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L'Insoumis, le film sur Mélenchon, déprogrammé à Marseille

L'Insoumis, de Gilles Perret, sort le 21 février au cinéma.

L'Insoumis, de Gilles Perret, sort le 21 février au cinéma. - Capture d'écran Vimeo

Le réalisateur Gilles Perret dénonce des difficultés à faire programmer son film sur la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, qui sort en salles le 21 février prochain.

"Je m'attendais à ce que ce soit compliqué mais là ça dépasse l'entendement". Fin janvier, lors d'un entretien à BFMTV.com après une projection presse de son documentaire L'Insoumis, Gilles Perret évoquait quelques difficultés autour de la programmation de son film. Le réalisateur de La Sociale et Les Jours heureux, qui a suivi Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle, se disait surpris des réactions épidermiques provoquées par le sujet de son dernier film. Il regrettait de se retrouver "à parler de Mélenchon au lieu de parler du film".

Quelques semaines plus tard, il évoque "injustice" et "censure" alors que son film a été déprogrammé de la salle arts et essais qui avait accepté de le diffuser à Marseille. Pour la sortie de son documentaire, attendu en salles le 21 février, le réalisateur a en effet fait le choix de passer par un distributeur arts et essais. Vendredi dernier, l'équipe du cinéma Les Variétés, situé dans la circonscription où Jean-Luc Mélenchon a été élu député, lui a fait savoir que la programmation était annulée sur décision du patron de la salle, Jean Mizrahi. Une avant-première et une projection presse étaient notamment prévues avant la sortie du film.

Le propriétaire du cinéma y voit "un film de propagande"

"L'hôtel était réservé, tout était programmé", raconte Gilles Perret, qui déplore une "décision personnelle" du gérant, prise alors qu'il n'avait pas visionné le film. Interrogé dimanche soir par La Provence, le gérant reconnaît n'avoir vu que la bande-annonce, qui donne selon lui "l'image d'un film de propagande". Le lendemain, par le biais d'un communiqué, il explique avoir visionné le film et confirme sa décision. 

"Ce reportage n’est en aucun cas un film de cinéma mais plutôt un document télévisuel, qui ne prend aucune distance vis-à-vis de son sujet mais constitue plutôt un panégyrique. Il s’agit d’un exercice purement idéologique sans aucune volonté artistique, ou du moins sans résultat artistique", écrit-il. 

Il estime en outre que le rôle de son cinéma n'est pas "promouvoir ou dénigrer tel ou tel personnage public jouant un rôle local". Et il semble assumer cette décision unilatérale, puisqu'il écrit sur sa page Facebook "ce n'est pas l'équipe (du cinéma, ndlr) qui décide, c'est moi. Comme Mélenchon je rêve d'être dictateur", ajoute-t-il. Sur sa page personnelle, publique, il émet régulièrement des prises de position contre le leader de la France insoumise, et contre d'autres hommes politiques, dont Emmanuel Macron. 

"Le film est fait pour qu'on discute"

"C'est un film pour tout le monde, pas pour la France insoumise", répond Gilles Perret, qui estime n'avoir pas fait "de films balourds ou de propagande" au cours de sa carrière. Le réalisateur dit ne plus croire à l'objectivité depuis longtemps mais revendique la "sincérité" de sa démarche pour ce film.

"A titre personnel j'aime bien Jean-Luc Mélenchon, on voit bien la relation qu’on a (dans le documentaire, ndlr), mais c’est pas parce qu’on aime bien quelqu’un qu’on est d’accord avec tout ce qu’il dit. Je dis d’où je parle, je dis qu’on se connaît, je ne prends pas le téléspectateur pour un imbécile", ajoutait-il fin janvier. 

Pour son documentaire, il a suivi Jean-Luc Mélenchon pendant plusieurs mois, et livre une vision très intimiste de sa campagne, au plus près du personnage. C'est une image de Jean-Luc Mélenchon plus apaisée qu'à l'accoutumée qui en ressort. Et si la sympathie qu'il inspire à Gilles Perret transparaît, le film n'a rien d'un panégyrique. "Le film est fait pour qu'on discute", insiste Gilles Perret, qui se félicite que les avant-premières et les débats autour du film aient réuni beaucoup de monde, de tous horizons politiques. 

"La France insoumise fait peur"

Ce jeudi, le réalisateur explique que le film sortira finalement dans une quarantaine de salles, dont une partie ne sont pas classées arts et essais. A Paris, le documentaire sera par exemple diffusé à l'UGC des Halles, tandis qu'à Marseille, il sera hébergé finalement par la salle Pathé Madeleine.

Ugo Bernalicis, le député la France insoumise du Nord contacté par BFMTV.com, regrette cette polémique mais ne se dit pas étonné. En revanche, il veut croire que cela créera un intérêt supplémentaire autour du documentaire.

"La France insoumise fait peur et inquiète un certain nombre de milieux, mais c'est bon signe, ceux qui cherchent à nous nuire sont pires que mieux, cela va créer un attrait pour aller voir le film", estime-t-il.

Charlie Vandekerkhove