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Carte des régions: pourquoi y sommes-nous si attachés?

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La refonte des régions, annoncée lundi par François Hollande, suscite des réactions passionnées. L'échelon régional, qui date de la deuxième partie du 20e siècle, est pourtant jeune. Raisons historiques d'un attachement.

En dévoilant lundi l'ébauche d'une nouvelle carte des régions, François Hollande a provoqué une avalanche de réactions, à droite comme à gauche. Le passage annoncé de 22 régions à 14 a également suscité un déluge de commentaires sur les réseaux sociaux. Au sein même de la majorité, certains n'ont pas caché leur mécontentement, quitte à fragiliser leur famille politique. Comment expliquer une telle passion pour un échelon administratif pourtant si récent dans l'histoire de France?

L'héritage des provinces

Les "frontières" des régions n'ont en effet été matérialisées qu'en 1956. Un échelon très jeune en comparaison des départements, nés de la Révolution française de 1789! Le sentiment régionaliste s'ancre néanmoins dans un passé pluriséculaire, sous l'Ancien Régime, à l'époque où la France n'était encore qu'un assemblage de provinces.

"Le royaume de France a petit à petit avalé les différentes provinces, puis digéré les tempéraments régionaux. La construction de la France en un bloc a été très lente, en témoignent le rattachement du comté de Nice et de la Savoie seulement au milieu du 19e siècle", souligne l'historien Jean Garrigues, professeur à l'université d'Orléans, joint par BFMTV.com.

Enfouies, ces identités anciennes n'ont pourtant jamais été oubliées. "Au fil des siècles, on a vu des résurgences régulièrement apparaître. Lors de la Révolution, une forte contestation s'est élevée contre la centralisation jacobine. Et quand un siècle plus tard, Jules Ferry a imposé à l'école l'enseignement du français contre les langues régionales, il s'est heurté à une violente opposition".

Les provinces en 1715

1970, le tournant régionaliste

La plus forte de ces "crises identitaires" s'est produite dans les années 1970 avec le rejet, au lendemain de mai 1968, de l'Etat gaullien, jacobin et centralisé. "S'est produit une véritable 'révolution identitaire', avec un ravivement des cultures et des langues régionales - breton, basque, catalan, languedocien...", souligne Jean Garrigues. La loi Deferre de 1982, qui a donné aux régions de 1956 un cadre institutionnel, est ensuite venue "légitimer cette identité régionale".

C'est ainsi que s'est construit ce que l'historien qualifie de "paradoxe français": la construction d'un Etat-nation, avec une culture de la centralisation "plus forte qu'ailleurs" et une "forte identité nationale"... et en même temps la recherche d'une "identité individuelle" qui trouve ses fruits dans une culture régionale plus ancienne.

Les régions comme collectivités territoriales, en 1982

Une proximité rassurante

Et puis, la proximité rassure. "Dans une société en crise comme aujourd'hui, l'attachement aux services de proximité se fait plus fort. On le voit avec les réticences face à la réforme de la carte judiciaire ou au regroupement des hôpitaux". D'où une forte angoisse à l'idée d'agrandir l'échelon régional puis de supprimer, à l'horizon 2020, le cadre plus petit et bicentenaire du département.

Toute réforme est-elle donc vouée à l'échec? Pas si sûr. "Après tout, l'instauration des régions comme entités, en 1982, a été une petite révolution par rapport à ce qui existait", note Jean Garrigues.

Mais les hésitations de François Hollande sur la suppression des départements montrent que toucher à cet étage du millefeuille reste délicat. "Les Français pourraient s'y acclimater, à condition qu'ils continuent de ressentir un échelon de proximité. Avec, par exemple, leur remplacement par les communautés d'agglomération."

Les régions telles qu'envisagées pour 2015

Mathilde Tournier et Marc Pédeau