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Macron isolé au sein du gouvernement

Emmanuel Macron le 4 mars 2015 à la sortie de l'Elysée.

Emmanuel Macron le 4 mars 2015 à la sortie de l'Elysée. - Eric Feferberg - AFP

Le ministre de l'Economie, isolé au sein du gouvernement, craint de se voir dépossédé de son deuxième projet de loi.

Emmanuel Macron serait-il prêt à claquer la porte du gouvernement? Les "doutes" de l'ancien conseiller de François Hollande, devenu ministre de l'Economie, s'étalent dans les médias depuis une semaine. Partout, ses "amis", racontent son amertume. Le passage en force de sa loi via le 49-3? "Une manip de Valls pour le priver d'une victoire", estime l'un de ses partisans dans Le Parisien.

Quant à son nouveau projet de loi Noé (nouvelles opportunités économiques), présenté le 9 novembre, il pourrait être en partie récupéré par Myriam El-Khomri, récemment nommée ministre du Travail, dans la loi sur le code du travail. De quoi faire bouillir le ministre, qui avait d'ailleurs proposé en vain de reprendre ce portefeuille après le départ de François Rebsamen. "Ils veulent tous le décaniller! Ils sont jaloux", peste un autre "ami" lundi dans Le Parisien.

Contraint à la discrétion, le jeune ministre tente tout de même de se faire entendre et lâche quelques critiques dans une interview au Monde le 7 janvier: "On n'a pas tout fait pour l'emploi", estime-t-il. "Le ministre redoute que l'on oublie les sujets économiques, que l'on donne raison à ceux qui disent qu'il n'y aura plus de réformes" d'ici la fin du quinquennat, explique un membre de son cabinet cité par L'Express.

Fabius le qualifie de "marquis poudré"

Les tentatives de pression sur l'exécutif peuvent-elles se révéler efficaces, alors que le jeune ministre est observé avec méfiance depuis quelques mois déjà? François Hollande, qui amorce un léger recadrage à gauche pour préparer la présidentielle de 2017, garde ses distances. Manuel Valls, agacé de voir le "jeune loup" lui faire de l'ombre, lui envoie des messages clairs: "moi aussi j'ai incarné le renouvellement, le changement… Vous savez, ça passe vite!", lançait-il, sourire aux lèvres, le 7 janvier sur BFMTV.

Et le ministre ne peut pas non plus compter sur ses collègues pour le soutenir: Michel Sapin, excédé par des sorties sur les fonctionnaires ou les 35 heures, aurait bien du mal à dissimuler son impatience. Selon L'Express, Laurent Fabius le qualifie même de "petit marquis poudré". Le phénomène Macron est-il déjà terminé? Le ministre bénéficie pourtant d'une popularité record parmi les Français: un sondage du Parisien le crédite de 53% d'opinions positives, loin devant les 48% de François Hollande. "C'est un phénomène d'opinion mais il n'a aucune troupe, aucun courant, rien. Il finira comme Villepin", assène un proche du président.

Isolé au gouvernement, Emmanuel Macron songerait donc à quitter son poste, selon ses proches. Mi-octobre déjà, il se demandait si les élections régionales ne pourraient pas constituer une porte de sortie. Si certains de ses amis reconnaissent sa difficulté à "s'insérer dans le débat public", d'autres lui conseillent pourtant de rester dans le rang. Il pourrait d'ailleurs y avoir du mouvement au sein du gouvernement: si Michel Sapin rejoignait le Conseil constitutionnel, Emmanuel Macron pourrait récupérer un grand ministère de l'Economie et des Finances.

En attendant, le ministre devrait en savoir plus sur son sort dès lundi matin. François Hollande a prévu de dévoiler ses projets économiques, dont le plan pour l'emploi porté par Myriam El-Khomri. Par la même occasion, il pourrait en dire plus sur le contenu des textes de loi de 2016. Emmanuel Macron aurait d'ailleurs plaidé sa cause à la faveur d'un rendez-vous avec le chef de l'Etat. On devrait savoir rapidement s'il a finalement obtenu gain de cause.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV