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Le baromètre des éditorialistes - "Macron, c'est un monologue présidentiel"

L'absence de contradicteur face à un "Jupiter" élyséen inaccessible aux médias inquiète nos éditorialistes.

À l'inverse de François Hollande, Emmanuel Macron limite ses échanges avec la presse et verrouille sa communication. Une volonté de contrôle illustrée par le choix de s'exprimer devant le Congrès le 3 juillet et de supprimer l'interview du 14 juillet. Un plein exercice de la monarchie présidentielle qui soulève quelques doutes chez nos éditorialistes.

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> "Il n'y a qu'un émetteur"

"Il a tort: c'est très bien de parler au Congrès, de s'adresser à la nation, surtout en début de quinquennat, pour nous donner le cap. (...) Il n'empêche que c'était bien aussi d'avoir ce rendez-vous républicain en question-réponse, avec des contradicteurs. Si Emmanuel Macron ne veut pas du face-à-face avec TF1 et France 2, il peut renouveler cette forme télévisée. C'est vrai, assis de chaque côté d'un bureau, avec derrière les frondaisons de l'Élysée, c'était peut-être un petit peu usé. Changer la forme oui, supprimer ce rendez-vous non, c'est une erreur.

Ce changement de communication est fascinant et effrayant. Fascinant parce qu'il est ultra moderne, les images sont formidables - regardez les pseudos Jeux olympiques le week-end dernier. Inquiétant, parce qu'il n'y a qu'un émetteur, il n'y a pas de contradicteur, il n'y a jamais de question. C'est devenu un monologue présidentiel, avec ce préfixe 'mono', comme dans 'monarque', et ça c'est inquiétant."

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> "Mettre les journalistes à distance"

"C'est parfaitement assumé à l'Élysée: on est en train de copier non pas la présidence des États-Unis, mais le modèle Obama. Pas seulement parce qu'il fait un discours au Congrès à Versailles, comme le discours sur l'état de l'Union, mais parce qu'en choisissant le mode du discours pour s'adresser à la représentation nationale et au-delà aux Français, on met les journalistes et les médias à distance. Un discours, c'est l'assurance de ne pas être interrompu, de ne pas être critiqué, de ne pas être interrogé, et c'est comme ça depuis deux mois. Même à Matignon, on le sait, on l'a compris, et d'une certaine manière on le défend." 

L.N.