BFMTV

Le baromètre des éditorialistes: "L'Assemblée nationale ne représente plus rien"

Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron. - Montage BFMTV

Le premier tour des élections législatives est un succès pour les candidats d'En Marche!, puisque le mouvement arrive en tête avec 32,32% des voix. Cependant, cette victoire reste mitigée face au taux record d'abstention (51,29%). Les éditorialistes de BFMTV en analysent les causes.

Le premier tour des élections législatives qui s'est déroulé dimanche a été marqué par l'abstention massive des Français, avec 51,29%. Un électeur sur deux n'est donc pas allé voter, pour ce scrutin dont le parti d'Emmanuel Macron sort largement vainqueur, lui garantissant une majorité écrasante à l'Assemblée nationale.

-
- © -

> Laurent Neumann: "Beaucoup d'électeurs ne s'y sont pas retrouvés"

"Il y a deux complexités: d'abord, le Premier ministre va sur le terrain, c'est normal, c'est lui le chef de la majorité future à priori. Sauf que tout le monde a bien compris que le vrai patron, c'était Emmanuel Macron. D'ailleurs, qui a passé un petit coup de fil ou envoyé un SMS le soir des résultats du premier tour à la quasi-totalité des candidats En Marche!? C'est Emmanuel Macron.

Vous ne le voyez pas, mais en coulisses, il joue son rôle. C'est aussi compliqué pour Edouard Philippe d'aller soutenir parfois des candidats En Marche!, et parfois des candidats issus de son ancienne famille politique. On arrive à des paradoxes, comme à Paris, où le Premier ministre défend le candidat de la République en marche, qui n'est pas investi par la République en marche, M. Bournazel, alors qu'Emmanuel Macron donne son soutien à la candidate socialiste Myriam El Khomri, auteure de la fameuse loi qui porte son nom. 

Donc on comprend que les électeurs sur le terrain soient parfois un peu brouillés, c'est peut-être d'ailleurs une des raisons de l'abstention. Au fond, beaucoup d'électeurs ne s'y sont pas retrouvés, et ont préféré ne pas aller voter". 

-
- © -

> Christophe Barbier: "Monsieur le Président, vous devez mettre en place la VIe République"

"Cette majorité est psychologiquement friable. D'un côté, on sent bien qu'entre la nouveauté, le rafraîchissement, le renouvellement, l'inexpérience et de l'autre côté, le chèque en blanc fait à Macron, les Français ont choisi un risque. Et ce risque, Macron en sera responsable. 

Avec l'abstention, il faut surtout s'inquiéter pour l'Assemblée nationale, qui ne représente plus rien. Les gens n'ont pas voté pour des idées, ni pour des personnalités, mais pour des étiquettes dimanche. "Où est le candidat Macron? C'est lequel? Je le prends, je le mets dans l'urne". Cela montre bien que l'Assemblée nationale traverse une crise formidable. Si on veut sauver la partie parlementaire du régime, Monsieur le Président, vous devez mettre en place la VIe République, faire une réforme profonde, avec, par exemple, la suppression du Sénat, qu'on peut fusionner comme une Chambre des Sages avec le Conseil économique et social; avec le scrutin uninominal majoritaire à un tour pour les députés. On vote, et celui qui arrive en tête est élu, pas de deuxième tour, pas de désistement.

Et puis peut-être qu'on pourrait aussi voter pour des députés le jour du premier tour de la présidentielle: il y aurait plus de participation, et une meilleure répartition des votes. Il faut complètement changer les règles de la Ve République, en faire une VIe, sinon on risque de voir des institutions mortes."

Alexandra Milhat