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Isolé, sondages moins bons, visites chahutées: les difficultés s'accumulent pour Éric Zemmour

Éric Zemmour est à Marseille ce week-end, à quelques jours d'une probable déclaration de candidature à la présidentielle. Mais cette visite n'a rien d'une marche triomphale et expose davantage encore l'isolement grandissant du polémiste, accablé de plus par des sondages en berne.

D'irrésistibles ascensions puis des creux: on le sait une campagne présidentielle n'a rien de linéaire. Et celle - encore non officielle - d'Éric Zemmour patine désormais nettement.

Il y a quelques semaines encore, de thèmes personnels imposés sur le devant de la scène en sondages triomphants, l'essayiste semblait marcher sur l'eau et accessoirement sur sa rivale Marine Le Pen et les prétendants de la droite. Mais alors que sa déclaration de candidature semble imminente, il va désormais d'ornière en ornière: déplacements qui ne font plus recette, amis politiques qui se détournent de lui, soutiens financiers manquent, sondages moins bons, etc. Nombreuses sont les illustrations qui permettent de mettre en exergue les difficultés du candidat putatif.

Un moment de solitude

À l'en croire, rien d'alarmant. Alors qu'il se trouve en visite à Marseille ce week-end, la balade d'Eric Zemmour a tout d'abord été contrariée par un cortège de ses détracteurs et de manifestants antifascistes. "Elle a été simplement parasitée par des gens qui sont des militants bien organisés. On a l’habitude", a seulement ponctué le polémiste face aux journalistes, vendredi. Certes, ce n'est pas tout à fait la première fois que l'une de ses sorties est perturbée par une foule d'adversaires politiques. Mais cette fois, cependant, il donne l'impression de raser les murs. 15 petites minutes de déambulation, sans aucun échange avec les riverains. "Il y avait très peu de commerces ouverts et personne ne m’a proposé donc on a marché. (...) J'ai pas voulu déranger les gens, il n'y avait personne dans les rues", a-t-il tenté de justifier.

"C’est hallucinant qu’un probable candidat ne puisse pas échanger ou aller au contact des habitants!" s'est toutefois exclamé sur notre plateau ce samedi le chef du service politique de RMC, Jérémy Trottin. Et le comité d'accueil qui a bousculé le déplacement marseillais d'Eric Zemmour dès vendredi, s'est transformé en une tonitruante délégation de départ ce samedi dans la Gare Saint-Charles où celui-ci a rembarqué pour Paris. L'infortuné voyageur a dû passer, tête basse, devant une foule scandant des slogans peu amènes à son endroit, comme le montrent les images tweetées par notre journaliste dépêché sur place.

Ce rendez-vous sans relief terminé en queue-de-poisson illustre la solitude d'un héraut de l'"anti-système" qui apparaît surtout comme un homme sans appareil. "La critique qu’on entend monter aujourd’hui autour d'Éric Zemmour, c’est: 'Nous ne sommes pas assez professionnels, il nous manque du monde pour monter ces déplacements’', poursuit Jérémy Trottin. Avant d'ajouter: "Beaucoup de difficultés s’accumulent, la perte des soutiens financiers, politiques. Certains maires qui envisageaient de le parrainer sont en train de se rétracter pour parrainer Marine Le Pen".

Le doute monte chez ses amis

Récemment, même ses plus proches idéologiques et personnels ont eu tendance à froncer le sourcil. Le désamour a commencé le 13 novembre dernier avec la venue d'Éric Zemmour devant le Bataclan, au jour du triste anniversaire du carnage d'il y a six ans. Cet affichage sur les lieux d'un deuil national, ses mots hostiles à François Hollande qu'il a accusé d'avoir su "que des terroristes seraient infiltrés parmi les migrants" sans "arrêter le flot" ont indigné jusqu'au maire de Béziers, Robert Ménard. Invité sur notre antenne le 18 novembre, celui-ci en a profité pour dénoncer une saillie "pas à la hauteur" d'un aspirant à la fonction suprême.

"Tu peux pas dire, au moment d'un procès, il y a le procès du Bataclan, le lieu qui incarne la souffrance de ces gens-là, avoir des mots de politique politicienne", estimait l'Occitan, ajoutant encore: "Je crois que ça finit par faire peur les propos qu'Éric tient."

Ils ont en tout cas fait peur à Philippe de Villiers. Fidèle parmi les fidèles - au point de quitter Albin Michel pour protester contre la décision de l'éditeur de ne pas publier le dernier ouvrage de l'ex-journaliste politique du Figaro - le Vendéen fera finalement faux bond à son ami et dans un moment crucial: le grand meeting, dimanche 5 décembre prochain, d'Éric Zemmour au Zénith de Paris. Philippe de Villiers ne lui a pas caché, comme l'a révélé Le Point cette semaine, craindre "qu'un soutien trop affiché ne nuise à la réputation du parc du Puy-du-Fou".

Une campagne "trop sale"?

Un désistement d'autant plus embarrassant pour Éric Zemmour que l'événement du Zénith doit succéder de quelques jours, en principe, à une déclaration officielle de candidature. Une déclaration dont on ignore encore tout, si ce n'est qu'elle a été attendue bien longtemps par ses soutiens... au point même de les faire s'impatienter et à montrer une forme d'incompréhension.

Cette fois, c'est la motivation même de l'auteur du Suicide français qui interroge. "Certains estiment qu’il n’aime pas ce type de campagne. Pour lui, faire campagne, c’est ‘un peu sale’ me disait un de ses proches récemment", a ainsi glissé Jérémy Trottin ce samedi. Et sa mésaventure de la veille a dû le conforter dans cette idée. Le magazine people Closer a dévoilé la grossesse de sa compagne et conseillère Sarah Knafo, entraînant immédiatement le dépôt d'une plainte par Éric Zemmour qui juge que sa vie privée a été violée.

Les vases communicants

C'est généralement dans ce genre de circonstances que les vases communiquent. Tandis qu'Eric Zemmour traverse une zone de gros temps, les nuages s'allègent au-dessus de la tête de ses challengeurs directs. Les candidats à la désignation des Républicains avancent vers leur congrès du 4 décembre - qui éclaircira définitivement leur situation - dans une relative sérénité, et Marine Le Pen a retrouvé son allant dans les sondages.

Mercredi, notre sondage Elabe "Opinion 2022" a ainsi jaugé les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen entre 20 et 22 points selon les cas, en progression de deux à quatre points. Eric Zemmour lui n'est plus mesuré qu'entre 12 et 15%, en chute de deux points. Après une dynamique inédite, sa progression s'est brutalement arrêtée, comme le montre notre agrégateur de sondages, l'Élyséemètre.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV