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Charte de la laïcité: stigmatisante ou utile?

Robert Badinter, lundi 9 septembre, soutenant la "charte de la laïcité" de Vincent Peillon

Robert Badinter, lundi 9 septembre, soutenant la "charte de la laïcité" de Vincent Peillon - -

La charte de la laïcité à l'école, a été dévoilée lundi, par le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon. Saluée par les uns, elle est également critiquée.

Dévoilée par Vincent Peillon lundi 9 septembre, la "charte de la laïcité à l'école" fait déjà beaucoup parler. Décriée par certains, qui la considèrent comme stigmatisante ou simplement "gadget", elle est aussi largement défendue par d'autres.

"C'est toujours bon de rappeler, et particulièrement aux enfants, ce que sont les principes fondateurs de la République" a ainsi déclaré lundi matin, Robert Badinter. L'ancien garde des Sceaux accompagnait Vincent Peillon en déplacement dans un lycée de Seine-et-Marne pour présenter sa charte.

"90% des musulmans vont avoir l'impression d'être visés"

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a en revanche regretté que la charte de la laïcité à l'école comporte plusieurs "allusions" à l'islam qui risquent de renforcer le sentiment de "stigmatisation" dans la communauté.

"90% des musulmans vont avoir l'impression d'être visés par cette charte alors que dans 99% des cas, ils ne posent aucun problème à la laïcité", a déclaré à l'AFP Dalil Boubakeur, président de cette instance de représentation des musulmans.

"Pourquoi faire un rappel à la loi de 2004 qui interdit les signes religieux ostentatoires à l'école? "s'est-il interrogé. "Il y a aussi ce rappel à l'égalité fille-garçon... suivez mon regard..."

"Il n'y a pas de problème entre l'islam et la laïcité"

"C'est une erreur absolue, a jugé Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcité, s'exprimant sur BFMTV. Cela vise des comportements, des attitudes, mais cela ne vise pas les musulmans en tant que tels. Il n'est pas question de stigmatiser une religion". Et d'ajouter, "il n'y a pas de problème entre l'islam et la laïcité".

Défendant la charte, le président de l'Observatoire de la laïcité a également insisté "à l'école, il fallait que les enseignants aient un outil pour rappeler ce qu'est la laïcité. On est différents, on n'est pas d'accord, on n'a pas forcément la même religion, les mêmes convictions, mais l'école doit être un lieu où on se forge sa propre conviction, et non pas on impose ses convictions aux autres".

Pour lui, "ça ne suffit pas, mais ça constitue une base et un rappel utiles, et surtout pour montrer qu'il s'agit de vivre ensemble à travers nos différences, et de ne rien imposer aux autres, si ce n'est le respect de l'objectivité et des règles scientifiques".

"La laïcité n'est pas une valeur qui se proclame"

Najat Vallaud Belkacem, porte-parole du gourvernement, a, elle, rappelé sur BFMTV que "la laïcité est ce qui permet de faire vivre ensemble des enfants qui viennent d'origines différentes. C'est ce qui permet de transcender leurs individualités en leur fixant un certain nombre de règles communes, basées sur des valeurs et des principes simples: liberté, égalité, fraternité. Ce sont des règles qui permettent de toujours se reconnaître les uns dans les yeux des autres et de ne pas se regarder comme différents, hiérarchiquement inférieurs ou supérieurs, en fonction de l'origine ou de la religion qui est la sienne".

Le Parti de Gauche, coprésidé par Jean-Luc Mélenchon, a critiqué lundi la charte de la laïcité, la considérant comme un "gadget" qui ne doit pas faire oublier les décisions concrètes.

Selon lui, "la laïcité n'est pas une valeur qui se proclame, c'est un concept qui se décline concrètement par des prises de décisions courageuses".

Magali Rangin