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Jean-Luc Mélenchon concurrence Marine Le Pen dans les classes populaires

Jean-Luc Mélenchon à Toulouse le 28 août. (Photo d'illustration)

Jean-Luc Mélenchon à Toulouse le 28 août. (Photo d'illustration) - Rémy GABALDA - AFP

Jean-Luc Mélenchon n'en finit plus de grimper dans les intentions de votes tandis que Marine Le Pen y décline depuis plusieurs semaines. Celle-ci se montre d'ailleurs plus offensive à présent contre le candidat de la "France insoumise".

Marine Le Pen a décidé de lâcher ses coups contre Jean-Luc Mélenchon. Au micro du Talk du Figaro ce lundi, la présidente du Front national a fait du candidat de la "France insoumise" alternativement "un immigrationniste absolu", un candidat susceptible de prélever "100 milliards d'euros supplémentaires" ou encore un candidat qui "un peu, comme Philippe Poutou, se fout des Français".

Si l'animosité des deux candidats à la présidentielle est connue, le calendrier de ces attaques n'est pas anodin. Marine Le Pen se rebiffe au moment où son rival, passé troisième homme du scrutin selon un sondage, se rapproche sensiblement de sa position dans l'opinion au point de pouvoir espérer se qualifier, à son détriment, pour le second tour de la présidentielle. Après avoir siphonné la base du candidat désigné par le Parti socialiste, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon peut-il détourner un nombre significatif d'électeurs de Marine Le Pen? 

La progression de Jean-Luc Mélenchon chez les jeunes et les ouvriers

Selon Eddy Fougier, politologue et chercheur associé à l'IRIS, Marine Le Pen a quelques raisons de s'inquiéter: "On sait qu'habituellement Marine Le Pen fait des scores assez élevés chez une partie des jeunes, notamment les jeunes ayant connu des difficultés scolaires. Or, Jean-Luc Mélenchon est en tête chez les jeunes. Même si ce ne sont peut-être pas les mêmes jeunes qui vont vers lui, c'est le symptôme qu'il la concurrence auprès de ce public." En effet, d'après un sondage Elabe pour Les Echos, Jean-Luc Mélenchon est le candidat préféré des 18-24 ans, avec 29% d'intentions de votes en sa faveur dans cette audience. 

Un autre sondage Elabe, livré mercredi dernier, cette fois pour BFMTV, avait indiqué un frémissement dans une autre partie de l'électorat. En examinant les suffrages estimés catégorie socioprofessionnelle par catégorie socioprofessionnelle, on observait que Jean-Luc Mélenchon fédérait 18% des intentions de votes des employés et 20% chez les ouvriers (soit une hausse de trois points depuis la fin mars pour cette dernière couche de la population). Certes, Marine Le Pen reste largement en tête dans ces fragments de l'électorat (33% des intentions de votes chez les employés, 39% chez les ouvriers) mais là aussi, elle subit une décrue.

Fin mars, elle rassemblait 45% du vote ouvrier selon un enquête du même institut. "Là encore, il y a une concurrence entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen mais elle est limitée. Car pour l'électorat populaire, notamment ouvrier, les thèmes de l'islam et de l'immigration pèsent lourd mais dans une élection qui semble devoir se jouer à peu de choses, une progression même limitée de Jean-Luc Mélenchon dans ce secteur de la population peut compter", analyse Eddy Fougier qui rappelle qu' "en 2012, Jean-Luc Mélenchon ne faisait pas un tel score chez les ouvriers". 

Humanisme et "dégagisme"

Ce crescendo du représentant de la "France insoumise" dans les classes populaires s'expliquent de diverses manières. "Jean-Luc Mélenchon capte une partie de cette aspiration antisystème, de ce désir d'essayer autre chose que Marine Le Pen incarnait jusqu'à présent avec une certaine radicalité", décrit le politologue qui poursuit: "En un sens, Jean-Luc Mélenchon cumule deux atouts qui peuvent plaire à la fois à une catégorie de jeunes et à une partie du monde ouvrier. Il a l'avantage présenté par un Emmanuel Macron, c'est-à-dire, pour le dire vite, une logique humaniste, et l'avantage présenté par Marine Le Pen, la radicalité." Sans compter que ces jeunes et actifs issus des classes populaires pourraient être tentés par "le dégagisme mélenchonien", ajoute Eddy Fougier. 

Enfin, le virage social opéré par la nouvelle présidente à la tête du FN à partir de 2011 et son eurosceptiscisme sont en passe d'être préemptés par le candidat soutenu par le Parti communiste: "Le Front national a suffisamment dit qu'il fallait préférer l'original à la copie pour que cette démarche joue contre lui pour ce qui est de la critique du capitalisme et de l'Europe libérale. Sur ces sujets-là, Jean-Luc Mélenchon est susceptible d'apparaître comme plus crédible", pose le chercheur associé à l'IRIS. 

Et si...ils se qualifiaient tous les deux? 

Mais il ne faudrait pas aller trop vite en besogne. Imaginer que Jean-Luc Mélenchon réussisse in fine son pari de parvenir au second tour de l'élection présidentielle ne signifie pas forcément une élimination-surprise de Marine Le Pen. L'incertitude de l'électorat ballotté par une campagne rendue trouble par les affaires et les contrecoups de la primaire à gauche, et la morosité économique pourraient bien servir les deux prétendants aux profils pourtant si différents: "Quand on regarde la situation économique et sociale et ce que les Français disent de la leur personnellement, ils sont plus nombreux à dire que les choses vont plus mal qu'auparavant que l'inverse. Auquel cas, un second tour, entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon est envisageable. Ce serait un scénario inédit à la gauche radicale écraserait la gauche de gouvernement, et la droite radicale la droite de gouvernement", conclue Eddy Fougier. 

Cette question ne sera tranchée qu'au soir du 23 avril. 

Robin Verner