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Le plus difficile reste à venir pour Nicolas Sarkozy

La majorité a limité les dégâts aux élections régionales en gardant notamment l'Alsace, mais le plus dur est à venir pour le président Nicolas Sarkozy, sommé par ses troupes de revenir aux "fondamentaux" de la droite. Au niveau national, la gauche totalis

La majorité a limité les dégâts aux élections régionales en gardant notamment l'Alsace, mais le plus dur est à venir pour le président Nicolas Sarkozy, sommé par ses troupes de revenir aux "fondamentaux" de la droite. Au niveau national, la gauche totalis - -

par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou PARIS - La majorité a limité les dégâts aux élections régionales en gardant notamment l'Alsace, mais le plus...

par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La majorité a limité les dégâts aux élections régionales en gardant notamment l'Alsace, mais le plus dur est à venir pour le président Nicolas Sarkozy, sommé par ses troupes de revenir aux "fondamentaux" de la droite.

Après avoir été dans le déni de la défaite pendant tout l'entre-deux-tours, François Fillon a reconnu dimanche soir le succès de la gauche, créditée de plus de 54% des suffrages.

Le Premier ministre, qui a fait activement campagne, a dit assumer sa part de responsabilité dans la déroute de la droite, qui a fait un de ses plus mauvais score de second tour (35,4%) de l'histoire de la Ve République, même si ses victoires en Alsace, à La Réunion et en Guyane atténuent le choc.

Le chef du gouvernement, qui a rendez-vous lundi matin avec Nicolas Sarkozy à l'Elysée pour évoquer un remaniement du gouvernement, ne présentera cependant pas sa démission, même pour la forme, assure son entourage.

Dans la ligne du chef de l'Etat, qui disait le 12 mars au Figaro Magazine que les élections régionales n'auraient pas de conséquences nationales, il a estimé que la situation du pays demandait de la "continuité" et de la "ténacité".

"On ne gouverne pas un grand pays comme la France au rythme des élections locales mais en gardant le cap fixé par les élections nationales", a-t-il dit.

D'autres dirigeants de la majorité présidentielle ont reconnu la défaite et fait leur mea culpa, comme le ministre de l'Immigration Eric Besson, accusé d'avoir affaibli l'UMP par son débat sur l'identité nationale française.

"CREVER LES ABCÈS"

Mais le secrétaire général du parti, Xavier Bertrand, et la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, ont insisté sur la poursuite des réformes avec, comme priorité, la "sortie de crise" et l'emploi.

Cela ne suffira sans doute pas à désarmer la colère d'élus de l'UMP, qui ont rendez-vous mardi matin à l'Assemblée pour une réunion qui risque de tourner au défoulement collectif.

"Le message du Premier ministre est un message convenu un soir d'élection difficile", a ainsi déclaré à Reuters le député Lionnel Luca. "On ne fera pas l'économie d'un bilan franc. Il faut avoir le courage de se dire les choses."

"Le ton est différent de celui de dimanche dernier mais ça ne suffit pas. Il faut que les actes suivent. Il faut un nouveau contrat entre nous sur ce qui reste à faire au cours des deux prochaines années", a-t-il ajouté. "Si les conséquences ne sont pas tirées, ça sera sanglant en 2012 (pour la présidentielle)."

Pour le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, qui a été reçu à l'Elysée deux fois la semaine passée, le gouvernement doit renouer avec les bases qui ont permis l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007.

Il faut "faire oeuvre de lucidité" et "crever les abcès", a-t-il dit. "Le programme de travail est très simple : revenir à nos fondamentaux et imaginer la construction d'un nouveau pacte majoritaire avec les Français."

Un contrat reposant sur piliers "clairs", a insisté Jean-François Copé : les réformes "vitales pour le pays" que sont la refonte des retraites et la réduction des déficits publics ; l'emploi, la justice sociale et la compétitivité ; et "le retour aux valeurs de la République", avec l'interdiction du voile intégral (la "burqa").

"Je pense de la même manière que la France rurale nous a adressé un message de désespérance auquel il faut répondre", a souligné le chef de file des députés UMP.

REMANIEMENT "MODESTE" OU "POLITIQUE" ?

Parmi les alliés de l'UMP, certains ont fait entendre leur petite musique. Le ministre de la Défense, président du Nouveau Centre, a ainsi souhaité que sa formation soit mieux entendue.

Une nouvelle fois, Hervé Morin n'a pas exclu que le Nouveau centre, après s'être plié au jeu de l'union des formations de la majorité dès le premier tour aux régionales, joue sa propre carte à l'élection présidentielle de 2012.

Tout en prêchant la continuité, François Fillon a promis de respecter le vote des Français. Un premier signe sera donné par le remaniement ministériel auquel Nicolas Sarkozy procédera avec lui, sans doute dès lundi, selon une source gouvernementale.

Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant a évoqué ce week-end un remaniement "modeste" et "technique" et de "petits ajustements", tout en soulignant qu'il pouvait y avoir "du sens politique" dans des changements limités.

Dimanche soir, un membre du premier cercle de l'exécutif s'avouait cependant incapable d'en prédire l'ampleur - "Tout ça change beaucoup. Je ne sais pas comment ça va se passer."

Pour Lionnel Luca, "changer quelques têtes serait normal, mais il faut des ajustements très clairs pour montrer que le message a été compris".

La journée d'action à laquelle cinq syndicats appellent mardi pour la défense de l'emploi, du pouvoir d'achat et des retraites sera un autre test : on verra alors si la victoire de la gauche aux régionales dope la mobilisation sociale.

Avec Sophie Louet et le service France, édité par Yves Clarisse