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Essais nucléaires: le président Édouard Fritch reconnaît avoir "menti" aux Polynésiens

Site d'essais nucléaires sur l'atoll de Mururoa, 13 février 2014

Site d'essais nucléaires sur l'atoll de Mururoa, 13 février 2014 - GREGORY BOISSY / AFP

193 essais nucléaires ont été effectués sur les atolls de Mururoa et Fangataufa entre 1966 de 1996.

Le président de la Polynésie française Édouard Fritch a reconnu ce jeudi avoir "menti" aux Polynésiens sur l'innocuité des essais nucléaires. "Je ne m'étonne pas qu'on me traite de menteur alors que pendant 30 ans, nous avons menti à cette population, que les essais étaient propres: nous avons menti, j'ai fait partie de cette bande", a-t-il déclaré devant les élus de l'Assemblée de la Polynésie française.

De 1966 à 1996, les atolls de Mururoa et Fangataufa ont été le théâtre de 193 essais nucléaires français qui ont eu des effets sur la santé des populations et l'environnement.

“Lorsqu'on voit une bombe atomique péter, je pense qu'on se rend compte que ça ne peut pas ne pas faire de mal"

Ce mea culpa a aussitôt été suivi d'une charge contre Gaston Flosse, son ancien mentor devenu son principal adversaire politique, inéligible mais présent dans le public: "Notre propre leader a vu une bombe péter: lorsqu'on voit une bombe atomique péter, je pense qu'on se rend compte que ça ne peut pas ne pas faire de mal", a poursuivi Édouard Fritch.

Pour la première fois de manière aussi explicite, un président autonomiste a reconnu les dégâts causés par trente ans d'essais nucléaires, et la responsabilité des élus locaux: "Avant, peut-être que j'ai vendu mon pays. Avant, peut-être, pendant de longues années. Mais pas aujourd'hui, croyez-moi: je me sens obligé de réparer ce qui a été fait dans ce pays, même si c'est l'État français qui l'a fait, mais j'ai besoin de l'État français pour réparer", a-t-il déclaré. "On peut pardonner, mais on n'oubliera jamais", a répondu Antony Géros, président du groupe Tavini à l'Assemblée et proche d'Oscar Temaru.

Cet aveu est le dernier épisode du conflit qui oppose la Polynésie française à la métropole sur cette difficile problématique des essais nucléaires, depuis la plainte déposée le 2 octobre contre la France par le Tavini Oscar Temaru pour “crime contre l’humanité”.

Une plainte déposée contre la France pour crimes contre l'humanité

"C'est avec un grand sentiment du devoir et de détermination que nous avons déposé une plainte auprès de la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité, expliquait alors le dirigeant indépendantiste Oscar Temaru. Cette poursuite en justice a pour objectif de demander des comptes à tous les présidents français vivants depuis le début des essais nucléaires contre notre pays”.

"Pour nous, les essais nucléaires français ne sont que le résultat direct d'une colonisation. Contrairement au discours français, nous n'avons pas accepté d'accueillir ces essais, ils nous ont été imposés avec la menace directe de l'établissement d'une gouvernance militaire si nous refusions".

Pour Girardin, la France "assume l'héritage des essais nucléaires"

En réaction, la ministre des Outre-mer Annick Girardin a assuré le 23 novembre que la France assumait "l'héritage des essais nucléaires" en Polynésie. "C'est important de reconnaître le fait nucléaire, de travailler sur la dépollution des atolls, mais aussi d'être aux côtés des victimes le plus vite possible et c'est ce que je fais depuis que je suis arrivée", a déclaré la ministre sur France24, qui assure avoir "énormément avancé" sur la question de l'indemnisation des victimes.

En 2010, une loi avait déjà instauré un dispositif d'indemnisation, jugé trop restrictif par les associations de vétérans touchés par des maladies radio-induites.

Un nouveau pas vers le futur "centre de mémoire" des essais nucléaires

Dans la nuit de mercredi à jeudi, l'Assemblée nationale a également voté très largement la cession par l'État à la Polynésie du bâtiment nécessaire à la réalisation du "centre de mémoire" des essais nucléaires, à l'occasion de l'examen du projet de budget 2019. Par la cession de cet hôtel du commandement de la Marine, à Papeete, il s'agit de "tenir la promesse de gouvernements successifs" et "ce sera juste réparation", s'est félicité le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin.

"Dès 2006, soit dix ans après la fin des essais nucléaires, le besoin d’un lieu où s’informer, conserver et transmettre la mémoire des essais nucléaires s’est unanimement exprimé dans la population polynésienne", souligne l'exposé des motifs de l'amendement gouvernemental adopté en première lecture, qui a été salué sur tous les bancs.

M.J. avec AFP