BFMTV

Hollande n’a plus le droit d’être gentil

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

François Hollande tient ce mardi la première conférence de presse de son quinquennat sur fond de crise économique persistante et d’impopularité croissante. Peut-il restaurer son image ?

Le magazine Psychologies a décerné lundi à François Hollande le prix de la gentillesse en politique. C’est une récompense attribuée par un jury de journalistes sûrement eux-mêmes très aimables – en tout cas avec le président – et il est cocasse que l’annonce en ait été faite la veille de sa conférence de presse, soit à un moment où il doit montrer à la fois de l’autorité, de la fermeté et de la compétence. C’est le destin de Hollande : sa bonhommie lui joue des tours. A ce stade, il aurait plus eu besoin d’être classé « homme le plus coriace de l’année » ou le plus ferme, le moins inconstant. Un président n’a pas forcément intérêt à apparaître trop gentil. En tout cas pas avec tout le monde.

Voulez-vous dire que François Hollande a fait preuve de faiblesse ? D’après vous, c’est ce que lui reprochent les Français ?

En partie. Faiblesse face aux circonstances, à certains de ses engagements – voire à ses convictions. Une partie de l’opinion l’a trouvé trop gentil avec Angela Merkel qu’il avait promis de faire plier sur le traité européen. Une autre l’a trouvé exagérément soumis à l’orthodoxie socialiste en matière de dépenses publiques. Certains l’ont aussi jugé trop faible avec sa compagne, qui l’a mis en difficulté avec son tweet malheureux ; trop indulgent avec les Verts, qui n’ont pas voté le traité européen ; trop complaisant avec les patrons – par exemple dans l’épisode des « pigeons »… Le problème, c’est que rien de tout cela n’est vraiment faux.

L’Elysée a beaucoup dit que la conférence de presse de ce mardi doit servir à « redonner de la cohérence » à son action. Comment le comprenez-vous ?

François Hollande ne peut pas démontrer qu’il suit un cap : il en a changé. La vérité, c’est qu’il y a bien eu, depuis la rentrée, un double virage : celui de la rigueur budgétaire et celui de la compétitivité – d’abord une baisse drastique des dépenses publiques, puis des allègements massifs sur le coût du travail. Quoi qu’il en dise, même s’il est resté autant que possible dans le flou, ce n’est pas sur cette politique qu’il a été élu. Il faut donc qu’il se justifie. C’est un exercice qui requiert des capacités didactiques et… dialectiques. Reconnaissons qu’il n’en manque pas.

Il avait promis qu’il ne tiendrait plus de conférences de presse à l’Elysée, comme ses prédécesseurs, mais dans un « lieu neutre ». Pourquoi a-t-il changé d’avis ?

C’est un engagement inepte, qui remonte aux débuts de la pseudo « présidence normale ». Maintenant, nous en sommes à la présidence normalisée. Et François Hollande a grand besoin de tous les attributs du pouvoir pour consolider le sien – y compris, donc, le décor de l’Elysée, tout en majesté et en dorures. Il a aussi besoin d’une omniprésence médiatique à la Sarkozy pour imprimer son message : neuf interviews depuis son élection – dont quatre à la télé et quatre dans la presse ces deux dernières semaines ! Son message principal est que la politique doit échapper au temps court. Il n’a pas tort. Mais s’il n’accélère pas un peu, les Français vont finir par trouver le temps long.

Pour écouter le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mardi 13 novembre, cliquez ici.

Hervé Gattegno