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Garrido, Dray, Guaino, Raffarin: de chroniqués à chroniqueurs

Jean-Pierre Raffarin, le 5 novembre 2014.

Jean-Pierre Raffarin, le 5 novembre 2014. - Thomas Samson - AFP

Sur C8, LCI ou Sud Radio, plusieurs politiques dépourvus de mandat se convertissent à la chronique politique.

Que faire sans mandat? Parler de ceux qui en ont un. Avec Julien Dray, Henri Guaino ou Raquel Garrido, plusieurs médias se voient nantis pour cette rentrée d'anciens "porte-flingues" politiques reconvertis dans l'analyse en plateau. Loin d'être inédit, le phénomène prend de l'ampleur cette année, rouste électorale et ambitions de conquête obligent.

Ne pas disparaître

L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, sera ainsi chroniqueur du nouveau programme dominical de France 2 animé par Laurent Delahousse, "19H le dimanche". Il y fera sa rentrée le 10 septembre prochain.

Par ailleurs, Henri Guaino, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, battu sèchement en juin dernier à Paris, tiendra un éditorial tous les jours dans la matinale de Sud Radio.

"Je ne veux plus être dans le désordre, dans les ambitions et les arrangements de la vie publique. Cet édito ne m'empêchera pas de prendre de la distance par rapport à la politique", assure le séguiniste transi.

Christophe Bordet, rédacteur en chef de Sud Radio, abonde: "Ce sera intéressant d'avoir un éclairage différent. Ce personnage atypique a désormais une parole libre et aura des approches inattendues. Monsieur Guaino est avant tout un intellectuel car il n'est pas aseptisé par le système. Il aura plus de liberté de parole que s'il était député."

Julien Dray, éminence grise du Parti socialiste dont le héros de la série Baron noir serait inspiré, arrive quant à lui sur LCI dans une émission politique hebdomadaire. "Je ne suis pas chroniqueur, je suis un élément du débat politique", a-t-il décrit sur Europe 1, précisant qu'il ne serait pas rémunéré.

Le passage de la politique au monde médiatique, "est avantageux pour les deux camps", observe Nicolas Hubé, maître de conférences en science politique à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

"D'une part pour les médias car les politiques savent parler en trente secondes et faire le buzz. D'autre part pour les politiques car ils gardent un capital de notoriété et ne disparaissent pas de la scène médiatique".

Occuper le terrain

Pour Philippe Riutort, sociologue et spécialiste des médias et des politiques, "Henri Guaino est dans un élan déclinant, il gère sa retraite politique. Son édito est une activité comme une autre. Alors que Raquel Garrido, c'est l'inverse, elle utilise les médias pour se créer une notoriété".

La porte-parole de La France insoumise tiendra une chronique hebdomadaire dans l'émission de Thierry Ardisson "Les Terriens du dimanche", diffusé sur C8. "Je serai libre de dire ce que je veux", a-t-elle promis sur RMC. Cette collaboration d'une des figures du mouvement de Jean-Luc Mélenchon avec le groupe de Vincent Bolloré suscite pourtant les sarcasmes depuis le début de l'été.

"Ces trois personnalités politiques avaient un rôle au sein de leurs partis de 'sniper' dans les médias. Ce sont des habitués qui sont très efficaces pour d'éventuelles reprises" dans d'autres médias, relève Nicolas Hubé, spécialiste de la communication politique.

Milieux perméables

"Que les politiques travaillent pour les médias, ce n'est pas nouveau". Pour le sociologue Philippe Riutort, c'est le magazine Paris Match qui a lancé cette pratique. "L'hebdomadaire avait proposé il y a une quinzaine d'années à Valéry Giscard d'Estaing d'écrire des chroniques", rappelle-t-il. "A l'époque cela avait détonné, maintenant c'est normal, surtout en presse écrite".

Depuis, d'autres personnalités ont quitté l'hémicycle pour les plateaux télé. La première fut Roselyne Bachelot en 2012. L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy a commencé sa carrière à la télévision sur D8, avant de rejoindre RMC. À la rentrée, elle présentera avec Julien Arnaud "un talk d'actu" sur LCI.

La même année, Clémentine Autain, nouvelle députée LFI, s'est fait connaître en devenant chroniqueuse sur France 2. Daniel Cohn-Bendit a rejoint la matinale d'Europe 1 en 2013, quand Jeannette Bougrab, ancienne secrétaire d'État, participait au Grand Journal de Canal +. En novembre 2016, c'est Sébastien Pietrasanta, alors député PS de la 2e circonscription des Hauts-de-Seine, qui est devenu consultant sur le terrorisme sur BFM TV.

Dans un registre plus littéraire, le Premier ministre Édouard Philippe lui-même désœuvré après l'élimination de son champion Alain Juppé, a chroniqué pour Libération la campagne présidentielle de 2017. "Brutus, homme d’action, dresse son bras vengeur tandis que Macron, banquier technocrate, est 'en marche'. En latin on dit 'ambulans', chacun en déduira ce qu’il veut…", écrivait le futur locataire de Matignon. De quoi inspirer les nouveaux chroniqueurs.
Louis Nadau avec AFP