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Paris, Sarcelles: Cazeneuve "assume totalement" l'interdiction des manifestations pro-palestiniennes

Bernard Cazeneuve est l'invité de BFMTV et RMC.

Bernard Cazeneuve est l'invité de BFMTV et RMC. - -

Au lendemain des violences qui ont eu lieu en marge d'une manifestation pro-palestinienne à Sarcelles (Val-d'Oise), le ministre de l'Intérieur était l'invité d'Apolline de Malherbe, sur BFMTV et RMC.

Dimanche, de violents heurts se sont déroulés en marge d'une manifestation de soutien à la Palestine, à Sarcelles, dans le Val-d'Oise. La veille, une autre manifestation avait dégénéré dans les rues de Paris, dans le quartier de Barbès (XVIIIème arrondissement). Au lendemain de ce week-end mouvementé, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, était l'invité d'Apolline de Malherbe sur RMC et BFMTV. Il est revenu sur la décision controversée d'interdire ces manifestations pro-palestiniennes.

# Sur les manifestations : les violences auraient été "pires" sans interdiction

Bernard Cazeneuve regrette-t-il sa décision d'interdire les manifestations de ce week-end? "Non , j'assume totalement la décision qui a été prise", a-t-il assuré. Selon lui, ce n'est pas l'interdiction qui a entraîné les heurts.

Le ministre de l'Intérieur met en effet en avant des violences "préalables" qui ont eu lieu lors de manifestations qui avaient été autorisées. Il a aussi assuré avoir eu des "éléments d'informations concernant des risques d'affrontements". Bernard Cazeneuve, pour illustrer son propos, a parlé des violences qui ont eu lieu le 13 juillet dernier, avec des "propos (...) tenus qui sont des incitations à la haine".

"Il y a eu (par ailleurs) deux manifestations d'interdites. Une à Lille le 14 juillet et une à Nice ce week-end: il n'y a pas eu de violences parce que les organisateurs (...) conscients des risques de tension, n'ont pas procédé à ces [manifestations]", a souligné Bernard Cazeneuve, rejetant ainsi la faute sur "ceux qui sont allés malgré tout manifester" à Barbès et Sarcelles. Selon le ministre, les violences auraient été "pires" sans interdiction.

# Sur les prochaines manifestations

"Il n'y a pas d'interdiction générale", a assuré le ministre de l'Intérieur, en répondant à la question de savoir si les prochaines manifestations pro-palestiniennes organisées à Paris seront autorisées. "Le préfet de police rencontrera" les organisateurs des différents rassemblements, a indiqué Bernard Cazeneuve.

Selon le ministre, si les manifestations "peuvent se tenir" sans risque de trouble à l'ordre public, "elles se tiendront". "Si ce n'est pas possible, je prendrai à nouveau mes responsabilités", a continué Bernard Cazeneuve.

# Sur Sarcelles: "J'ai pris mes responsabilités"

Pour expliquer l'interdiction de la manifestation pro-palestinienne de Sarcelles dimanche, le ministre de l'Intérieur a montré un document qui était, selon lui, affiché sur les abribus de la ville.

"Venez, équipés de mortiers, d'extincteurs, de matraques, dimanche 20 juillet 2014. Venez nombreux, descente au quartier juif de Sarcelles", a ainsi lu Bernard Cazeneuve. "Est-ce que vous pouvez, quand vous savez cela, laisser les choses dégénérer?", a demandé le ministre. "J'ai pris mes responsabilités", a-t-il ajouté.

# Sur la France: "un climat de tension"

"Nous sommes dans un climat de tension, d'irrationalité", a reconnu le ministre de l'Intérieur. "Je suis profondément attaché à ce que les Français vivent dans la concorde dans la République", a ajouté Bernard Cazeneuve.

"L'antisémitisme existe en France. Le risque d'incompréhension, d'affrontement, d'irrationalité peut abîmer la République", a déclaré le ministre. "Il y a en France, aujourd'hui, des sentiments qui occupent l'espace public qui l'ont déjà d'ailleurs occupé il y a de cela 70 ans et qui n'ont pas lieu d'être."

"J'ai l'impression que la passion s'empare de tout et qu'il y a peu d'acteurs politiques, qui dans un contexte où la responabilité doit être première, exprime les choses avec la volonté d'apaiser", regrette Bernard Cazeneuve.

La situation est-elle sous contrôle? "Bien entendu", a répondu Bernard Cazeneuve. "Les forces de l'ordre étaient présentes et elles ont maîtrisé la situation.""Les synagogues ont été protégées ce week-end", a assuré le ministre.

# Sur l'importation du conflit: " Tout à fait normal que l'on manifeste"

"Il y a une volonté de certains acteurs d'importer [le conflit israélo-palestinien]" selon Bernard Cazeneuve: "Quand on brûle une épicerie parce qu'elle est tenue par un commerçant juif, vous appelez ça comment?"

"Les principes doivent être affirmés dans la République: lorsque des enfants meurent à Gaza, cela doit susciter l'indignation, il est tout à fait normal que l'on manifeste", a cependant assuré le ministre de l'Intérieur. "Mais il n'est pas normal qu'à l'occasion de ces manifestations on puisse développer des actes antisémites", a-t-il poursuivi.

# Sur les Musulmans de France: une "infime minorité" radicalisée

Il y a, selon Bernard Cazeneuve, "une infime minorité" des Musulmans de France qui sont "radicalisés". "Cela d'ailleurs choque les représentants de l'Islam de France", a assuré le ministre. "Il y a une immense majorité des Musulmans de France qui condamnent", a-t-il continué. "En France, les Musulmans sont attachés à la République."

"Ils se sentent eux-mêmes exposés" par les heurts de ces derniers jours, assure Bernard Cazeneuve: "Ils voient bien les conséquences que cela peut avoir pour eux-mêmes." "Ces petits voyous qui cassent à Sarcelles ou ailleurs ne sont pas représentatifs de ce qu'est l'Islam de France."

# Sur la réforme territoriale: la carte "souhaitée"

La dernière carte de la très discutée réforme territoriale est-elle la bonne? "Je l'espère, je le souhaite", a assuré Bernard Cazeneuve, soulignant la "richesse" du débat parlementaire. "La carte à laquelle nous arrivons est une carte qui a fait l'objet d'expressions convergentes sur tous les bancs de l'hémicycle."

Répondant aux critiques de Martine Aubry, qui a estimé qu'il n'est "pas trop tard pour réussir le quinquennat" et qualifié la réforme territoriale de "Monopoly", le ministre a estimé que "deux années ne suffisent jamais [puisque] dans un quinquennat, il y a cinq ans." "Il faut toujours écouter ce que disent les grands leaders du Parti socialiste", a conclu Bernard Cazeneuve.

M. K.