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Pourquoi le tour de France de Macron fait jaser les oppositions

Le chef de l'État a commencé mercredi un "tour de France des territoires" afin de "prendre le pouls du pays", après des mois d'une interminable crise sanitaire.

Cure de silence pour les ministres. À un mois des élections départementales et régionales est entrée en vigueur, depuis dimanche dernier, la période de réserve électorale, à laquelle sont astreints les membres du gouvernement jusqu'au 27 juin, c'est-à-dire le second tour des deux scrutins.

Si les ministres sont soumis à cette obligation, et doivent par conséquent - sauf exception - s'abstenir de se déplacer ou de faire des déclarations qui pourraient influencer le cours du scrutin (les contours de cette période ont été fixés par Matignon dans une circulaire édictée en avril), elle ne s'applique pas à tous les membres de l'exécutif, et notamment au premier d'entre eux: le président de la République.

"Bâton de pèlerin"

Délié de ce devoir, Emmanuel Macron a engagé mercredi un "tour de France des territoires" avec un premier déplacement à Saint-Cirq-Lapopie, dans le Lot, avant de se rendre à Martel et à Cahors, dans le même département du Sud-Ouest. Un périple qui mènera par la suite le chef de l'État dans une dizaine de régions et en outre-mer pour prendre la température en France, durement éprouvée par la crise sanitaire qui sévit depuis plus d'un an.

"Je veux reprendre mon bâton de pèlerin et aller dans les territoires pour prendre le pouls du pays, aller au contact", avait-il déclaré fin avril à la presse régionale.

À moins d'un an de la prochaine élection présidentielle, d'aucuns voient ce tour de France d'un mauvais oeil, comme le montre un sondage réalisé par Odoxa-Blackbone pour Le Figaro. Selon cette enquête, 56% des personnes interrogées entraperçoivent en ces déplacements "une campagne déguisée en vue de sa réélection".

"Ne pas déséquilibrer les temps de parole"

Emmanuel Macron est également sous le feu des critiques d'une partie de la classe politique. En déplacement à Saint-Chamond (Loire) jeudi, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, candidate à la présidentielle, a jugé qu'Emmanuel Macron était "en campagne", comme elle.

"La seule différence entre lui est moi, c'est que je suis en campagne en respectant les comptes de campagne, lui non", a-t-elle taclé, avant de s'interroger:

"Est-ce qu'il y a une seule personne en France qui n'a pas compris qu'Emmanuel Macron profite de sa fonction de président de la République pour faire la campagne des régionales?", s'est-elle demandée. "Moi, je veux bien croire au hasard, nous sommes Français nous croyons parfois au hasard, mais que l'intégralité de ses déplacements s'effectue dans les trois dernières semaines avant les élections régionales, je pense que là, vraiment, le hasard a bon dos", a tonné la députée du Pas-de-Calais.

Sur France Info mercredi, Valérie Pécresse, présidente ex-Les Républicains (LR) de la région Île-de-France, en campagne pour sa réélection, a aussi vertement tancé l'initiative présidentielle:

"Ce qui me choque, c'est que ce tour de France commence à trois semaines des régionales et pendant une période de réserve politique où les ministres et le gouvernement n'ont pas le droit de s'exprimer", a fustigé l'ancienne ministre de François Fillon.

"La loi exclut le président de la République de cette réserve. Moi, je pense qu'il devrait, en bon républicain, se l'appliquer aussi de façon à ne pas déséquilibrer les temps de parole", a-t-elle ajouté.

"Comment le pays est dirigé?"

Son de cloche similaire jeudi sur RTL. Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France, également candidat à sa propre succession et sur la ligne de départ pour la présidentielle de 2022, n'a pas masqué son agacement.

"Il est en campagne", a critiqué l'ex-Les Républicains, "pour les régionales" comme pour "la présidentielle". "Mais pendant ce temps-là, comment le pays est dirigé?", a poursuivi Xavier Bertrand, qui avait déclaré peu avant que "de sa part, il n'y a(vait) plus grand chose qui (le) surpren(ait) ou (le) choqu(ait)".

À gauche de l'échiquier politique également, les déplacements d'Emmanuel Macron laissent un goût amer.

"C'est irrespectueux des usages démocratiques. Tous ses prédécesseurs ont respecté cette réserve, et le Premier ministre l'impose aux ministres", a tweeté la patronne des députés socialistes Valérie Rabault, élue dans le Tarn-et-Garonne voisin du Lot.

"Le président de la République est le président de tous les Français. Il va à leur rencontre comme il le fait depuis quatre ans, à un moment où la reprise se dessine", lui a opposé le député La République en marche Roland Lescure sur le réseau social.

"J'ai du mal à croire que l'actuel président ne puisse décaler de 20 jours son tour de France. Être président de tous les Français, c'est respecter tous les Français, donc la démocratie", a répliqué la députée socialiste.
Clarisse Martin Journaliste BFMTV