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François Hollande parle-t-il trop?

François Hollande, lors de sa visite aux Mureaux

François Hollande, lors de sa visite aux Mureaux - -

François Hollande tient jeudi sa deuxième grande conférence de presse un an après sa prise de fonctions à l'Elysée. Depuis plusieurs mois, le chef de l'Etat multiplie les allocutions, les off glissés dans l'oreille des journalistes et autres causeries d'après Conseil des ministres, mais reste pourtant inaudible...

On l’a vu ici organiser une conférence de presse surprise sur la moralisation de la vie politique, et , s’exprimer à l’issue du Conseil des ministres. Et puis ici encore, on a lu ses off confiés dans l’avion qui le ramenait de Chine. Alors que le chef de l'Etat tient jeudi sa deuxième grande conférence de presse, une question se pose: François Hollande, qui avait juré ne pas vouloir être chef de tout, parle-t-il trop? Trop souvent?

> Autant d'interventions que l'hyper-président Sarkozy?

"Avant sa prise de mandat, François Hollande avait promis qu’il n’interviendrait pas souvent. Finalement, après s'être terré au début, il multiplie les prises de parole depuis quelques mois déjà. Et le plus grave, c’est que cette parole tombe dans un vide sidéral", constate d’abord Isabelle Veyrat-Masson, politologue et directrice du laboratoire "Communication et politique" au CNRS. François Hollande, plutôt discret au début du quinquennat, a fréquemment pris la parole ses derniers mois, notamment lors de l’affaire Jérôme Cahuzac. Ainsi, le 3 avril, il enregistrait une allocution télévisée pour faire part de sa déception. Une semaine plus tard, il improvisait une conférence de presse, toujours à l'issue du Conseil des ministres, sur la moralisation de la vie politique.

"Il a aussi multiplié les déplacements", note la sémiologue Virgine Spies. "J’ai dû me pincer quand je l’ai vu, avec Manuel Valls, en visite surprise sur la sécurité à l’aéroport de Roissy, quelques jours après l’attentat du marathon de Boston. Cela m'a ramenée cinq ans auparavant". Le temps de l’hyper-présidence.

Alors François Hollande, parle-t-il autant que Nicolas Sarkozy à ses débuts? "C’est la question de la poule et de l’œuf. Est-ce que François Hollande doit s’exprimer souvent parce que les médias ont l’habitude depuis les années Sarkozy d’une prise de parole régulière du chef de l’Etat? Ou est-ce que François Hollande parle autant, parce que, comme l’ex-président, il est confronté à la même situation économique: la crise. La crise, qui demande des explications constantes de la part de l’exécutif. Même cause, même effet", constate sur BFMTV.com Isabelle Veyrat-Masson.

François Hollande agit en tous cas "comme si ce n’était plus possible de faire autrement. Comme si ces allocutions étaient devenues obligatoires", juge Virginie Spies. "Comme si, depuis Nicolas Sarkozy, il était trop tard, il était contraint de badger tous les matins devant les médias. Il oublie peut-être un peu vite, qu’il n’a pas été élu pour cela, que durant toute la campagne, il s’est présenté comme l'anti-Sarkozy, y compris en terme de communication."

> Les off du Président

Et ces prises de parole, ces déplacements, ne sont pas les seules communications du chef de l’Etat, qui a eu à cœur de maintenir des relations directes et fréquentes avec les journalistes. Pour preuve, cette anecdote, relatée dans Le Monde du 30 avril. Lors d’une réunion à l’Elysée, le secrétaire général du Palais, Pierre René Lemas s’agace des informations sorties dans la matinée dans la presse. Mais qui a sorti ça à la presse?", fustige-t-il, avant que François Hollande ne réponde: "c’est moi…"

Les off du président alimentent donc les médias. Que ce soit, lorsqu’il se confie dans l’avion qui le ramène de Chine, ou lors de sa visite aux Mureaux, quand il annonce aux journalistes qui le suivent, qu’il tiendra une conférence de presse le 16 mai. Cette conférence qui a lieu ce jeudi est sa deuxième grande conférence de presse un an après sa prise de fonctions à l'Elysée.

> Pourquoi le message de François Hollande est-il inaudible?

Le problème de communication de François Hollande, n’est pas tant un problème d’émission, mais de réception. "Il multiplie les messages et pourtant, il n’est pas audible", analyse toujours Isabelle Veyrat-Masson.

Et Virginie Spies de renchérir: "à trop prendre la parole, on finit par répéter les mêmes messages. Faire des conférences de presse pour dire qu’on va s’occuper de l’emploi. C’est une évidence. Son message fait pschitt."

"Le président de la République est surtout inaudible parce qu’il y a une inadéquation entre le volontarisme de son discours, les intempestives prises de paroles de ses amis et alliés, et la réalité du terrain où rien ne change. Tout cela se court-circuite."

La politologue note toutefois que "dans cette configuration, la parole de l’opposition ne compte pas. Parce que la droite n’est pas capable de parler d’une seule voix". Et c’est peut-être bien ce qui sauve, pour le moment, François Hollande.


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Hélène Favier