BFMTV

Fusions, ralliements, maintiens, désistements: comment se présente le second tour région par région

Des passants devant des affiches électorales le jour du 1er tour des régionales, le 20 juin 2021 à Paris

Des passants devant des affiches électorales le jour du 1er tour des régionales, le 20 juin 2021 à Paris - Lucas BARIOULET © 2019 AFP

Le rythme des régionales ne retombe pas après le premier tour ce dimanche. Les candidats ont jusqu'à mardi 18h pour le dépôt de leur liste... ou leur retrait. BFMTV.com passe les situations en revue région par région.

Le taux d'abstention définitif au sortir du premier tour des régionales de dimanche a beau être de 66,74% et doucher de fait quelques enthousiasmes, il ne décourage pas les tractations et combinaisons entre les listes en vue du second tour dans six jours. Sur le papier, les équipes ayant recueilli plus de 10% des suffrages exprimés peuvent se maintenir. Mais dans les faits, de nombreux facteurs viennent compliquer cette apparente simplicité.

Ce lundi, les discussions se sont précipitées et même les situations les plus difficiles semblent se dénouer. BFMTV.com détaille le plateau probable du second tour des régionales région par région. La date butoir pour le dépôt des listes est quant à elle fixée à mardi 18h.

· Paca: la liste de gauche acculée au retrait

C'était le tableau le plus embrouillé. Ce lundi après-midi, il s'est brutalement clarifié, avec la décision de Jean-Laurent Félizia de retirer finalement sa liste dans l'optique du second tour.

"C’était un choix déchirant entre deux responsabilités: reconstruire la gauche à l’avenir ou s’exposer à un péril plus grand à court terme. La défaite de la haine et de l’intolérance n’est pas certaine dans notre région si nous nous maintenons.", a-t-il lu devant les caméras ce lundi après-midi.

La liste du Rassemblement écologique et social, qui unissait la gauche sous l'égide de Jean-Laurent Félizia en Provence-Alpes-Côte d'Azur, ne sera donc finalement pas de la partie dimanche prochain. Celui-ci avait pourtant affirmé dimanche soir qu'il avait bien l'intention de représenter son camp au second tour, après avoir collecté 16,89% des suffrages exprimés au premier tour. Ce score a fait de lui le troisième homme du scrutin, derrière les 36,38% du RN Thierry Mariani et les 31,91% dévolus à la liste de centre-droit Renaud Muselier.

Mais la pression des appareils - que Jean-Laurent Félizia a pourtant qualifié de "dérisoire" ce lundi - s'est faite de plus en plus forte devant la perspective d'une prise du Conseil régional par le RN.

· Schéma décanté dans les Hauts-de-France

Retour dans le Nord à présent où le match oppose là aussi des personnalités du premier plan de la scène publique, où les enjeux de politique nationale sont également lourds, et où les symboles abondent. Pourtant, là où le résultat est apparu plus serré en Paca que dans les enquêtes d'opinion et où le comportement des listes s'est avéré plus incertain, les Hauts-de-France présentent une équation des plus claires à l'approche du second tour des régionales.

Il faut dire que le triomphe de Xavier Bertrand, qui emmène la droite dans ce scrutin, facilite les réflexions. Créditée de 41,39%, la liste du sortant a surpassé son challenger RN, Sébastien Chenu, voire l'a écrasé, celui-ci ne s'attirant que 24,37% des voix comptabilisées. Karima Delli, députée européenne à la tête d'une liste d'Union de la gauche, a décidé de maintenir sa liste comme ses 18,99% des suffrages exprimés au premier tour lui en donnent largement la possibilité.

Une opportunité dont la majorité ne disposait pas, elle. La liste du secrétaire d'Etat aux Retraites, Laurent Pietraszewski, apparaît en effet laminée en ce lendemain d'un premier tour qui ne lui a apporté que 9,14%, score insuffisant pour postuler au second tour qui exige en effet de parvenir à un seuil minimal de 10%. Le membre de l'exécutif a appelé "tous ceux qui (l')ont soutenu au premier tour" à voter en faveur de Xavier Bertrand au second. "Les Hauts-de-France ont besoin de tout, sauf de l'extrême incompétence, de l'extrême indécence, de l'extrême droite", a-t-il ajouté.

· Île-de-France: l'union à gauche sans surprise

Ça ne faisait guère de doute et l'après-midi de ce lundi a achevé de le lever. La gauche partira unie au second tour dimanche prochain en Île-de-France pour tenter de mettre à bas la forteresse Valérie Pécresse, forte de ses 35,94%. "Ça y est, nous sommes uni-es avec Audrey Pulvar et Clémentine Autain pour l'écologie et la solidarité en Ile-de-France!" a ainsi tweeté Julien Bayou, qui prendra la tête du rassemblement.

C'était ainsi convenu au sein de la gauche francilienne. Chacun défendrait ses options au premier tour mais au second, on se rallierait au plus fortuné électoralement. Avec ses 12,95% de suffrages exprimés, le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts supplante donc les 11,07% de la tête de liste socialiste Audrey Pulvar et les 10,24% de la députée insoumise Clémentine Autain.

Celle-ci a choisi la clarté dès sa première allocution. "Oui nous pouvons remporter la région Île-de-France. L’alliance des trois listes emmenée par Julien Bayou nous place au coude-à-coude avec Valérie Pécresse. La victoire est à notre portée", avait-elle lancé. Ils ont d'ailleurs fixé rendez-vous tous trois, ensemble, ce lundi à Aubervilliers sur les coups de 17h.

La gageure qui leur fait face est d'importance. Valérie Pécresse a donc attiré 35,94% sur sa liste de droite, devant les 13,12% de la liste RN de Jordan Bardella. Laurent Saint-Martin se maintiendra au nom de la majorité mais ses 11,76% devraient le cantonner au témoignage.

· Rassemblement à gauche en Auvergne-Rhône-Alpes

Le suspense s'est également vite dissipé en Auvergne-Rhône-Alpes. Tout d'abord parce qu'avec ses 43,79%, le sortant et ex-président des Républicains Laurent Wauquiez paraît déjà inexpugnable ou presque. Surtout, parce que ce lundi après-midi, ses concurrentes de gauche ont confirmé qu'elles feraient cause commune contre lui pour tenter de défaire cette victoire annoncée.

"Nous avons toujours dit que le moment venu nous rassemblerions toutes les forces citoyennes, les forces de gauches, écologistes et humanistes. C'est fait", ont ainsi plastronné Fabienne Grébert (EELV), Najat Vallaud-Belkacem (PS) et la communiste Cécile Cukiermann dans une déclaration conjointe. La première a totalisé 14,45% des suffrages exprimés au premier tour, la deuxième 11,40% et la dernière, un 5,56% qui ne lui permettait donc pas de se maintenir par ses seules forces.

La candidature d'Andrea Kotarac pour le Rassemblement national paraît par ailleurs particulièrement mal en point, avec 12,33%.

· Un Grand Est à couteaux tirés

Rien n'est fait, encore, dans le vaste Grand Est, même si Jean Rottner a séduit la plus grande frange de Champenois, Ardennais, Lorrains et Alsaciens au premier tour, sous les couleurs de la droite: 31,15% dimanche soir. Derrière lui, le RN de Laurent Jacobelli est jaugé à 21,12%. Et il ne peut espérer le secours direct de Florian Philippot et de ses Patriotes qui excluent de se rallier. Ce dernier a collecté 6,95% des voix enregistrées au premier tour.

Côté gauche, Eliane Romani va continuer à représenter les espoirs d'EELV, du PCF et du PS, après avoir cumulé 14,60% des bulletins retenus. Elle discute actuellement avec Aurélie Filipetti qui n'a pu convaincre que 8,64% des participants malgré le soutien de la France insoumise et de Génération.s.

L'ex-LR, actuelle ministre déléguée à l'Insertion et donc porte-flambeau de La République en marche, Brigitte Klinkert, ne rejoindra ni les uns ni les autres et essayera de faire grossir son contingent du premier round (10,77%).

· On prend le temps de discuter en Normandie

La situation normande paraît similaire. Hervé Morin, ancien ministre de la Défense de François Fillon, président du Conseil régional, est bien parti pour rempiler avec sa majorité LR, UDI et MoDem. Il a obtenu 36,86% des votes exprimés. Nicolas Bay est en embuscade pour le RN mais semble décroché, à 19,86%.

Sur la gauche, Mélanie Boulanger est en position de force au sein de sa famille politique, ayant persuadé 18,37% des suffrages validés en faveur de sa liste PS-EELV. Il lui reste toutefois à convaincre la liste PCF-LFI de Sébastien Jumel et ses 9,64% à présent.

"Je souhaitais cette union dès le premier tour. Je suis évidemment toujours sur cette ligne pour le second", a-t-elle confié à Ouest France.

Les discussions sont toujours en cours selon la presse régionale. Laurent Bonnaterre, nanti de 11,07% au premier tour, devrait compléter la ligne de départ du second tour pour LaREM.

· Centre-Val-de-Loire: la gauche en position de force

Le sortant François Bonneau a porté son attelage PS-PCF à 24,81% au sortir du premier sas du scrutin en Centre-Val-de-Loire. Il a dans la foulée annoncé, comme l'a signalé l'AFP, la fusion de son équipe avec celle de Charles Fournier, le champion de la France insoumise et d'Europe Ecologie-Les Verts (10,85%).

Si Aleksandar Nikolic (22,24%) ne pourra pas attendre de renforts partisans convergeant vers sa liste RN, on discute aussi à droite. Nicolas Forissier (18,82% pour LR) cherche en effet à s'aboucher avec Marc Fesneau. Le ministre chargé des Relations avec le Parlement est quant à lui resté scotché à 16,65%.

· Pays de la Loire: Orphelin fer de lance de la gauche

Dans les Pays de la Loire voisins, la recomposition s'organise... jusqu'à un certain point. Christelle Morançais a rassemblé 34,29% sous sa bannière LR. Le RN Hervé Juvin s'est taillé une part de 12,53% dans les suffrages exprimés, tandis que François de Rugy subissait un camouflet: 11,97% seulement pour ce ténor de la majorité, et baron local. Il n'a cependant pas balancé et a choisi de maintenir sa liste.

En revanche, le peloton s'allège à gauche. Matthieu Orphelin, dissident sorti des rangs de la majorité devenu le héraut des écologistes et de la France insoumise sera son leader - après avoir constitué un capital de 18,70% au premier tour.

Guillaume Garot, qui conduisait le binôme PS-PCF, s'est en effet rallié à lui dès dimanche soir. "Nos projets sont compatibles sans difficulté", a-t-il observé auprès du Monde.

· La gauche désunie en Bretagne

Le président du Conseil régional breton, Loïg Chesnais-Girard, est favori dans la course à sa réélection. L'homme du PS, PCF et du PRG est arrivé en tête avec 20,95% des voix. Il a ainsi déposé son ancien vice-président, Thierry Burlot, qui représentait LaREM (15,53%), a vaincu l'écologiste Claire Desmares-Poirrier (14,84%). Surtout, il a dominé Isabelle Le Callennec (LR) qui est parvenue à un score de 16,27%, et Gilles Pennelle. Le prétendant du Rassemblement national a dû se contenter de 14,27%.

Mais le socle du sortant demeure fragile. L'enjeu, pour lui, est donc de mettre de l'ordre dans l'hémisphère gauche d'ici à dimanche prochain. Or, c'est là que le bât blesse.

Tandis que Le Monde a évoqué une discussion "franche et dure" avec les écologistes dans la nuit, il apparaît ce lundi que les tractations n'iront pas plus loin. Claire Desmares-Poirrier a en effet acté leur fin dès ce lundi auprès de Ouest France: "Il n’y a pas d’alliance possible sur le fond, sur la forme… sur tout en fait !"

· Billard en Bourgogne-Franche-Comté

En Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, sortante socialiste, a finalement contenu le Rassemblement national de Julien Odoul, qui faisait figure de favori malgré une campagne un brin chahutée. Elle a ainsi engrangé 26,52% des voix contre 23,19% au second. La droite est rejetée plus loin, autour des 21,04% de Gilles Platret.

LaREM et EELV ont également subi un choc: pour la majorité, Denis Thuriot a plafonné à 11,69%, et Stéphanie Modde a obtenu un score de 10,34% pour l'écologie. Marie-Guite Dufay regarde à présent en direction de cette dernière. La condition sine qua non à ce rapprochement est toutefois l'abandon de la piste Denis Thuriot. Celui-ci a de toute façon décidé de se maintenir selon nos confrères de l'AFP.

· Nouvelle Aquitaine: Alain Rousset va devoir se faire confiance

Certes, Alain Rousset, président sortant du Conseil régional de Nouvelle Aquitaine, a réalisé une bonne performance ce dimanche. Il totalise 28,84% des voix, dix points au-dessus du score d'Edwige Diaz pour le Rassemblement national (18,21%), quinze points par-dessus la tête de Geneviève Darrieussecq, ministre chargée des Anciens combattants, et candidate de LaREM, du MoDem et de l'UDI (13,71%). Nicolas Florian, aspirant à la région au nom des Républicains, est lâché: 12,46%. Comme Nicolas Thierry, pour EELV et Génération.s: 12,08%.

Mais, selon France 3, tous ce petit monde devrait se maintenir au second tour, et Alain Rousset n'enregistrera, en principe, pas de ralliement supplémentaire. Ainsi, les socialistes d'Alain Rousset les écologistes de Nicolas Thierry ont consommé leur désaccord au sujet de la répartition des vice-présidences dès lundi midi.

· Confusion en Corse

Les élections territoriales ont bien permis de dégager un ordre de préséance en Corse. De là à dire qu'elles ont clarifié la situation... Ainsi, les listes autonomistes ou indépendantistes ont largement décroché une majorité dans les urnes mais elles avancent toujours, ce lundi, dans la plus grande dispersion.

Gilles Simeoni, qui dirige l'exécutif actuel, s'est arrogé 29,2% des suffrages exprimés. Il devance les 24,9% de Laurent Marcangeli qui tient les rênes d'une union de la droite. Surtout, il a pris le pas sur les rivaux jaillis de sa propre famille politique. Jean-Christophe Angelini n'est mesuré qu'à 13,2%, l'indépendantiste Paul-Félix Benedetti est resté accroché à 8,4%.

Et Jean-Guy Talamoni, qui prône lui aussi la rupture avec la France, est jaugé à 6,9%. Son score, sous les 7%, va cependant le contraindre à la fusion. Paul-Félix Benedetti, lui, a d'ores et déjà assuré qu'il n'en était pas question pour sa part.

Robin Verner, avec AFP