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Pilote, technicien... Qui est Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État en charge des Transports?

Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État en charge des Transports, le 13 juin 2017 à Saint-Junien (Haute-Vienne).

Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État en charge des Transports, le 13 juin 2017 à Saint-Junien (Haute-Vienne). - AFP - Pascal Lachenaud

Membre de la commission du développement durable de l'Assemblée nationale, ce pilote de ligne a été rapporteur de la réforme ferroviaire en 2018. Son profil de technicien est apprécié de la macronie.

Mâchoire carrée, visage lisse, costume cintré, ton bienveillant... À première vue, Jean-Baptiste Djebbari a les contours du parfait soldat de la macronie et du "nouveau monde" qui lui sert de décor. Avec, en prime, une véritable spécialité technique à son actif. Quoi de plus logique que sa nomination surprise, ce mardi, au secrétariat d'État en charge des Transports au sein du gouvernement d'Édouard Philippe

Âgé de 37 ans, ce pilote de ligne diplômé de l'École nationale d'aviation civile est, comme le résume un parlementaire, un "bébé-Macron" dans sa pureté de cristal. Il travaillera sous la houlette d'Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, qu'il connaît bien. Jean-Baptiste Djebbari l'a régulièrement côtoyée en tant que rapporteur du projet de loi sur la réforme ferroviaire, adopté en juin 2018.

"C'est un hyper technicien"

Député de la 2ème circonscription de la Haute-Vienne, l'heureux promu s'est vite forgé une réputation de technicien pragmatique, ouvert à la négociation avec les syndicats. Qui plus est, ses qualités humaines sont reconnues de part et d'autres des bancs de l'Assemblée nationale. 

"Il est très agréable, c'est un pote Jean-Baptiste", va jusqu'à déclarer à BFMTV.com François-Michel Lambert, ex-député La République en marche parti rejoindre le groupe Libertés et Territoires. "Mais c'est un hyper technicien, qui va rejoindre un ministère qui ne compte désormais que des techniciens, alors qu'il faudrait avoir une vraie culture écolo pour y travailler. Et il ne l'a pas", tempère-t-il immédiatement. 

Peu connu du grand public, le futur secrétaire d'État a un temps piloté des avions d'affaires, pour le compte de stars du cinéma et du football aux États-Unis et au Royaume-Uni, rapportait Challenges en 2018.

Marcheur de la première heure

Sa rencontre avec Emmanuel Macron, elle, date de 2015, lorsque celui-ci occupait le ministère de l'Économie sous François Hollande. En charge du développement économique à la Direction générale de l'Aviation civile (DGAC), Jean-Baptiste Djebbari cherchait à l'époque à monter une entreprise au niveau régional.

C'est par l'entremise de Bruno Le Roux, alors patron du groupe socialiste au palais Bourbon, que le pilote rencontre le futur chef de l'État. Il rejoint LaREM en 2016, peu de temps après sa fondation. Né à Melun dans un milieu modeste, fils d'un père d’origine kabyle employé à la Fnac et d'une mère au foyer, Jean-Baptiste Djebbari correspond parfaitement au profil "société civile" ardemment recherché par le mouvement macroniste.

Après les élections législatives de 2017, qu'il remporte au second tour face à un candidat communiste, il intègre la commission du développement durable et de l'Aménagement du territoire de l'Assemblée nationale. Il y occupe vite la fonction de "whip", inspirée du modèle parlementaire américain et qui octroie à son détenteur un rôle de coordinateur - de "manager" disait même l'intéressé, qui parle d'ailleurs couramment l'anglais. 

Les cheminots "bluffés"

"Jean-Baptiste est un excellent choix. Il a la compétence, son parcours professionnel est là pour le démontrer. C'est quelqu'un qui est toujours très à l'écoute et qui a su s'impliquer dans les travaux en commission", se félicite la députée LaREM des Hauts-de-Seine Laurianne Rossi, sa "binôme" sur le dossier SNCF. 

Fin connaisseur des questions touchant à l'aérien, Jean-Baptiste Djebbari a su adapter son logiciel au domaine ferroviaire, à tel point que, d'après Le Monde, les syndicats de cheminots s'en sont trouvés "bluffés". 

"Il sera intouchable sur l'aérien"

Saura-t-il préserver cette bonne entente avec les partenaires sociaux, alors que le projet de loi d'orientation des mobilités, dite LOM, revient sur le métier du Parlement? "Ce n'est pas un adepte du passage en force", veut rassurer Laurianne Rossi qui met en exergue la convivialité et les qualités de "bosseur" de son collègue.

"Son profil international sera bien utile au niveau européen lorsqu'il s'agira de négocier sur l'aérien", ajoute-t-elle. 

D'autres se montrent moins enthousiastes. "La nomination de Djebbari, c'est une réponse de chef d'entreprise. Il sera intouchable sur l'aérien, il va nous faire l'avion électrique puis voilà", balaie François-Michel Lambert. D'après l'élu des Bouches-du-Rhône, le nouveau secrétaire d'État ne dispose pas d'une lecture assez "globale" des enjeux écologiques actuels.

"Je l'adore, mais pas aux Transports, plutôt au Numérique! Même Alain Juppé, quand il a été éphémère ministre de l'Écologie (de mai à juin 2007, ndlr), il avait compris les enjeux, il ne se limitait pas à leur technicité. Et c'est un ancien de Génération écologie qui vous le dit!"

Jules Pecnard