas très bien compris qu’un tel appel sorte sans la France insoumise ou le Parti de gauche. (…) Je trouve qu’il y a de pratiques étonnantes. J’espère que ce n’est pas une tentative d’instrumentalisation de cette question parce qu’elle est trop sérieuse et trop grave pour qu’on se prête à ce genre de choses."

Plus tôt, dans la matinée, notre éditorialiste politique Christophe Barbier, a fait remarquer que le quiproquo tient à une forme d'isolationnisme de La France insoumise: 

"Il y a eu visiblement un pataquès. Ils sont d’accord mais ne sont pas dedans, ils pourraient l’être, voudraient l’être. Bon, il n’y a pas de problème avec l’antisémitisme à La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon est tout sauf un antisémite. Mais Jean-Luc Mélenchon et les siens ont un problème avec l’union. Venir se mêler aux autres partis, ça leur fait mal", a détaillé l'éditorialiste. 

Marine Le Pen "insoupçonnable" 

Christophe Barbier a par ailleurs estimé que les auteurs de l'appel auraient dû étendre l'invitation au Rassemblement national.

"Sur ce sujet-là, Marine Le Pen depuis qu’elle a pris les rênes de son mouvement, elle est irréprochable. Elle est insoupçonnable. (...) Elle a d’ailleurs fait un argument électoral de cette position puisqu’elle a expliqué à la communauté juive lors de la dernière présidentielle qu’elle était leur rempart le plus efficace, notamment contre l’islamisme. Sur l’islam et l’immigration, elle demeure extrémiste. Sur ce sujet-là, ce n’était pas la peine de l’ostraciser", a détaillé Christophe Barbier. 

Ce vendredi de nouveaux partis politiques, associations et mouvements se sont joints à l'appel du PS. Dans un nouveau communiqué ils sont désormais 27 à participer à cet union dont entre autres des partis centristes, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme ou encore le Mouvement juif libéral de France.

L'appel à l'union contre l'antisémitisme
L'appel à l'union contre l'antisémitisme © Capture d'écran
Robin Verner