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Débat d'entre-deux-tours: ces 5 phrases entrées dans l'histoire

Avant Emmanuel Macron et Marine Le Pen mercredi, les finalistes des précédentes élections présidentielles ont tenté de l’emporter par des formules marquantes lors des débats télévisés d’entre-deux-tours.

Depuis 1974 et le duel Giscard d’Estaing-Mitterrand, le débat d’entre-deux-tours de la présidentielle est une tradition. Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les deux finalistes du scrutin de 2017, n’y couperont pas. Ce sera même la première fois qu’un candidat du Front national participera à ce rituel médiatique.

Car contrairement à Jacques Chirac, qui avait refusé de porter la contradiction à Jean-Marie Le Pen en 2002 pour ne pas cautionner "la banalisation de la haine", Emmanuel Macron a annoncé qu’il échangerait avec sa rivale du FN. "Ne pas débattre, même avec son ennemi, est une erreur", a de nouveau estimé le candidat d’En Marche! ce mardi matin au micro de BFMTV-RMC.

Si l’influence du débat sur la décision des électeurs fait toujours l’objet de controverses, les candidats à l’Elysée ne négligent jamais cette épreuve: la séquence est une bonne occasion pour tenter de se présidentialiser… ou de faire trébucher son adversaire.

Hormis le débat de 1995 entre Lionel Jospin et Jacques Chirac, dont les échanges ne sont pas passés à la postérité et celui de 2002, jamais organisé, toutes les autres joutes oratoires ont compté leur lot de répliques cultes. Retour sur cinq bons mots passés à la postérité.

> 10 mai 1974 – Le "monopole du cœur"

Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand s’affrontent devant 25 millions de téléspectateurs. Et c’est une réplique du ministre des Finances de Georges Pompidou qui marquera l’histoire. Au candidat de la gauche qui lui objecte que la répartition de la croissance doit être "une affaire de cœur et non pas seulement d’intelligence", "VGE" rétorque:

"Je trouve toujours choquant et blessant de s'arroger le monopole du cœur. Vous n'avez pas, Monsieur Mitterrand, le monopole du cœur! Vous ne l'avez pas".

Réflexion à laquelle son interlocuteur oppose un timide: "Sûrement pas". De l’aveu même de Valéry Giscard d’Estaing dans ses mémoires, ces quelques mots lui auront donné un avantage décisif pour l’emporter.

> 5 mai 1981 – "L’homme du passif"

Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing achevé, le chef de l’Etat retrouve son vieux rival devant 30 millions de téléspectateurs. François Mitterrand a eu le temps de mûrir une pique qui restera dans les mémoires. Qualifié "d’homme du passé" par "VGE", un argument déjà utilisé par son contradicteur lors du débat de 1974, François Mitterrand riposte en ciblant le bilan du président sortant:

"Vous avez tendance à reprendre le refrain d’il y a sept ans: 'l’homme du passé'. C’est quand même ennuyeux que dans l’intervalle, vous soyez devenu, vous, l’homme du passif".

> 28 avril 1988 – "Monsieur le Premier ministre"

C’est un duel télévisé inédit dans l’histoire de la Ve République: le président sortant, François Mitterrand, croise le fer avec son Premier ministre de cohabitation depuis deux ans, Jacques Chirac. Un rapport hiérarchique que le candidat de la droite va tenter de remettre en cause.

"Ce soir, vous n’êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité (…), vous me permettrez donc de vous appeler monsieur Mitterrand", observe Jacques Chirac. Qui s’attire en retour ce bon mot d’une cruelle ironie:

"Mais vous avez parfaitement raison, monsieur le Premier ministre".

A son sourire satisfait, François Mitterrand semble déjà savoir qu’il sera réélu dans un fauteuil.

> 2 mai 2007 – "Il y a des colères très saines"

Le début qui oppose Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal devant 20 millions de téléspectateurs n’a rien d’un échange d’amabilités. Et la candidate du PS hausse encore plus le ton sur la question de la scolarisation des handicapés, qu’elle accuse le gouvernement d’avoir négligé. "Calmez-vous et ne me montrez pas du doigt avec cet index pointé", lui répond le candidat de la droite, qui souligne que "pour être président de la République, il faut être calme". Mais Ségolène Royal revendique de perdre son sang-froid:

"Non, je ne me calmerai pas (…). Il y a des colères qui sont parfaitement saines, parce qu’elles correspondent à la souffrance des gens. Il y a des colères que j’aurai même quand je serai présidente de la République".

Les Français ne l’entendent pas ainsi, l’Elysée échappe à Ségolène Royal.

> 2 mai 2012 "Moi président…"

"Quel président voulez-vous être?". François Hollande profite de cette question pour clouer au sol Nicolas Sarkozy par une figure de style dont il usera beaucoup pendant son quinquennat: l’anaphore. Pendant plus de trois minutes, le candidat du PS dresse son autoportrait, qui fait aussi figure de réquisitoire contre le chef de l’Etat sortant:

"Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur, moi président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fond pour mon propre parti…".

Étonnamment, Nicolas Sarkozy n’interrompra pas une seule fois cette longue tirade. "Il était ridicule, pendant qu’il parlait, je comptais combien de fois il se répétait", commentera après coup et en privé le locataire de l’Elysée, selon Libération. "Son attitude sera sanctionnée", pronostiquera-t-il. A tort.
Ghislain de Violet