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L'Observatoire de la laïcité remplacé par un Comité interministériel

Jean-Louis Blanco, président de l'Observatoire de la laïcité, en avril 2017 à l'Elysée.

Jean-Louis Blanco, président de l'Observatoire de la laïcité, en avril 2017 à l'Elysée. - Patrick KOVARIK / AFP

Les services de Jean Castex ont annoncé la création par décret "dans les tout prochains jours" d'un "comité interministériel de la laïcité", placé sous la tutelle du Premier ministre.

Matignon a tranché ce vendredi: l'Observatoire de la laïcité, connu pour son travail sur le terrain, mais vivement contesté, va être remplacé par un Comité interministériel, une décision saluée comme un gage d'"efficacité" pour les uns et dénoncée comme une "reprise en main étatique" par d'autres.

Les services de Jean Castex ont annoncé la création par décret "dans les tout prochains jours" d'un "comité interministériel de la laïcité", placé sous la tutelle du Premier ministre. Il réunira les ministères de l'Intérieur, de l'Education nationale et de la Fonction publique et sera doté d'un "secrétariat" sous l'égide de l'Intérieur. Ce même décret supprimera l'Observatoire de la laïcité, sur la sellette depuis plusieurs mois.

Cette instance consultative installée en 2013, qui réunissait des représentants des ministères, des experts et des parlementaires, était chargée de conseiller le gouvernement, à travers avis et rapports. Elle avait aussi pour mission de faire de la pédagogie auprès des écoles, entreprises et administrations, sur les principes de la laïcité (neutralité de l'Etat, liberté de conscience et de religion dans le respect des lois de la République...).

Accusé d'être trop laxiste

Depuis plusieurs années, elle était accusée par certains responsables politiques d'être trop laxiste vis-à-vis de l'islamisme, ce dont se sont toujours défendus ses responsables soutenus par de nombreuses associations.

Cette polémique a ressurgi en octobre après l'assassinat du professeur Samuel Paty devant son collège des Yvelines.

Le gouvernement assure que ce nouveau comité ne va pas "contre l'Observatoire" et qu'"il capitalisera sur le travail de terrain" réalisé pendant huit ans. L'objectif, souligne Matignon, est de "préparer l'application concrète" du projet de loi "confortant les principes de la République", qui doit être définitivement adopté par le Parlement d'ici la trêve estivale, en étant "opérationnel" et "efficace".

Ce projet de loi prévoit "une obligation de formation aux exigences du principe de laïcité pour tout agent public" et "la création de référents laïcité dans toutes les administrations", entre autres.

Une "plus-value perdue"

"Pourquoi supprimer l'Observatoire, une instance interministérielle qui réunissait aussi des experts et des parlementaires, pour le remplacer par une nouvelle instance interministérielle purement administrative ?", a regretté son président, Jean-Louis Bianco, dont le mandat s'est terminé en avril.

La "plus value" apportée par son autonomie, permise par la présence d'experts, "sera perdue", a jugé l'ex-ministre socialiste, qui a été reçu par Jean Castex vendredi matin. "La formation mise en place pour les quartiers de la politique de la ville" par plusieurs instances, dont cet Observatoire, "donne d'excellents résultats", a-t-il également souligné.

"C'est une reprise en main étatique de la question de la laïcité", a affirmé de son côté Philippe Portier, spécialiste de la laïcité à l'Ecole pratique des hautes études. En avril dernier, avec un collectif de 119 universitaires, il avait mis en garde le gouvernement contre la tentation de faire de la laïcité un "outil répressif, de contrôle et d'interdiction".

Avec ce mode de gestion très "centralisé" de la laïcité, il y a "l'idée qu'il faut éviter une pluralité de voix à l'intérieur de l'espace public", a déploré Philippe Portier, qui a également noté que le nouveau Comité ne comportait plus les dimensions "d'observation" et "d'analyse" de l'Observatoire.

Un Haut conseil?

L'idée, un temps évoquée au sein du gouvernement, de mettre en place en parallèle au nouveau comité un "Haut conseil à la laïcité" semblait depuis quelque temps avoir du plomb dans l'aile .

"On verra à moyen terme si une instance consultative sur les questions de laïcité peut trouver sa place et est nécessaire et attendue", s'est borné à déclarer une source proche du gouvernement. "Ce Haut conseil est dans les choux", a affirmé une source proche du dossier. "Le président Macron n'est pas enthousiaste, jugeant le projet trop sensible politiquement, surtout en période pré-électorale."

C.Bo. avec AFP