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Le Front national va-t-il sanctionner Jean-Marie Le Pen?

Jean-Marie Le Pen, vendredi 1er mai, s'est invité sur scène, devant sa fille Marine.

Jean-Marie Le Pen, vendredi 1er mai, s'est invité sur scène, devant sa fille Marine. - Kenzo Tribouillard - AFP

L'ancien président du Front national va devoir s'expliquer sur ses récents propos polémiques face au bureau exécutif du parti, qui pourrait décider de son exclusion.

Jean-Marie Le Pen va être fixé sur son sort. L'ancien chef et fondateur du FN est convoqué, ce lundi, devant le bureau exécutif, la plus haute instance du parti. Les huit cadres, dont la présidente du parti, Marine Le Pen, pourraient aller jusqu'à lui retirer son titre de "président d'honneur", voire l'exclure.

En cause? Ses multiples propos polémiques tenus ces dernières semaines, qui ne cadrent visiblement plus avec la ligne affichée par Marine Le Pen et ses proches, dont l'influent n°2 du parti, Florian Philippot. Répétition de sa vision des chambres à gaz, "détail" de l'Histoire, défense du maréchal Pétain et du "monde blanc", critique en règle de la démocratie comme système politique: Jean-Marie Le Pen a multiplié les provocations depuis le mois d'avril, au lendemain de départementales plutôt réussies pour le FN.

Une enquête a d'ailleurs été ouverte par le parquet de Paris pour contestation de crime contre l'humanité concernant ses déclarations sur les chambres à gaz, prononcées lors d'une interview sur BFMTV et RMC.

Rupture consommée

Conscient qu'il risque pour la première fois l'éviction de son parti, Jean-Marie Le Pen avait décidé, en signe d'apaisement, de s'effacer devant sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen pour conduire la liste FN en PACA aux prochaines régionales de décembre. Mais il n'a pu s'empêcher de s'inviter sur scène lors du défilé du 1er mai, alors même qu'il était privé de tribune. Vêtu d'un manteau rouge vif, il a salué la foule les deux poings levés, laissant sa fille Marine à l'arrière-plan.

Dimanche, sans masquer son agacement, elle fait un pas de plus vers la mise à l'écart définitive de son père: "Jean-Marie Le Pen ne doit plus pouvoir s'exprimer au nom du Front national, ses propos sont contraires à la ligne fixée", a tranché la présidente du FN sur Europe 1-Le Monde-iTélé. Florian Philippot en a rajouté dans la dramatisation. Interrogé dimanche sur BFMTV au sujet de l'hypothèse d'une exclusion, il a répondu: "Tout est possible".

Plusieurs scénarios possibles

Que peut-il se passer lundi dans le huis clos de l'instance frontiste? Une exclusion comporterait des risques sérieux. "Cela ouvrirait les portes de l'enfer", prévient un frontiste. "Il peut être tout aussi venimeux une fois exclu", remarque un autre. Que Jean-Marie Le Pen quitte de force le parti qu'il a cofondé en 1972 serait "surnaturel, surréaliste", prévient son principal soutien, la vice-présidente Marie-Christine Arnautu. Pour plusieurs cadres du FN, tout dépendra de la manière, conciliante ou provocante, dont Jean-Marie Le Pen se présentera devant ses "juges".

Peut-il se voir retirer sa présidence d'honneur du parti? Une opération juridiquement compliquée et trop symbolique politiquement qui pourrait réveiller la "bête blessée", craignent certains. L'homme doit être malgré tout ménagé, tant il est "apprécié par le peuple militant du Front national", notait un élu FN de Saint-Nazaire dans le cortège parisien du 1er mai.

Et c'est avec le sourire que le "patriarche" est arrivé vers 10 heures au siège du Front. Il s'est dit "déterminé" et "serein". Verdict dans la journée. 

A. G. avec AFP