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Au gouvernement et à la région Île-de-France, Emmanuelle Cosse se défend de cumuler les mandats

Fraîchement nommée ministre du Logement, Emmanuelle Cosse a siégé ce jeudi matin comme conseillère d'opposition au conseil régional d'Île-de-France. Mais l'élue écologiste affirme ne pas cumuler les mandats, seulement les fonctions.

Tout serait une question de sémantique. Ministre du Logement depuis une semaine, Emmanuelle Cosse a siégé ce jeudi matin au conseil régional d'Île-de-France, où elle est élue. Un double rôle que n'ont pas manqué de critiquer certains de ses collègues, qui dénoncent un cumul des mandats.

Fonction ou mandat, pas la même chose

La volonté de ne pas abandonner son siège de conseillère régionale peut en effet surprendre de la part d'une ministre issue d'Europe Écologie-Les Verts, parti qui a plusieurs fois critiqué le cumul des mandats. Mais la ministre du Logement se défend d'une telle pratique, invoquant une différence entre ses deux rôles.

"Je suis opposée au cumul des mandats, dans le temps et en nombre, a rappelé Emmanuelle Cosse. Je pense notamment qu'il n'est pas possible d'assumer une vraie place dans un exécutif d'une collectivité quand on est parlementaire. Mais là vous parlez de cumul des fonctions, et moi je vais continuer à être élue locale d'opposition, comme le sont beaucoup de personnalités, beaucoup de ministres."

Le rôle de ministre étant une fonction et pas un mandat électif, Emmanuelle Cosse ne contrevient donc pas à la loi interdisant le cumul des mandats. Loi qui ne s'appliquera de toute façon que dans un an.

"Conserver les pieds dans la réalité"

Au conseil régional d'Île-de-France, certains rappellent cette nuance pour appuyer leur soutien à la ministre de Logement. "Emmanuelle Cosse est conseillère régionale d'opposition, donc c'est quand même beaucoup plus simple d'organiser son temps, plaide Chantal Jouanno, vice-présidente du conseil régional et sénatrice UDI de Paris. En plus ça a l'avantage de conserver les pieds dans la réalité."

Carlos Da Silva, député socialiste de l'Essonne en plus de son mandat en Île-de-France, défend également Emmanuelle Cosse. "Elle a démissionné de beaucoup de responsabilités, rappelle le député. Elle garde un mandat simple d'opposition de base, chacun sait qu'être ministre n'est pas une mission durable par essence, par conséquent elle raison de garder ce mandat."

Donneuse de leçons

Car ce qui dérange, c'est surtout qu'Emmanuelle Cosse ne s'était jusqu'à présent pas gênée pour critiquer ses collègues qui empilaient les mandats. Thierry Solère, par exemple, a beau approuver le choix de la ministre, il ne se gêne pas pour rappeler ses opinions passées.

"Emmanuelle Cosse, le mois dernier, elle donnait beaucoup de leçons ici, à la région Île-de-France, à beaucoup de gens", sourit Thierry Solère, lui-même conseiller régional et député Les Républicains des Hauts-de-Seine. "'Faudrait que vous démissionniez, faudrait que vous fassiez ça.' Faut pas donner de leçons quand on est soi-même pas plus royaliste que le roi", a-t-il raillé avant de donner l'exemple de Valérie Pécresse, qui a quitté tous ses mandats.

La présidente du conseil régional d'Île-de-France a également réagi. "Aujourd'hui ceux qui parlent de l'interdiction du cumul, ceux qui la brandissent comme un étendard politique, ne se l'appliquent pas à eux-mêmes. CQFD", a-t-elle conclu de sa formule habituelle.

Cumul ou pas cumul, tous attendent en tout cas de voir comment Emmanuelle Cosse va gérer son portefeuille de ministre du Logement. Car du côté d'Europe Écologie-Les Verts, c'est surtout son entrée au gouvernement qui fait encore grincer des dents.

Hélène Millard avec Thomas Soulié et Sébastien Savoye