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Féminicide à Mérignac: la mission fait des propositions, le gouvernement annonce 6 mesures

Chahinez, 31 ans, mère de trois enfants, est morte le 5 mai à Mérignac, près de Bordeaux, après avoir été brûlée vive par son mari violent récidiviste dont elle s'était séparée, un drame qui a suscité une onde d'indignations.

La mission d'inspection diligentée après le féminicide de Mérignac début mai confirme dans son rapport une série de défaillances dans le suivi du conjoint violent multirécidiviste et la protection de la victime et propose des mesures, reprises et annoncées par le gouvernement pour y remédier.

Chahinez, 31 ans, mère de trois enfants, est morte le 5 mai à Mérignac, près de Bordeaux, après avoir été brûlée vive par son mari violent récidiviste dont elle s'était séparée, un drame qui a suscité une onde d'indignations.

Ce rapport a fait l'objet ce mercredi soir d'une réunion à Matignon présidée par le Premier ministre Jean Castex à laquelle ont participé Eric Dupond-Moretti (Justice) et Gérald Darmanin (Intérieur), Elisabeth Moreno (égalité femmes/hommes) et Marlène Schiappa (citoyenneté), le gouvernement reprenant plusieurs des propositions de la mission.

Dans une interview au quotidien Ouest-France, Elisabeth Moreno a parlé d'une "accumulation des dysfonctionnements qui ont malheureusement conduit à la mort de cette pauvre femme", assurant que dans ce cas, "ce sont les forces de l’ordre et la justice qui sont concernées."

Six nouvelles mesures

Au total, Matignon a annoncé dans un communiqué "six nouvelles mesures" pour renforcer la protection des victimes.

Les auteurs du rapport, deux inspecteurs de l'administration, Etienne Lapaire, ancien conseiller justice de Nicolas Sarkozy à l'Intérieur, et Yves Colmou, ancien conseiller de Manuel Valls, préconisent "d'examiner la dangerosité" de l'auteur des violences "avant tout aménagement de peine". Pour cela, ils proposent de "modifier la loi afin que tout aménagement de peine soit précédée d'une expertise".

Ils recommandent aussi "d'améliorer la protection de la victime préalablement à la libération" du conjoint violent, "de renforcer et sécuriser la communication entre les services compétents" afin qu'ils puissent prendre des "décisions rapides", et enfin "de mieux piloter localement la protection des victimes".

Ils suggèrent d'attribuer à la victime un "téléphone grand danger", et cela "avant la libération de l'auteur des violences" et de l'informer "systématiquement" de l'évolution de la situation de ce dernier. Le gouvernement a annoncé la mise à disposition de 3000 de ces téléphones d'ici début 2022, soit une augmentation de "65% par rapport à aujourd'hui".

Un fichier de suivi des auteurs de violences conjugales

Auprès de Ouest-France, Elisabeth Moreno a affirmé qu'il est, selon elle, "important de ne pas laisser penser que les choses n’évoluent pas", citant notamment le Grenelle des violences conjugales et la libération de la parole des femmes: le nombre de plaintes enregistrées, en 2020, a augmenté de 30%.

La ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes a appelé à un "renforcement des instances locales de pilotage et une meilleure coordination des différents acteurs". "Il est important que la police et la justice travaillent main dans la main pour que les informations concernant les agresseurs et les victimes soient parfaitement connues de part et d’autre et que l’on ne travaille pas en silo", a-t-elle ajouté, avant de préciser:

"Il faut que les avocats demandent de plus en plus des ordonnances de protection. Il faut aussi que les professions médicales apprennent à détecter les femmes qui sont victimes de violences, parce que, parfois, elles sont tellement sous emprise qu’elles n’ont pas osé déposer plainte, elles ont peur."

Elisabeth Moreno a annoncé qu'un fichier de suivi des auteurs de violences conjugales sera "partagé entre la justice et les forces de l’ordre".

3919: le numéro de téléphone pour les femmes victimes de violence

Le "3919", "Violence Femmes Info", est le numéro national de référence pour les femmes victimes de violences (conjugales, sexuelles, psychologiques, mariages forcés, mutilations sexuelles, harcèlement...). C'est gratuit et anonyme. Il propose une écoute, informe et oriente vers des dispositifs d'accompagnement et de prise en charge. Ce numéro est géré par la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF).

Clément Boutin avec AFP