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Les ministres écologistes doivent-ils quitter le gouvernement ?

La ministre du Logement Cécile Duflot

La ministre du Logement Cécile Duflot - -

La question est sur toutes les lèvres depuis le rejet par le conseil fédéral d'EELV de la ratification du traité budgétaire européen, pour lequel Jean-Marc Ayrault a besoin d'un soutien "massif".

"Non", "bien sûr que non", "certainement pas". Depuis dimanche, les responsables EELV enchaînent les interventions média pour rassurer ceux qui s'interrogeraient sur l'éventualité d'une démission du gouvernement des ministres écologistes, écartée par Matignon, après que le conseil fédéral du parti s'est prononcé contre la ratification du traité budgétaire européen, qui doit imposer à la France des règles strictes de retour à l'équilibre.

Cécile Duflot et Pascal Canfin, respectivement ministre du Logement et ministre délégué au Développement, doivent-ils quitter le gouvernement ? Vincent Placé l'exclut. "Bien sûr que non, le gouvernement gouverne, il ne vote pas ce traité", considère le président du groupe écologiste au Sénat, qui votera non à la chambre haute. "Il faut de la diversité", et la présence de ces ministres au sein du gouvernement est "très positive", estime-t-il. "Je ne vois même pas pourquoi on se pose la question", balaye encore le président du groupe à l'Assemblée nationale François de Rugy. "Nous, nous ne prendrons pas la responsabilité de rompre" avec le gouvernement, "personne ne le comprendrait", a-t-il dit, précisant que les parlementaires écologistes voteront contre le traité.

"Cohérence"

Toujours est-il que la décision du conseil fédéral d'Europe-Écologie-Les Verts, auquel n'ont pas participé Cécile Duflot et Pascal Canfin, place les ministres et écologistes dans une situation compliquée, entre le respect des consignes de leur mouvement et celui de leur appartenance au gouvernement, comme l'a résumé avec brutalité Daniel Cohn-Bendit : "Dramatiquement nul", "incohérence totale", "ils veulent le beurre, l'argent du beurre et les beaux yeux de la fermière", a lancé "Dany", en annonçant dimanche "suspendre sa participation" au mouvement.

En attendant, la ministre du Logement et le ministre délégué au développement sont aux abonnés absents. Si le second a pris les devants en appelant à l'abstention samedi, la première, dont "l'opposition au traité ne fait aucun doute" selon un élu vert, n'a pris la parole depuis dimanche que pour vanter sur Twitter les mérites de son chili con carne, alors que les socialistes, qui, eux, prennent l'affaire très au sérieux, les poussaient à clarifier leur position.

Pendant que le ministre de l'Economie Pierre Moscovici les appelait "à la raison", le chef de file des députés PS à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux -qui "souhaite" par ailleurs que Cécile Duflot et Pascal Canfin restent au gouvernement- a espéré de tout coeur qu'ils étaient toujours "porteurs de l'ambition européenne" du président de la République et que le gouvernement pouvait encore compter sur leur entier "soutien". Comprendre : qu'ils s'expriment publiquement en ce sens. "Cécile Duflot a été trop longtemps silencieuse", dixit l'eurodéputé socialiste Yannick Jadot.

Lundi, sur BFMTV, la porte-parole du gouvernement Najat Vallaut-Belkacem a appelé les deux ministres à "faire preuve de cohérence et d'assumer leurs responsabilités", tout en les poussant à s'exprimer. "Il y a un principe dans le gouvernement, qui a été rappelé maintes fois d'ailleurs par Jean-Marc Ayrault, c'est celui de solidarité gouvernementale", a-t-elle déclaré.

L'UMP s'engouffre dans la brèche

Le problème est politique pour le tandem exécutif, qui devra affronter les sarcasmes de l'opposition sur sa difficulté à s'appuyer sur une majorité unie. Et si le mal était déjà fait ? La décision d'EELV fragilise en tout cas déjà le chef de l'État. "Il y a bien entendu un ricochet, toujours !", a admis Bruno Le Roux. "[Les écologistes] ne rendent pas service, bien entendu". Entendre : ils rendent service à l'opposition.

Tout en défendant le traité, l'UMP -grâce auquel le traité a de bonnes chances de passer- remue le couteau dans la plaie. Pour François Fillon, "le responsable, c'est François Hollande", parce qu'il n'aurait "rien" obtenu "du tout" de l'Allemagne - Alain Juppé dit la même chose - en échange de son oui au traité défendu par Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel. "Il y a une telle incohérence que la logique voudrait que les deux ministres Verts, si vraiment ils ne votent pas le traité, qui est un élément structurant de notre politique, quittent le gouvernement", a encore enchéri Jean-François Copé, lundi.