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Budget, l’armée monte au front

Le général Jean-Claude Thomann sur le plateau du "Soir BFM"

Le général Jean-Claude Thomann sur le plateau du "Soir BFM" - -

Alors que Jean-Yves Le Drian a détaillé, jeudi, le budget de la Défense, victime de coupes drastiques, le général Jean-Claude Thomann, membre des sentinelles de l'Agora, était l'invité de Jean-Baptiste Boursier, lors du "Soir BFM". Verbatim.

JEAN-BAPTISTE BOURSIER

Cent millions d’euros de baisse du budget de fonctionnement de l’armée sur le prochain budget, des réductions des effectifs, sept mille huit cent quatre-vingt-un emplois en moins l’année prochaine. La Défense, comme d’autres secteurs, se serre la ceinture. Bonsoir général Jean-Claude THOMANN.

GENERAL JEAN-CLAUDE THOMANN, MEMBRE DES SENTINELLES DE L’AGORA

Bonsoir.

JEAN-BAPTISTE BOURSIER

Merci d’être avec nous. Vous êtes membre des sentinelles de l’Agora. Vous avez publié un communiqué dans lequel vous êtes extrêmement remonté, suite à ces annonces de Jean-Yves LE DRIAN. Vous dites qu’on réduit l’armée française à l’état d’échantillon. Est-ce que ce n’est pas un peu exagéré ?

GENERAL JEAN-CLAUDE THOMANN

C’est un peu fort mais c’est parce que le problème lui-même est grave. Nous considérons qu’il est très grave car notre armée et nos armées sont sur une pente qui est maintenant plus qu’inquiétante. Nous avons d’énormes problèmes. En faisant ce communiqué, nous nous sommes faits un peu l’écho des personnels actifs qui, eux, sont tenus par le devoir de réserve mais nous avons beaucoup de contacts avec eux, donc nous savons à peu près ce qui se passe dans les armées et il est clair que la situation n’est pas fameuse.

JEAN-BAPTISTE BOURSIER

Vous nous dites quoi ? Ça veut dire que l’armée française aujourd'hui, selon vous, n’a plus les moyens de défendre le pays correctement ?

GENERAL JEAN-CLAUDE THOMANN

Écoutez, je vais vous donner un simple petit bilan. Quand on parle des matériels majeurs – les matériels majeurs, c’est par exemple pour l’armée de terre les canons, les chars, les véhicules blindés qui permettent de protéger les personnels, c’est ce qu’on appelle l’infanterie débarquée – nous en avons maintenant moins que la Suisse. Je pense que les Français devraient retenir cela. Nous avons maintenant le niveau à peu près de la Suisse en termes de capacité de matériels majeurs.

JEAN-BAPTISTE BOURSIER

Mais en termes d’hommes, plus de deux cent vingt-cinq mille soldats en France aujourd'hui ?

GENERAL JEAN-CLAUDE THOMANN

Il y en a deux cent vingt-cinq mille dans l’ensemble des armées et des services de soutien. Dans ces deux cent vingt-cinq mille, au terme de la loi de programmation, il y aura plus de quarante mille civils. En fait, on va tourner autour de cent quatre-vingt mille en effectifs pour nos trois armées.

JEAN-BAPTISTE BOURSIER

Les gens qui nous regardent posent leurs questions sur Internet, bfmtv.com #lesoirbfm sur Twitter ; c’est Margaux qui relaie.

MARGAUX DE FROUVILLE

Ils s’adressent directement à vous, les internautes. Benjamin vous demande : “Dans un contexte où le terrorisme est à son apogée, baisser le budget de l’armée est incroyable”. Vous partagez cet avis ?

GENERAL JEAN-CLAUDE THOMANN

Je pense, je pense. Parce qu’il faut qu’on garde des capacités dans un monde qui est incertain. L’impression qu’on a, le sentiment, c’est que nous sommes en train de baisser plus que dangereusement la garde. Je rappelle que le Sénat l’année dernière a sorti un rapport qui faisait un peu l’état des lieux sur les moyens des armées, leur capacité, et il a appelé cela "la juste insuffisance de nos armées". Nous ne sommes plus dans la juste insuffisance : nous passons maintenant, avec la loi de programmation qui va être votée, à la totale insuffisance.

JEAN-BAPTISTE BOURSIER

Jean-Claude THOMANN, vous dites : “l’absence actuelle de menace miliaire majeure n’est qu’un simple moment de l’Histoire”. On peut espérer que vous ayez tort tout de même et qu’enfin, les peuples aient appris du passé et qu’on entre plutôt dans une période d’accalmie. Vous avez réellement la sensation qu’à n’importe quel moment, une guerre peut nous menacer ?

GENERAL JEAN-CLAUDE THOMANN

Non, évidemment pas à court terme. Ceci dit, vous avez entendu parler de ce qu’on appelle les surprises stratégiques. Les surprises stratégiques, ce sont des choses qui arrivent tout d’un coup, assez brutalement, parce que quelque part une situation se dégrade énormément et on se retrouve face à des situations extrêmement compliquées qu’il faut résoudre. Les leçons de l’Histoire, les responsables sont payés pour tenir compte des leçons de l’Histoire. Les leçons de l’Histoire montrent qu’aucune situation géopolitique n’est stable et figée définitivement et que tout peut évoluer rapidement.

JEAN-BAPTISTE BOURSIER

Une dernière question, Jean-Claude THOMANN. La France a été saluée internationalement après son intervention au Mali par la qualité de ses hommes, la qualité de son opération militaire.

GENERAL JEAN-CLAUDE THOMANN

Oui. Je tiens à souligner cette extraordinaire qualité. Elle est d’autant plus extraordinaire que ce qu’on n’a pas trop dit, c’est que sur le plan des matériels, ce n’était pas du tout extraordinaire. Je pense d’ailleurs que si la presse n’a pas eu accès à certaines choses, c'est parce que d’abord les militaires sont fiers et tenaient à montrer que ça marchait, mais ils ont fait des prodiges de système D, d’acrobaties pour que ça marche. Et avec la prochaine loi de programmation, nous ne serons sans doute plus capables de mener une opération comme celle du Mali. Il faut savoir qu’actuellement la disponibilité moyenne de nos matériels n’est même pas de cinquante pourcents. Ça veut dire qu’un matériel sur deux est soit stocké, soit en attente de pièces pour être réparé.