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Présidentielle: le débat d’entre-deux-tours peut-il changer la donne?

Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Marine Le Pen et Emmanuel Macron. - JOEL SAGET, Eric FEFERBERG - AFP

Moment symbolique et historique fort, le duel télévisé ne pèserait toutefois pas dans le rapport de force entre les finalistes à la présidentielle, selon Christian Delporte. BFMTV.com a analysé le phénomène avec l’historien des médias.

"Je crois que j’ai été élu président de la République grâce à une phrase de dix mots: 'Mais, Monsieur Mitterrand, vous n’avez pas le monopole du cœur'". Dans ses mémoires, Valéry Giscard d’Estaing en paraît convaincu: s’il l’a emporté (sur le fil) face à François Mitterrand à la présidentielle de 1974, c’est grâce à cette formule décochée à son adversaire lors du débat télévisé de l’entre-deux tours.

Depuis ce tout premier duel présidentiel retransmis sur petit écran, le débat de l’entre-deux tours est investi de lourds enjeux par les prétendants à l’Elysée. La préparation soigneuse qu’y ont consacrée Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui vont s’affronter ce mercredi soir devant des millions de téléspectateurs, en témoigne.

"Les choix sont déjà cristallisés"

Et pourtant, ce moment unique de télévision a-t-il un véritable impact sur la décision des électeurs? La plupart des politologues et experts des sondages l’affirment: le débat n’a pas d’influence décisive sur l’issue du scrutin.

Christian Delporte, historien des médias, en explique les raisons à BFMTV.com:

"Le débat arrive après des mois et des mois de campagne, on est beaucoup trop près de l’échéance, les choix sont déjà cristallisés".

L’auteur d’une étude sur le "duel politique à la télévision" en veut pour preuve l’absence de variations dans les intentions de vote après l’émission:

"En 1974, la Sofres donnait Giscard gagnant à 51% contre 49% à Mitterrand avant le débat. Le lendemain de la confrontation, il gagnait 0,5%, ce qui n’est vraiment pas significatif. Et trois jours après, il était revenu à son point de départ".

"Un rituel républicain et un moment d'émotion"

Plutôt que de faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre, le débat conforte les électeurs dans leurs opinions, estime Christian Delporte:

"Le favori des sondages est toujours jugé le plus convaincant. On est devant son récepteur pour soutenir son champion, en espérant qu’il mette KO l’adversaire ou le fragilise avec des petites phrases. Quant aux indécis, on remarque qu’ils vont se répartir de manière équilibrée entre les deux camps".

"Le débat est avant tout un rituel républicain et un grand moment d’émotion", estime l’universitaire.

Le poids grandissant de la télévision

Toutefois, les bonnes performances de François Fillon lors des débats de la primaire de la droite ou de Jean-Luc Mélenchon dans ceux d’avant-premier tour ne contredisent-ils pas cette thèse? Le premier avait remporté haut la main l’investiture des électeurs de son camp face à Alain Juppé et le second avait nettement progressé dans les enquêtes d’opinion.

Certains y avaient d’ailleurs vu la confirmation du rôle toujours plus important de la télévision dans la vie politique française.

Christian Delporte, lui, relativise en rappelant que "pour la primaire de la droite, il était impossible de mesurer avec fiabilité les intentions de vote des électeurs". Et donc de conclure que François Fillon a gagné grâce à ses bonnes prestations à l’écran. "Quant à Mélenchon, sa dynamique avait commencé avant les débats", selon le spécialiste de la communication.

"Ne pas faire de bourdes"

Pour résumer, Christian Delporte considère que les vrais enjeux des débats d’entre-deux tours consistent à "affirmer une personnalité et à ne pas faire de bourde".

Et de préciser les défis qui attendent Emmanuel Macron et Marine Le Pen mercredi. S’il s’agit pour le premier "d’apparaître crédible comme le futur président", la deuxième, en un sens, a déjà marqué des points. Christian Delporte ajoute:

"Le fait que Marine Le Pen soit sur le plateau est déjà pour elle une victoire en elle-même. Le FN est devenu un parti comme les autres".

Ghislain de Violet