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Hollande, Valls, Montebourg: dans son livre, Cambadélis règle ses comptes

Jean-Christophe Cambadélis le 15 décembre 2015 à Paris.

Jean-Christophe Cambadélis le 15 décembre 2015 à Paris. - François Guillot - AFP

Dans son livre Chronique d'une débâcle, Jean-Christophe Cambadélis revient sur le mandat de François Hollande qu'il a vécu comme Premier secrétaire du Parti socialiste. Il s'y montre peu amène envers François Hollande, Manuel Valls ou encore Arnaud Montebourg.

Le choix d'un titre n'est jamais anodin. Dans sa Chronique d'une débâcle, Jean-Christophe Cambadélis n'en est pas à l'heure des amabilités. Listant les échecs "plus nombreux" que les réussites, celui qui a annoncé le 18 juin dernier sa démission du premier secrétariat du Parti socialiste à l'issue de législatives qui l'avaient vu perdre son siège de député distille quelques anecdotes. Le Figaro s'attarde sur l'une d'entre elles dans cet article: la découverte par François Hollande des ambitions d'Emmanuel Macron.

"Mais non, je réponds de lui"

La scène se passe un soir de juillet 2016. Comme chaque semaine, les cadres de la majorité se retrouvent pour un dîner dans les appartements privés du pensionnaire de l'Elysée de l'époque. Au même moment, Emmanuel Macron, sans vraiment se déclarer candidat à la présidentielle, tient en grandes pompes le premier meeting de sa formation "En marche" et ses propos ne laissent que peu de place au doute. Les convives élyséens veulent suivre le discours de celui qui est encore ministre de l'Economie seulement, il n'y a pas de télévision dans la salle à manger où ils sont attablés. Le personnel s'échine bientôt à y disposer un "immense écran" mais celui-ci fonctionne mal. Jean-Christophe Cambadélis raconte:

"Il s'éteint puis redémarre, avec un Macron couleur pastel puis virant au rouge... pendant que Didier Guillaume, président du groupe socialiste au Sénat, mime l'orateur, reproduisant ses propos, étant donné que nous n'avons plus de son. Le président rit jaune. Il s'énerve même, fait rarissime."

L'ancien parlementaire poursuit son récit:

"Emmanuel Macron vire au vert pâle et sa voix tourne au ralenti. La tablée est prise d'un fou rire. Stéphane Le Foll rappelle qu'il l'avait bien dit. Le président est au paroxysme de l'agacement en éteignant le téléviseur. Tout le monde comprend qu'Emmanuel Macron ne reviendra pas, ne se retirera pas, ne se rabattra pas".

Pourtant, Jean-Christophe Cambadélis l'assure, il a à plusieurs reprises averti François Hollande du risque que représentait pour lui la trajectoire d'Emmanuel Macron. "Mais non, je réponds de lui", dédramatise un jour le chef de l'Etat d'alors. 

"Même le plus grotesque"

Jean-Christophe Cambadélis ne s'en prend pas seulement à la naïveté réelle ou supposée de François Hollande mais lui prête aussi une fâcheuse tendance à acquiescer à toutes les sollicitations de son entourage, comme le relève Challenges qui livre les bonnes feuilles de l'ouvrage. Il se souvient ainsi qu'à peine élu président de la République, François Hollande avait embrassé Valérie Trierweiler, qui le lui avait demandé, lors des festivités place de la Bastille le soir de sa victoire.

"Cette scène révèle à la France entière la manière dont il la présidera: on pourra tout lui demander, même le plus grotesque, il y répondra. Il ne sera pas l’homme qui dit non. Il fera au mieux."

Le "hara-kiri" de Manuel Valls

Jean-Christophe Cambadélis ne se borne pas à juger François Hollande mais dit aussi son mot sur d'autres figures de ce quinquennat. Il fait notamment part de sa vision défavorable du choix de Manuel Valls de soutenir publiquement Emmanuel Macron à quelques jours du premier tour de la présidentielle. 

"J’ai de l’amitié pour Manuel Valls, mais son attitude équivaut pour le coup à un hara-kiri. Qu’il soit en désaccord avec l’orientation de Benoît Hamon, que cette gauche lui semble incapable d’être à la hauteur du temps présent, on l’avait compris. Mais, il suffisait d’attendre", commence-t-il ajoutant plus tard: "Non seulement Manuel Valls n’attendit pas, provoquant l’éparpillement de ses propres amis, mais il s’engagea avec Emmanuel Macron dans une stratégie digne du 'génie des Carpettes'" . 

Enfin, Jean-Christophe Cambadélis lâche aussi ses coups contre le tenant d'un autre courant au sein de la gauche de gouvernement: Arnaud Montebourg. "Arnaud Montebourg est un homme de cause. Son style, c’est la plaidoirie. Il ne pense pas, il plaide. Il ne discute pas, il plaide. Il ne débat pas, il plaide... sans cesse", déclare-t-il. L'ex-patron des socialistes n'aura décidément pas épargné ses anciens camarades.
Robin Verner