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Décentralisation: vers la naissance de "super maires"?

Gérard Collomb en février 2012. S'il est réélu en mars, le sénateur-maire PS de Lyon prendra la tête de la première métropole française.

Gérard Collomb en février 2012. S'il est réélu en mars, le sénateur-maire PS de Lyon prendra la tête de la première métropole française. - -

Avec la création de métropoles, le rôle des maires pourrait changer: compétences renforcées, budget décuplé… Ce redécoupage marque-t-il la création d’une nouvelle classe politique?

Les régions telles qu’on les connaît pourraient bientôt ne plus exister… Et ce, rapidement. Lors de sa conférence de presse mardi, François Hollande a cité l’exemple de Lyon pour appuyer sa réforme de décentralisation. Un exemple dont le chef de l’Etat souhaite s’inspirer pour sa réforme du millefeuille territorial.

> Le modèle de Lyon

A Lyon, la communauté urbaine doit fusionner en décembre 2015 avec le Conseil général, à la demande du maire PS Gérard Collomb et de Michel Mercier, alors président UDI du Conseil général. De cette fusion naîtra une métropole: la première en France.

Si Gérard Collomb est réélu aux municipales en mars prochain, il sera donc à la tête de cette métropole, qui cumulera les compétences de la ville (logement, transports, développement économique, etc.) et du Conseil général: le musée Confluences, mais aussi le Rhônexpress (la liaison par rail aéroport-centre ville), les collèges, le RSA, les personnes âgées… Bref, un "super maire" qui règnera sur le Rhône, et sur un budget de trois milliards d’euros.

> Un modèle transposable ailleurs?

Erigé en modèle, l’exemple de Lyon sera probablement transposé ailleurs. "Ce modèle va faire école", affirme Romain Pasquier, politologue rennais spécialiste de la décentralisation.

Une loi donnant naissance à 13 métropoles aux pouvoirs très larges a d’ailleurs été votée définitivement le 19 décembre dernier, et doit être validée par le Conseil constitutionnel. Elle crée notamment la métropole du Grand Paris, mais aussi celle d’Aix-Marseille-Provence, et autorise la transformation en métropoles des intercommunalités de Toulouse, Lille, Bordeaux, Nantes, Strasbourg, Rennes, Rouen, Grenoble, Montpellier et Brest.

> Qu'est-ce que ça change pour le maire?

Dans une ville comme Lyon, "le rôle et les compétences du maire seront certes renforcés", reconnaît Luc Rouban, chercheur au Cevipof sur la décentralisation. "Mais les grandes villes représentent déjà des enjeux politiques importants aujourd'hui".

"Les maires sont déjà compétents en France, renchérit Romain Pasquier. "Mais à terme, ils seront les élus locaux les plus puissants d’Europe: le maire d’une métropole pourra changer plus de choses sur le territoire qu’un membre du cabinet d’Arnaud Montebourg au ministère du Redressement productif !"

Une puissance qui pourrait voir naître des vocations. "Ces mandats seront sans doute plus prisés que les mandats locaux de type conseiller régional, dont personne ne sait plus qui ils sont aujourd’hui", explique Romain Pasquier. "Ils pourraient devenir des ‘trophées politiques’". Voire entraîner la création d’une "classe politique régionale, comme on en voit en Allemagne", poursuit Romain Pasquier.

Mais pour Luc Rouban, la sociologie de ces maires ne changera pas: "Le maire d’une grande ville en France aujourd’hui est déjà un professionnel installé. On ne verra pas un instituteur à la retraite diriger une région".

> Un danger majeur

Pourtant, ce nouveau modèle de métropole peut représenter un danger: la distance accrue entre le citoyen et le maire. "Or les seuls élus en qui les Français ont encore confiance sont les maires", rappelle Luc Rouban. Avec le redécoupage, "l’ensemble de la vie politique régionale va se retrouver absorbé autour de la métropole", analyse Luc Rouban, avant d'ajouter, prenant l'exemple de la Bretagne: "ils sont loin, les élus rennais, lorsque vous habitez le fin fond du Finistère ou du Morbihan".

"Les maires des petites villes périphériques vont voir leur rôle minimisé", confirme Romain Pasquier. Pour lui, la seule façon d’éviter le phénomène, c’est de miser parallèlement sur le participatif. "On ne peut pas accroître la puissance des métropoles sans renouveler les politiques participatives", affirme-t-il. "Il faut trouver des moyens de faire participer davantage la population aux projets publics. Sinon, on prend le risque d’un décrochage des citoyens".

Ariane Kujawski