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Hollande épinglé après la remise de la Légion d'honneur à un prince saoudien

Les commentaires désapprobateurs ont fusé de tous côtés après cette cérémonie qui n'avait pas été annoncée par l'Elysée.

Etait-ce pour rendre la pareille, puisque François Hollande avait été distingué de l'ordre du Royaume lors de l'une de ses visites en Arabie saoudite? La remise de la Légion d'honneur vendredi au prince héritier, Mohammed ben Nayef attire au président les plus vives remontrances. D'autant que cette visite inscrite à l'agenda présidentiel n'avait fait l'objet d'aucune communication particulière de la part de l'Elysée.

Des critiques venant de tous les bords politiques

Cette décoration a notamment été dénoncée par le vice-président du Front national Florian Philippot qui a évoqué sur Twitter une "légion du déshonneur", ainsi que par Gilbert Collard qui parle de "honte" et par Robert Ménard, proches du FN.

Au parti socialiste aussi des voix se sont élevées contre cette décoration. Ainsi le le député socialiste de Haute-Garonne Gérard Bapt estimant dans un communiqué que "le réalisme politico-commercial ne devrait pas conduire à des postures morales à deux vitesses".

Le conseiller régional d'Ile-de-France Jean-Luc Romero, apparenté PS a aussi porté via Twitter la charge produisant un succinct tableau de l'Agence France-Presse rappelant le nombre d'exécutions pratiquées depuis quelques années par le Riyad. Avec cette précision que "la plupart se font par décapitation". "Comment accepter que le prince héritier d'Arabie saoudite reçoive la Légion d'honneur du pays des droits de l'Homme.

Les intellectuels aussi sont montés au créneau. L'essayiste Raphaël Glucksmann a relevé sur Twitter: "Une envolée féministe dans Elle. Puis une légion d'honneur au wahhabisme. François Hollande le Cohérent."

Amnesty international France en première ligne

La présidente d'Amnesty international France a aussi tiré à boulets rouges sur "une politique aveugle vis-à-vis de l'Arabie saoudite".

"Pourquoi la France n'exige pas davantage sur les droits humains? Pourquoi n'exige-t-elle pas la fin du bombardement de la population yéménite? Pourquoi continue-t-elle à livrer des armes aussi massivement à l'Arabie Saoudite?", s'interroge encore Geneviève Garrigos.

La présidente de l'association décrit l'Arabie saoudite comme "un pays qui, en 2011, a réprimé sauvagement les manifestations au Bahreïn avec son armée, qui utilise ses armements contre la population yéménite, à l'intérieur du pays, et pratique des violations massives des droits humains". Elle rappelle aussi que "malgré les engagements pris par la France avec le traité sur le commerce des armes, (notre pays) continue de livrer des armes". Elle déplore que "des raisons économiques et de lutte antiterroriste" aient la primauté sur les engagements français. 

Une pratique diplomatique courante défendue par l'Elysée

De son côté, l'Elysée s'est défendu en invoquant "une habitude diplomatique et protocolaire" fréquente. L'Elysée n'avait pas annoncé la remise de cette décoration et l'agenda du président de la République évoquait seulement un entretien vendredi après-midi avec Mohammed ben Nayef, qui est vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur du gouvernement de Riyad.

Des photos de l'entretien ont cependant été publiées sur le site de la présidence de la République, l'une d'elles montrant une poignée de main entre François Hollande et le prince héritier. Ce dernier tient dans sa main gauche un écrin rouge contenant une médaille.

Jean-Marc Ayrault, nouveau chef de la diplomatie française, a évité lundi matin de justesse le lapsus à l'antenne de France Inter: "C'est une tradition démocra…diplomatique, diplomatique", a justifié le ministre.

Le royaume wahhabite, allié traditionnel des Etats-Unis, s'est rapproché de la France ces dernières années, notamment dans le dossier syrien, dans le cadre de la lutte contre l'Etat islamique.

L'Arabie Saoudite fait partie de la coalition internationale formée contre Daesh. La visite à Riyad du Premier ministre Manuel Valls en octobre dernier s'est soldée par la signature d'accords et de lettres d'intention d'une valeur de dix milliards d'euros.

David Namias avec Anne-Sophie Warmont