BFMTV

"Pentagone français": le nouveau ministère de la Défense en 5 controverses

François Hollande inaugure jeudi à partir de 15 heures le nouveau ministère de la Défense, situé dans le XVe arrondissement de Paris. Projet imaginé dès 2007, le chantier a débuté en décembre 2011. Retour sur les coulisses du "Pentagone français".

"Pentagone français", "Hexagone-Balard" ou encore "Balardgone". Autant de nom pour un projet faramineux imaginé il y a huit ans. Le président de la République, François Hollande, inaugure ce jeudi à partir de 15h le nouveau site du ministère de la Défense, basé dans le XVe arrondissement parisien. Au total, 9.300 personnels militaires ont été regroupés sur un seul site. 

Le centre des opérations a été installé l'été dernier. 420.000 m² de bâtiments neufs, 75.000 cartons à déménager de l'ancien site, au final le projet coûtera 4 milliards d'euros à l'Etat. Forcément, la construction d'un tel complexe a suscité polémiques et controverses.

>> Des imprimantes hors de prix

Pour créer l'Hexagone-Balard, l'Etat a choisi un partenariat public-privé (PPP). Et à ce jeu, la gestion du site est mise à mal par Challenges. Selon l'hebdomadaire, le consortium (Bouygues-Thalès-Sodexo), en charge de l'entretien du projet, propose des devis extravagants. Ainsi, un général qui avait demandé du sens d'ouverture de la porte de son bureau s'est vu proposé une offre 2.000 euros. D'après les devis, refusés par le ministère de la Défense, l'installation d'une imprimante et d'un scanner aurait coûté 13.600 euros ou 2.274 euros pour mettre en place deux prises de courant. "A ce prix-là, ça doit être un scanner doré à l’or fin 18 carats voire platine, serti de diamants, saphirs, rubis et émeraudes", ironise un agent du ministère dans un email consulté par Challenges.

>> Des soupçons sur les conditions d'attribution du marché

Lors de ce partenariat public-privé, la construction du site a été attribuée au géant français du BTP, Bouygues. Sauf qu'à partir de 2011, la justice française a commencé à se pencher sur cette attribution, selon des révélations du Canard Enchaîné. Deux juges ont même été saisis pour enquêter sur d'éventuels faits de corruption et de trafic d'influence: un haut responsable aurait pu avoir fourni le cahier des charges du projet à Bouygues avant ses concurrents. En juillet 2015, un chef de service du groupe de BTP a été mis en examen dans cette affaire loin d'être close.

>> Le permis de construire attaqué en justice

Après l'attribution des marchés, la construction a pu débuter. Mais en avril 2012, la mairie de Paris dépose un recours contre l'arrêté de modification du PLU et le permis de construire délivré par l'Etat au nouveau siège du ministère de la Défense. A plusieurs reprises, la municipalité avait réclamé la construction d'un garage à bus pour dégager de l'espace afin de construire des logements sociaux.

>> Les critiques de la Cour des Comptes

Intitulé "la gestion des problèmes immobiliers de l'administration centrale du ministère de la Défense", le rapport de la Cour des Comptes, datant de juillet 2009, était catastrophique pour le projet. Manque de continuité avec la planification immobilière, un processus de décision en accéléré, des décisions prises avant même une réflexion coordonnée et l'absence d'examen approfondi des solutions alternatives, étaient autant de point critiqué par l'institution.

>> Une piscine controversée

Trois crèches, des restaurants, un coiffeur... L'Hexagone-Balard est une ville dans la ville. Le site dispose même d'une piscine, ouverte également au public. A l'annonce de ses différentes infrastructures, la mairie de Paris s'est réjouit de cette nouvelle alors qu'elle a lancé en juin dernier son plan "Nager à Paris", pour faire face à l'affluence des piscines dans la ville. Le bassin de 25 mètres, approuvé par Hervé Morin, ministre de la Défense de l'époque, a coûté la coquette somme de 30 millions d'euros. Essentiel en période de crise? Beaucoup se sont posés la question.

Justine Chevalier