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Le baromètre des éditorialistes - "difficile de convertir la victoire présidentielle en majorité législative"

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La victoire d'Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle débouche sur des élections législatives indécises, avec un enjeu pour le président élu: ne pas faire de faux pas jusqu'à ce scrutin décisif.

Au soir de son élection, Emmanuel Macron a réussi à immédiatement incarner la fonction présidentielle, grâce à une mise en scène soignée, jugent nos éditorialistes. Cependant, le nouveau président de la République ne bénéficiera d'aucun "état de grâce" et sera immédiatement confronté au défi des législatives, avec deux stratégies pour obtenir une majorité: le renouvellement ou le rassemblement.

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> "Une période à risque" s'ouvre pour Emmanuel Macron

"Un défi attend Emmanuel Macron, avec d’un côté la possibilité de faire une majorité présidentielle par le seul renouvellement des candidats En Marche! investis, ou bien, d’avoir une majorité par rassemblement, c’est-à-dire d’aller chercher des hommes et des femmes, des Républicains ou des socialistes, qui quittent leurs formations pour rejoindre En Marche!, ou bien aller chercher des hommes et des femmes élus sous une autre étiquette après le 18 juin pour compléter la majorité. Être seul aux commandes d’une majorité disciplinée ou être dans l’obligation de négocier chaque texte, ça changera complètement le fond et la forme des premiers mois du quinquennat. Beaucoup se disent ‘jouons le jeu de la majorité présidentielle‘. Et puis beaucoup ont fait leurs calculs: au second tour des législatives, il faut atteindre 12,5% des inscrits pour se maintenir, c’est-à-dire 25% des exprimés s’il y a 50% d’abstention. C’est un seuil extrêmement difficile à franchir. Beaucoup de députés ont pris leurs calculettes et constatent que si le candidat En Marche! arrive en tête et le candidat FN second, eux auront du mal à se qualifier. Avoir l’étiquette En Marche! pour éviter d'avoir un candidat En Marche! ‘dans vos pattes’, ça devient salvateur pour beaucoup de sortants. D'autant plus si les partis classiques sont tiraillés par des querelles idéologiques. Il sera très difficile de convertir la victoire présidentielle en majorité législative. Ça passe par deux choses. D’abord, l’incarnation sur le terrain: qui est monsieur ou madame Macron dans chacune des 577 circonscriptions? Si l’on veut renouveler, ça veut dire qu’on va donner la prime à des inconnus. Est-ce un bonus, ou un handicap? Ensuite, la stratégie nationale d’Emmanuel Macron, le coup de balai général ou le rassemblement. On le verra dès la nomination de son Premier ministre: soit un pur En Marche! qui devra pousser plus loin le renouvellement, ou un Premier ministre issu d’une autre histoire politique, qui sera là pour élargir le rassemblement. Macron a la capacité d’avoir une majorité pure s’il prolonge le souffle de cette présidentielle. Pas de chance, les législatives sont dans longtemps. D’ici là, c’est une période à risque: Emmanuel Macron sait que lui et son équipe gouvernementale doivent faire un sans-faute. Le candidat pouvait tout faire, pas le président. Il va devoir s’entourer, et s’entourer c’est toujours s’affaiblir."

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> "Une présidence jupitérienne"

"Dimanche soir, il y avait beaucoup de sobriété, de la lucidité, parce qu’Emmanuel Macron a regardé les résultats: il sait que sa victoire est fragile, que ce n’est qu’une première étape, qu’il y a les élections législatives, et d’ailleurs s’il l’avait oublié, tous ses opposants se sont chargés de le lui rappeler, avant même qu’il ait pris la parole pour certains. La bataille pour lui continue, évidemment.

Il a fait savoir qu’il voulait une présidence jupitérienne. Les images de dimanche soir montre qu’il sait déjà faire, qu’il s’est déjà glissé dans le costume présidentiel. La mise en scène servait à montrer qu’il était déjà investi de la fonction.

Ça tranchait singulièrement avec le soir du premier tour et l’épisode de La Rotonde. Il sait qu’au fond, tous les problèmes qui préexistaient avant cette élection continuent à exister au lendemain du second tour. Il a montré qu’il était lucide, il sait que la tâche politique continue dès cette semaine avec les investitures pour les législatives. Il sait que cette élection continue dans la deuxième manche, les législatives."

L.N.