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Réforme des retraites: Édouard Philippe appelle à "ne pas tomber dans l'immobilisme"

Le Premier ministre Edouard Philippe lors d'un discours à l'Elysée, le 15 janvier 2020

Le Premier ministre Edouard Philippe lors d'un discours à l'Elysée, le 15 janvier 2020 - Benoit Tessier / POOL / AFP

Dans une longue interview accordée à La Croix et à paraître ce vendredi, le Premier ministre affiche sa confiance pour les débats parlementaires à venir, qui se télescoperont avec les travaux de la "conférence des financeurs".

Édouard Philippe le sait, les retraites sont "un sujet complexe et anxiogène". Mais il se dit confiant pour le projet de loi qui doit être présenté en Conseil des ministres vendredi. Dans une longue interview à paraître le même jour dans les colonnes de La Croix, le Premier ministre fait le bilan des récents soubresauts subis par le gouvernement, notamment de la grève historique qui a suivi l'annonce de la réforme. Le locataire de Matignon tente par ailleurs d'afficher sa confiance pour la suite.

"Il est très difficile de susciter d'emblée l'adhésion et l'enthousiasme" sur le sujet, se défend-il dans l'entretien. Il insiste néanmoins, comme il l'a fait à plusieurs reprises depuis le mois de décembre, sur le fait que "beaucoup de nos concitoyens ne comprennent pas pourquoi subsistent des régimes spéciaux très favorables". 
  • La conférence de financement "lancée le 30 janvier"

Réitérant son satisfecit vis-à-vis des syndicats réformistes, qui ont proposé de mettre en place la conférence de financement pour trouver un compromis autour des mesures paramétriques, Édouard Philippe laisse entendre que le "dialogue social" va se "poursuivre" sereinement. La conférence "sera lancée le 30 janvier prochain" au Conseil économique, social et environnemental, annonce-t-il.

"C'est une bonne chose pour la démocratie sociale. (...) Ces discussions ne sont pas toujours simples, tant s'en faut, mais ont toujours été respectueuses avec tous les partenaires sociaux, même les plus opposés. (...) C’est ce que nous avons fait avec la CFDT, la CFTC, l’Unsa et les organisations patronales. C’était plus difficile de négocier avec la CGT qui refuse la fin des régimes spéciaux ou FO qui s’oppose à un régime universel par points", développe plus loin le Premier ministre.
  • "On dit que notre société s'ensauvage"

Au-delà des éléments de langage habituels sur le thème des retraites et de la nécessaire refonte du système, Édouard Philippe donne son avis sur le climat social, de plus en plus tendu: 

"On dit beaucoup que notre société s’ensauvage et devient plus violente. Et c’est vrai qu’il y a des postures et des actions d’une grande brutalité. Ceux qui les réalisent ou les encouragent expliquent que cette violence serait la seule réaction possible face à la transformation que nous proposons. (...) Je suis en vérité persuadé que ces actions suscitent beaucoup d’agacement chez nos concitoyens."
  • "L'absence de transformation me semble dangereuse"

Le locataire de Matignon l'assure, il aurait reçu plusieurs messages d'habitants du Havre - ville dont il a été le maire - dénonçant ces violences. "Une des réponses à cela, c’est d’abord de rappeler les principes qui fondent notre république, comme le respect de la loi", estime-t-il, mettant en garde contre l'affaiblissement du "pacte social" français. 

"Par ailleurs, il ne faut pas tomber dans l’immobilisme. Il est vrai que la situation sociale est tendue dans notre pays. Mais l’absence de transformation me semble encore plus dangereuse à terme que la volonté d’avancer", s'inquiète-t-il par ailleurs.
  • "De la lucidité, pas de la réticence"

Toujours désireux de se montrer intraitable sur la question du rééquilibrage financier de l'actuel système de retraites - l'âge pivot à 64 ans avait été prévu pour cela -, Édouard Philippe récuse tout "attachement" une quelconque "doxa intellectuelle". Autrement dit, à l'idée selon laquelle Matignon se serait arc-bouté sur le seul aspect paramétrique de la réforme, contrairement à Emmanuel Macron, désireux de déployer une réforme structurelle plus ambitieuse. 

"J’ai toujours dit que cette réforme, systémique, globale, était la fois extrêmement importante et extrêmement délicate. J’ai toujours considéré que c’était une transformation politique et sociale très ambitieuse, qui ne passerait pas facilement. C’était de la lucidité, pas de la réticence", poursuit-il.
  • "Le système universel va vivre très longtemps"

D'après le Premier ministre, dont la fonction est par définition temporaire, le "système universel de retraites" annoncé par le gouvernement "va vivre très longtemps".

"Je le dis avec un sourire, mais je souhaite bon courage au Premier ministre qui, dans le futur, proposerait de casser le système universel en quarante-deux régimes, dont certains ne seraient pas équilibrés, et pour lesquels il faudrait payer pour que leurs assurés travaillent moins que les autres", raille Édouard Philippe.

Il en est persuadé, les Français "défendraient avec acharnement" le système mis en place par l'équipe Macron. 

Jules Pecnard