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"Il n'y a que des coups à prendre": LaREM s'inquiète de l'arrivée de la loi Climat à l'Assemblée

La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, le 24 novembre 2020 à l'Assemblée nationale

La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, le 24 novembre 2020 à l'Assemblée nationale - AFP / Anne-Christine Poujoulat

Présenté ce mercredi en Conseil des ministres, le projet de loi découlant des travaux de la Convention citoyenne sur le climat devrait faire l'objet d'âpres débats parlementaires.

À côté, le projet de loi sur le séparatisme pourrait s'apparenter à une promenade de santé. Ce mercredi, le texte découlant des travaux de la Convention citoyenne sur le climat est au menu du Conseil des ministres. Ce projet de loi "climat et résilience" doit être examiné à l'Assemblée nationale à partir de la fin mars.

Avec ses 65 articles et ses mesures reprenant pour partie les propositions des 150 citoyens tirés au sort, il suscite déjà de nombreuses craintes au sein de la majorité.

"Il y a autant d'articles que de bombes à retardement", peste un cadre du groupe La République en marche auprès de BFMTV. Une ministre va jusqu'à prédire: "Il n'y a que des coups à prendre."

"Je vais à l'abattoir"

Beaucoup de marcheurs ne se montrent pas empressés ni même prêts à assumer certaines des mesures contenues dans le projet de loi. Ils craignent surtout les polémiques à venir.

"Les débats vont durer trois semaines. La première, je serai malade, la deuxième, je garderai mon fils, la troisième, je serai en déplacement", plaisante un pilier de la majorité.

Une autre députée LaREM ajoute: "On va se prendre les 150 excités sur le dos. Ça va être plus compliqué que le séparatisme. Je vais à l'abattoir."

Reculs, excès et oublis

Les raisons derrière ce pessimisme peuvent se résumer en une formule: l'effet boomerang. Après avoir affiché une grande ambition écologique durant la législature, notamment à partir de la grève mondiale pour le climat de 2019 et l'émergence de figures comme Greta Thunberg, la macronie sait qu'elle peut difficilement faire autre chose que décevoir.

Entre les reculs, les mesures citoyennes peu réalisables mais que la Convention tient à voir maintenues et les angles morts potentiels du texte, les députés vont faire face à de forts vents contraires.

Au menu des reculs, il y a le chèque alimentaire, le temps de trajet en avion minimum qui pourrait justifier des suppressions de ligne (la Convention a demandé 2h30, l'exécutif s'en tient à 4 heures) et le moratoire sur la 5G qui figurait parmi les propositions. Celui-ci a été balayé d'un revers de main par Emmanuel Macron lui-même lorsqu'il a affirmé ne pas croire "au modèle Amish".

Les mesures excessives ou peu réalisables incluent, par exemple, l'obligation de rénovation des bâtiments et l'interdiction des publicités pour les produits polluants. Beaucoup de députés LaREM craignent d'avoir à se prononcer sur des mesures trop radicales et non applicables. "La boîte à baffes est ouverte", déplore une source parlementaire auprès de BFMTV.

Enfin, il y a les sujets non abordés, les angles morts que les marcheurs s'attendent à voir les oppositions raviver, notamment le glyphosate et la taxe carbone.

Pompili dans le collimateur

En sus du fond, la majorité se dit également inquiète sur l'incarnation de ce projet de loi explosif. Beaucoup de députés ont la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, dans leur collimateur. D'après eux, l'ex-secrétaire d'État à la Biodiversité de François Hollande n'est pas à la hauteur de l'enjeu, hautement technique et politique.

"Pompili, elle ne bosse pas. Elle plane, elle survole, elle lit ses notes. Heureusement, on a un bon ministre de l'Agriculture, ça compense", dit un parlementaire, faisant allusion à Julien Denormandie.

Un autre estime que "Pompili a peu de soutien au Parlement" et qu'elle "n'attache pas d'importance à structurer son réseau parlementaire". Cela étant, la ministre dispose tout de même d'un courant, En Commun, qui compte certains députés issus de l'aile sociale-démocrate du groupe, notamment Hugues Renson ou Jacques Maire.

Les débats en commission spéciale à l'Assemblée auront lieu du 1er au 15 mars, avant un début d'examen du projet de loi le 29 mars dans l'Hémicycle.

Par Thomas Soulié et Elisa Betholomey avec Jules Pecnard