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Européennes 2019: partis politiques cherchent têtes de liste

Daniel Cohn-Bendit au Festival de Cannes le 16 ai 2018.

Daniel Cohn-Bendit au Festival de Cannes le 16 ai 2018. - Anne-Christine POUJOULAT / AFP

A seulement huit mois du scrutin, les partis bataillent pour choisir leurs têtes de liste. Des noms circulent mais très peu sont arrêtés, alors que les chefs de partis refusent de se lancer. Pour la première fois, les listes seront nationales, chaque formation devant en présenter une pour l'ensemble du territoire.

"Partis politiques cherchent têtes de liste aux Européennes". A huit mois des élections européennes de mai 2019, les principaux partis politiques n'ont officiellement pas désigné leurs têtes de liste. Un casting délicat, qui doit répondre à plusieurs exigences, à mi-chemin entre la nécessité de donner des gages de renouveau aux électeurs, et celle de présenter des figures capables de rassembler. D'autant que le scrutin du 26 mai, sur un seul tour, présente une particularité: il sera orchestré à partir de listes nationales, un détail introduit par Emmanuel Macron. Finies les listes régionales découpées en circonscriptions, chaque parti présentera une seule liste pour tout le territoire.

  • LaREM: le scénario Cohn-Bendit

Au sein du parti de la majorité, les différents scénarios qui se dessinent illustrent cette équation. Début juillet, Christophe Castaner, le délégué général de La République en marche, défendait l'idée d'un ticket de tête, paritaire, composé d'une femme et d'un homme. "Il y a quelques hypothèses sérieuses qui circulent mais elles seront rendues publiques en temps voulu", expliquait-il le 2 juillet dans Le Figaro.

Mais avec la rentrée, dans la foulée du départ de Nicolas Hulot du gouvernement, c'est une autre chanson qui s'est fait entendre dans les rangs du parti. "Nous aurons besoin de toi pour les européennes", a glissé Emmanuel Macron à Daniel Cohn-Bendit, lors de l'entretien au cours duquel ils ont décidé "d'un commun accord" que l'ancien eurodéputé écolo ne remplacerait pas le ministre sortant. A la question de savoir s'il se voyait tête de liste à 73 ans et avec plusieurs mandats derrière lui, il a répondu le 2 septembre dernier qu'il n'excluait "rien". Ces propos ont en tout cas suffi à faire grossir la rumeur, qui persiste jusque-là. D'après un sondage Odoxa paru le 13 septembre, l'idée emballe certes 55% des sympathisants du parti, mais beaucoup moins l'ensemble des Français: 65% considèrent ce choix comme "mauvais".

  • Au RN, du neuf avec du vieux?

Du côté du Rassemblement national, on est aussi tenté par la carte du renouveau, au risque de faire du neuf avec de l'ancien. Comme le révèle Le Canard enchaîné paru ce mercredi, Hervé Juvin, l'intellectuel qui fait figure de favori pour prendre la tête de liste du parti, est lié à la Nouvelle Droite et aux identitaires. L'hebdomadaire explique qu'en 2010, il participait à un colloque organisé par des associations liées à la mouvance identitaire, aux côtés notamment d'une prof de philo venue du MNR, le parti de Bruno Mégret. Une seule certitude: Marine Le Pen l'a dit, elle ne conduira pas la liste.

Les chefs de partis ayant encore des ambitions présidentielles gardent sans doute en tête l'échec de Michel Rocard, dont l'élan présidentiel avait été stoppé par son score aux européennes de 1994, alors qu'il était tête de liste socialiste.

Au RN, c'est la première fois que la tête de liste sera occupée par quelqu'un ne portant pas le nom Le Pen. Elle pourrait cependant rester dans la famille, puisque le député Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen, est aussi parmi les candidats pressentis. Au même titre que Nicolas Bay, coprésident du groupe ENL (Europe des Nations et des Libertés), dont l'influence semble cependant avoir baissé ces derniers mois au sein du parti. L'objectif, pour la formation d'extrême droite qui talonne La République en marche dans les derniers sondages sur les européennes, est de produire une "liste de rassemblement", qui pourrait compter dans ses rangs un transfuge de LR, Thierry Mariani. 

  • Multiplication des listes de gauche

A gauche de l'échiquier, trois partis ont déjà entériné le fait qu'ils proposeraient une liste et trouvé leurs têtes de liste: pour le Parti communiste, c'est l'adjoint à la mairie de Paris Ian Brossat qui mènera le jeu, pour Europe Ecologie-Les Verts c'est l'eurodéputé Yannick Jadot, et pour La France insoumise, c'est un duo paritaire composé de Manuel Bompard, le directeur des campagnes du parti, et Charlotte Girard, la coresponsable du programme, qui a été choisi. Ils auront la charge de faire de l'élection un "référendum anti-Macron". 

  • Tergiversations au PS

Pour le Parti socialiste, ça se complique. L'hypothèse qui revient avec insistance est celle d'Emmanuel Maurel, eurodéputé et représentant de l'aile gauche du parti, soutenu par les aubrystes. "Martine (Aubry) m'en a parlé à la fin de l'été. A ce stade, je n'exclus rien, je me bats", expliquait-il lundi au JDD, disant vouloir "infléchir la ligne du parti". S'il prenait la tête de la liste, cela éviterait au moins son départ du parti, lui qui ne cache pas son amitié avec Jean-Luc Mélenchon.

Le commissaire européen Pierre Moscovici, l'ancien secrétaire d'Etat Christian Eckert ou l'ancien député Julien Dray ont eux aussi fait part de leur intérêt, mais sans faire l'unanimité. Quant à Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS, il ressort encore affaibli de ces tergiversations, car il avait proposé le rôle à l'ancien ministre-président de la Wallonie et maire socialiste de Charleroi, Paul Magnette, qui a décliné.

Benoît Hamon, de son côté, prône le rassemblement le plus large possible, mais ne tient pas non plus à mener une liste. Sa formation, Générations, se prononcera à l'automne, après un tour de France et d'Europe qui doit lui permettre de présenter sa feuille de route.

  • Les Républicains se déchirent sur l'Europe

"Le sujet n'est pas Orban, le sujet c'est l'Europe". Chez Les Républicains, la question de la tête de liste n'est pas tranchée non plus, et le parti ne semble pas près de trouver une ligne commune sur l'Europe. Les dissensions internes se sont cristallisées récemment autour du cas de Viktor Orban. Le Premier ministre hongrois divise la droite européenne réunie au sein du groupe PPE (Parti populaire européen), dont Orban fait partie, alors que des sanctions contre Budapest sont envisagées.

Laurent Wauquiez, le président du parti qui avait été poussé - en vain - par Nicolas Sarkozy à prendre la tête de la liste, a dit vouloir dialoguer autant avec lui qu'avec Angela Merkel, semant le trouble au sein de son parti. Lors d'une réunion de bureau politique mardi, Valérie Pécresse a appelé à clarifier la ligne du parti sur ce point. "On a tort de pousser Orban en dehors de l'Europe et du PPE. Il faut arrêter d'opposer les uns aux autres", dit-il encore au Figaro ce mercredi soir, estimant que Viktor Orban a "toute sa place au sein du PPE". Une seule certitude, c'est le numéro 2 de LR, Jean Leonetti, qui fait figure de favori pour la tête de liste jusqu'ici. Il a regretté mercredi "l'attitude de défi" du dirigeant hongrois.

Charlie Vandekerkhove