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Le baromètre des éditorialistes - "Le sale boulot, c'est le rôle du Premier ministre"

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron - Montage BFMTV

À Emmanuel Macron les grands principes, à Édouard Philippe leur mise en application. Pour les éditorialistes de BFMTV, le président a "teasé" lundi son Premier ministre, qui va devoir "s'affirmer" ce mardi devant les députés.

Le locataire de l'Élysée s'est exprimé lundi devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Emmanuel Macron a évoqué les grands principes directeurs de son quinquennat. Ce mardi, il revient à son chef de gouvernement, Édouard Philippe, de préciser les premières mesures gouvernementales et leur mise en œuvre lors de son discours de politique générale au Palais Bourbon.

"Le président de la République doit fixer le sens du quinquennat et c'est ce que je suis venu faire devant vous. Il revient au Premier ministre qui dirige l'action du gouvernement de lui donner corps", a précisé le chef de l'État.

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> Christophe Barbier: "Affirmez-vous, monsieur Philippe!"

"Le discours du président devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, ce n'était pas un sermon, même si avec Emmanuel Macron, quand il ne part pas dans les aigus comme dans ses meetings, il y a toujours un coté homélie. C'était un discours grave, sourd parfois, sépulcral, avec probablement vingt minutes de trop. Emmanuel Macron s'adressait à des parlementaires, à des journalistes, à des constitutionnalistes, c'est-à-dire des gens payés pour le regarder. Il n'était pas là pour faire un show ni conquérir des électeurs. C'est un texte de référence, ce n'est pas un numéro. Très écrit, c'est le bréviaire du lancement du quinquennat Macron. Et ce ne sera pas le dernier: on va avoir droit à d'autres discours de ce genre puisqu'il va revenir chaque année -la réunion du Parlement en Congrès va devenir un rituel annuel, NDLR. Il a posé une véritable philosophie du pouvoir. Voilà pourquoi cela a donné l'impression d'être un peu lourd. Il est utile, urgent de réduire le nombre de parlementaires mais aussi de les faire travailler plus vite avec des textes votés en commission, une navette avec le Sénat simplifiée, accélérée pour qu'on n’ait pas un an et demi de discussions parlementaires encore suivi d'un an et demi pour que l'administration prenne les décrets. La réforme de l'administration est aussi importante pour durcir et accélérer le mode de décision, tout comme la réforme du Conseil économique social et environnemental, une sorte de chambre des sages qui écoute les projets de loi et donne son avis. Tout cela va dans le bon sens. Il manque une audace: si on regarde bien, dans tout cela il faudrait supprimer le Sénat, faire voter en commission les textes techniques, renvoyer en hémicycle les textes très forts, politiques et symboliques, et faire des lois en six mois au lieu de deux ans. Quant au discours du Premier ministre, on en attend trois choses. D'abord un mode d'emploi de ce qu'a dit le président lundi. Emmanuel Macron a parlé d'effectivité. On attend donc la mise en œuvre concrète et précise des principes et la feuille de route du gouvernement et du Parlement pour les mois à venir. Il paraît que ça va changer du côté du programme fiscal, que peut-être la réforme de l'ISF pourrait être reportée ainsi que l'exonération de la taxe d'habitation parce que les finances ne sont pas bonnes. Le Premier ministre doit faire un exact état des lieux, juger s'il faut corriger le tir et déjà revenir sur certaines promesses ou un calendrier des promesses. J'ai envie de voir un Premier ministre, un vrai, un chef de majorité. Qu'Édouard Philippe ne soit pas seulement le grand bonhomme un peu sympathique qu'on a vu animateur de l'équipe depuis deux mois. Maintenant, c'est face à la nation, face aux parlementaires, affirmez-vous monsieur Philippe!"

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> Laurent Neumann: "Le sale boulot, c'est le rôle du Premier ministre"

"Hier, le président de la République a dit quoi, pourquoi. Aujourd'hui, Édouard Philippe doit dire comment. Le chef de l'État a fait hier une sorte de teasing. Il y avait toute une polémique: est-ce qu'il ne lui coupe pas l'herbe sous le pied? Eh bien non, il l'a au contraire mis en scène. Sauf que maintenant, le plus difficile commence. C'est lui qui va nous dire comment on fait avec la réforme du code du travail, avec le rapport de la Cour des comptes qui dit qu'il manque 4 à 5 milliards d'euros pour atteindre les 3% de déficit budgétaire. On sait déjà que l'indice des fonctionnaires est gelé. Mais tout le reste? La réforme de l'ISF, on la fait ou pas? La suppression de la taxe d'habitation qui devait s'appliquer à 80% des foyers, on la fait ou on ne la fait pas? C'est tout cela qu'il doit nous dire aujourd'hui. C'est le sale boulot et c'est le rôle du Premier ministre. Il y a suspense sur ce qu'il va nous dire. Il y a en revanche une chose sur laquelle il n'y a aucun suspense: le vote de confiance à la fin. Battra-t-il un record?"

Céline Hussonnois-Alaya