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Gérard Collomb: "les déboutés du droit d’asile doivent être expulsés"

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, le 4 octobre 2017 à Paris.

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, le 4 octobre 2017 à Paris. - Eric Feferberg - AFP

Le ministre de l'Intérieur assume avoir demandé plus de résultats aux préfets en matière d'immigration irrégulière et porte le projet de recensement des migrants au sein des centres d'hébergement d'urgence. Une mesure vivement décriée par plusieurs associations, qui saisissent ce lundi le Défenseur des droits.

"Si nous accueillions tout le monde, nous ne pourrions pas les accueillir dans de bonnes conditions." Gérard Collomb persiste et signe. Interrogé ce lundi matin sur RTL sur le durcissement de la politique gouvernementale en matière d’immigration, le ministre de l’Intérieur défend une "ligne raisonnable", notamment après la publication de plusieurs circulaires demandant aux préfets "d’agir rapidement" pour expulser les migrants en situation irrégulière, ou de recenser les personnes présentes dans les centres d’accueil d’urgence.

"Aujourd'hui en France, nous avons 95.000 demandes par an, ça veut dire une grande ville chaque année", affirme Gérard Collomb. Pour rappel, les demandes d’asile s’élevaient à 85.700 en 2016, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur.

"Nous avons décidé de pouvoir accueillir celles et ceux qui sont réfugiés des théâtres de guerre, qui sont prisonniers politiques, mais en même temps d’essayer de mener une politique qui permette que les migrations économiques soient gérées de manière autre", explique ce matin le ministre.

En revanche, l’ancien maire PS de Lyon réaffirme le durcissement de ton envers l’immigration illégale. "Bien sûr, je pense que ceux qui sont déboutés du droit d’asile doivent aujourd'hui être expulsés", déclare-t-il, relevant "+14% d'éloignements (expulsions, NDLR) sur les onze premiers mois de l’année". 

"Nous ne savons pas qui sont dans ces centres d'hébergement d'urgence"

Ce lundi, plusieurs associations ont annoncé qu’elles allaient saisir le Défenseur des droits, Jacques Toubon, pour protester contre une directive du ministère de l’Intérieur, encore non publiée, demandant aux préfectures de recenser les migrants au sein des centres d’hébergement d’urgence.

Une mesure que le ministre assume totalement au micro de RTL:

"Aujourd'hui, nous ne savons pas qui sont dans ces centres d’hébergement d’urgence. On pense qu’il y a à peu près un tiers des personnes qui sont des réfugiés, donc qui pourraient être placés ailleurs et avoir droit au logement, avoir droit à une vie normale, un tiers de déboutés du droit d’asile donc qui devraient pouvoir s’en aller, et un autre tiers dont il faut évaluer la situation."

"Ce sont à peu près 103.000 personnes qui sont dans ces centres parce qu’on n’arrive plus à les loger, dont 50.000 sont à l’hôtel", détaille-t-il, dont certaines s’y trouveraient "depuis 15 ans". "Quand les gens sont là depuis quinze ans, vous ne pouvez pas dire qu’il y a une urgence absolue", critique-t-il.

Le ministre a affirmé que les personnes seraient traitées "de manière très humaine", non par des policiers mais par des agents des préfectures et de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). "On ne peut pas accueillir tout le monde, parce qu’autrement ce sont des villes comme Lyon qu’il faudrait construire", évalue-t-il.

"Nous devons maintenir cette tradition du droit d'asile"

Des propos qui font écho à ceux que tient ce matin sur BFMTV et RMC Richard Ferrand, député du Finistère et président du groupe LaREM à l'Assemblée nationale. 

Dans la lignée de l'exécutif, celui-ci estime qu'"il faut renforcer les mesures au regard de l'immigration illégale". "A la fois, nous devons maintenir cette tradition du droit d'asile (...). Mais si l'on veut que ça fonctionne, il nous faut bien accueillir ces personnes, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", plaide-t-il. 

"Il faut accélérer l'instruction de ce qui relève du droit d'asile, et être plus ferme et donner des signaux clairs à l'égard de l'immigration illégale", résume le député. "Au premier trimestre" 2018, un projet de loi sur l'immigration et l'asile doit être débattu à l'Assemblée nationale. 

Liv Audigane