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Régions: comment Hollande a piégé la droite

François Hollande a repris à son compte le projet de décentralisation, lancé par Nicolas Sarkozy, en 2009.

François Hollande a repris à son compte le projet de décentralisation, lancé par Nicolas Sarkozy, en 2009. - -

François Hollande a déclaré dans sa conférence de presse vouloir réduire le nombre des régions françaises. Un terrain délicat pour la droite, une réforme similaire ayant été amorcée en 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

La fusion des régions, un projet de droite? Plus maintenant. Lors de sa troisième conférence de presse mardi, François Hollande a annoncé vouloir s’attaquer au mille-feuilles administratif et simplifier l’organisation territoriale de la France. Conséquence: le nombre de régions devrait passer de 22 à "une quinzaine", a précisé mercredi matin le député PS Thierry Mandon, chargé, avec l'entrepreneur Guillaume Poitrinal, de piloter le "choc de simplification" voulu par François Hollande.

Dans les faits, "il s’agit de faire disparaître les départements en milieu urbain, et de créer des régions puissantes mais en nombre réduit", explique Romain Pasquier, politologue spécialiste de la décentralisation. "Pour cela, les régions qui ne comportent que deux départements devraient fusionner", explique-t-il à BFMTV.com.

"Notre mille-feuilles est unique en France, poursuit Romain Pasquier, et il pèse beaucoup sur les politiques publiques. En gros, tout le monde fait la même chose. On a besoin de simplification".

Une réforme déjà préconisée en 2009

Mais cette annonce fait des mécontents. Notamment en Picardie, où élus de droite comme de gauche craignent la disparition de la région. "Je m'inquiète de l'avenir de la Picardie (...), parce que le schéma qui est proposé est à l'évidence un schéma de disparition des petites régions en termes de population", déplore Christophe Coulon, président UMP du groupe Envie de Picardie à l'assemblée régionale. Même son de cloche chez le président socialiste de région, Claude Gewerc: "il n’est pas question que la Picardie disparaisse".

Ce n’est pas la première fois que les élus picards se mobilisent. En 2009, ils avaient déjà protesté contre des rumeurs sur la disparition de leur région. Cette année-là, un rapport commandé par Nicolas Sarkozy à Edouard Balladur préconisait déjà de passer de 22 à 15 régions – à quelques détails près, c'est la même chose que propose François Hollande.

Mais une fois le rapport rendu, rien n’avait été fait. En cause, pour Romain Pasquier, "le corporatisme institutionnel et politique des élus locaux, qui refusent cette réforme. Les élus départementaux veulent protéger le département, les élus régionaux veulent protéger la région, etc." Pour ce politologue rennais, les syndicats freinent eux aussi des quatre fers, brandissant "la menace qui pèse sur les emplois publics".

Depuis la tentative avortée de 2009, la fronde des "bonnets rouges" est passée par là. "Ils demandent moins de fiscalisation, plus de régionalisme", analyse Romain Pasquier. Après des manifestations houleuses contre l’écotaxe, et plus généralement la politique fiscale du gouvernement, Jean-Marc Ayrault s’était rendu en Bretagne en décembre dernier. Il y avait alors annoncé un projet de loi visant à réduire le nombre de régions.

Des embûches à venir pour Hollande

Désormais, cette réforme est portée par le gouvernement. François Hollande en profite ainsi pour forcer l’opposition à approuver sa démarche. Mais cela ne signifie pas que la réalisation de cette réforme sera plus simple pour le chef de l'Etat: "avec la conférence de presse, il vient de faire l’étape facile", analyse Romain Pasquier. "Mais le plus dur reste à faire".

Outre la discussion avec les élus locaux, François Hollande risque également de rencontrer des problèmes au Sénat. "Ces derniers temps, on a vu qu’il avait du mal à maîtriser sa majorité au Sénat. Ca gronde aussi du côté du Front de gauche." Et le politologue de rappeler également que la fronde pourrait venir du PS lui-même: "de nombreux élus socialistes sont des élus locaux".

Pour mener cette réforme à bien, "François Hollande doit faire preuve de l’autorité dont il a manqué jusqu’ici", selon Romain Pasquier. Mais il devra aussi déployer des trésors de communication auprès du grand public: "car les économies liées à cette réforme n’arriveront pas dans les prochains mois. C’est seulement sur le long terme qu’on en constatera les effets."

Ariane Kujawski