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Et si Le Drian cumulait la Défense et la Bretagne?

François Hollande et Jean-Yves Le Drian à l'Elysée après une réunion de crise après les attentats de Paris

François Hollande et Jean-Yves Le Drian à l'Elysée après une réunion de crise après les attentats de Paris - Patrick Kovarik - AFP

Alors que Jean-Yves Le Drian avait assuré donner sa priorité à la région Bretagne en cas d'élections, les attentats de Paris et l'intensification des frappes contre Daesh ont changé la donne. Le ministre de la Défense pourrait même cumuler avec l'aval de François Hollande et malgré les critiques.

La campagne officielle des élections régionales (6 et 13 décembre) a débuté lundi, et le Premier ministre Manuel Valls réunira ce mardi au siège du PS les principales têtes de liste de son parti. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, chef de file des socialistes bretons, sera lui représenté par son numéro 2 alors que la France a intensifié ses frappes en Syrie contre Daesh depuis les attentats du 13 novembre. Des attaques qualifiées "d'actes de guerre" qui justifient l'implication pleine et entière du locataire de l'Hôtel de Brienne. Suffisant pour imaginer que le Breton Jean-Yves Le Drian bénéficie d'une dérogation elyséenne pour cumuler les fonctions de ministre et de président de région?

Ainsi, dans la "situation exceptionnelle" née des attentats, Jean-Yves Le Drian a affirmé dimanche qu'il resterait ministre de la Défense tant que François Hollande le jugerait "nécessaire". Même en cas de victoire aux régionales en Bretagne, campagne pour laquelle il a annulé quatre meetings ces derniers jours. "Si je suis élu" président de région, "pendant cette période de transition (...) on gérera avec les compétences de mes vices-présidents (...) je suis convaincu que les Bretons comprendront", a-t-il indiqué .

Le Drian ne parle pas "sans l'aval" de Hollande

Jean-Yves Le Drian "ne parle pas sans l'aval du président", donc sa déclaration signifie une décision au sommet, estime même un proche de François Hollande. "Ne demandons pas à Jean-Yves Le Drian de ne pas être ce qu'il est: il est à la fois un excellent ministre de la Défense et le leader emblématique de la Bretagne. Il n'y a pas forcément de choix à faire", a aussi défendu le secrétaire d'Etat aux Relation avec le Parlement Jean-Marie Le Guen.

Mais ce scénario ravive des critiques sur la double casquette du ministre-candidat. Dénonçant un "comportement indigne", la tête de liste du FN, Gilles Pennelle, a critiqué un ministre "qui se moque de la Bretagne", appelant les Bretons à "en tirer les conséquences" dans les urnes. Christian Troadec, à la tête de la liste "Oui la Bretagne" et ancien porte-parole des Bonnets rouges, a réclamé un président de région "à plein temps" et jugé que "Jean-Yves Le Drian prend le risque de creuser un fossé immense entre élus et population".

La Défense plutôt que la Bretagne, demandent ses adversaires

"Quand on est ministre de La Défense d'un pays en guerre, je crois qu'on doit la clarté aux électeurs", a tweeté dimanche le député Les Républicains Bruno Le Maire, deux jours après avoir prédit que Jean-Yves Le Drian "ne pourra pas présider la région". Marion Maréchal-Le Pen, tête de liste FN aux régionales en Paca, a, elle aussi, considéré qu'"il faut qu'il reste ministre et laisse la présidence de région à quelqu'un d'autre".

À gauche, Jean-Luc Mélenchon, responsable du Front de Gauche, a trouvé "sage de se concentrer à la tête du ministère", mais "pas très raisonnable cette sorte de jeu entre deux situations", souhaitant que les Bretons "sanctionnent cette attitude".

De grandes chances de victoire

Reste que, pour beaucoup de socialistes, Jean-Yves Le Drian, qui a déjà présidé la Bretagne de 2004 à 2012, est le seul capable de maintenir la région à gauche face au chef de file Les Républicains, le député des Côtes-d'Armor Marc Le Fur.

Mi-octobre, après l'officialisation de sa candidature, Jean-Yves Le Drian avait assuré qu'il respecterait les "règles de ce gouvernement". "On ne peut pas être président de région, maire d'une grande ville, et être membre du gouvernement", avait aussi rappelé mi-octobre le Premier ministre, Manuel Valls. Un mois plus tard, les priorités ont changé.

S.A. avec AFP