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Présidentielle: à droite comme à gauche, la défaite des primaires

Benoit Hamon et François Fillon, lors de l'émission "15 minutes pour convaincre" de France 2, le 20 avril 2017.

Benoit Hamon et François Fillon, lors de l'émission "15 minutes pour convaincre" de France 2, le 20 avril 2017. - MARTIN BUREAU / POOL / AFP

Légitimés par les électeurs de leurs propres partis, les vainqueurs des primaires devaient figurer aux premiers rangs de cette élection présidentielle. Finalement, aucun d'eux n'est qualifié pour le second tour, et les partis en sortent fracturés. Un revers qui remet en question l'utilité d'un tel scrutin.

Elles sont les grandes perdantes de cette élection. Les primaires devaient faire émerger le futur président du pays, il n'en sera rien. Ces élections de la droite et du centre, de la Belle Alliance populaire et des écologistes ont toutes échoué. Ce sont deux candidats auto-proclamés, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui s'affronteront au second tour.

Jean-Pierre Raffarin, du parti des Républicains, l'a reconnu ce matin au micro de RTL: "Je pense qu'on a fait une erreur avec les primaires." François Hollande émettait déjà quelques réserves quant à la pertinence de ce système le 13 avril, dans une interview donnée au Point. Il y critiquait la tenue des primaires de la gauche de janvier:

"Je pensais qu’il n’y en aurait pas parce qu’elle n’avait pas lieu d’être. (...) Il ne doit plus y avoir de primaires dans des partis de gouvernement, sinon il n’y aura bientôt plus de parti de gouvernement dans ce pays."

Coups durs pour Fillon et Hamon

Les résultats observés dimanche soir ne vont pas apaiser les doutes. François Fillon, net vainqueur de la primaire de la droite et du centre avec 66% de suffrages face à Alain Juppé au second tour, ce qui représente près de trois millions de votants, n'a pas réussi à se qualifier pour le second tour de la présidentielle. C'est la première fois de l'histoire de la cinquième République que la droite n'est pas représentée à ce stade de l'élection.

Coup encore plus dur pour Benoît Hamon, qui n'a réuni que 6,3% des suffrages, le score le plus bas du parti socialiste depuis 1969 et les 5% de Gaston Defferre. Le PS n'est même plus le premier parti de gauche de France, largement devancé par la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Enfin, Yannick Jadot, qui avait remporté les primaires écologistes, s'est rallié à Benoît Hamon pour un score final difficile à digérer.

Un système qui nourrit les conflits

D'après Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion, l'échec des vainqueurs des primaires à la présidentielle peut s'expliquer par deux raisons.

"Premièrement, ces primaires sont de véritables machines à attirer les divisions. Il y a toute une phase d’opposition pendant laquelle les candidats se critiquent entre eux, et après tout ça, une fois que les primaires sont terminées, ils cherchent à se rassembler, alors qu’ils se sont discrédités entre eux. L’autre raison, c’est que chacun des candidats n’a pas su faire le nécessaire pour rassembler, que ce soit dans son parti ou à l’extérieur de celui-ci", nous a-t-elle expliqué.

Pour illustrer ces propos, l’exemple de Benoît Hamon. "Il a perdu trop de temps à négocier avec les écolos, pour un bénéfice trop mince. Il était pris en tenaille entre deux candidats, et lynché par son propre parti." Selon un sondage BVA paru dimanche soir, un socialiste sur deux aurait voté pour Emmanuel Macron au premier tour, et 27% pour Jean-Luc Mélenchon. Benoît Hamon n’a récolté qu’un quart des voix des électeurs de son propre parti.

Une ambition différente de 2012

Alors pourquoi ça a fonctionné en 2012, mais pas cette année? En 2012, le PS était motivé par un objectif commun. Celui de faire front à Nicolas Sarkozy, et de reprendre le pouvoir délaissé à la droite depuis près de 30 ans. Pour atteindre cet objectif, les candidats de la primaire de la gauche avaient mis leurs divergences de côté, les avaient rendues discrètes, et s'étaient tous ralliés à François Hollande après sa victoire. 

Cette année, l'ambition n'était plus la même. Pour les socialistes, le combat était au sein même du parti, divisé par des divergences trop marquées, entre frondeurs et soutiens de Manuel Valls. Si la victoire de Benoît Hamon était légitime du point de vue des électeurs, elle ne l’était pas au sein du PS, dont la majorité des candidats à la primaire n’a pas tenu sa parole de soutien au vainqueur et a quitté le navire, notamment pour rejoindre Emmanuel Macron.

Même son de cloche chez les Républicains, dont une partie des membres s'est désolidarisée de François Fillon, pour des divergences d'opinions, mais surtout pour les affaires dans lesquelles il était plongé.

Un système trop rigide 

Voici l'autre problème majeur des primaires. Malgré les différentes affaires dans lesquelles il s’est retrouvé impliqué, conjuguées aux réticences de son camp, François Fillon ne pouvait plus faire marche arrière. Même au sein de son propre camp, personne n’osait prendre le flambeau, malgré l'image écornée de son candidat, qui annonçait une probable défaite du parti à la présidentielle. Difficile de s’auto-proclamer nouveau candidat de son parti, alors que l’on n’a pas légitimement été choisi par ses électeurs, et de remettre en cause la légitimité de celui qui l'a été.

Pour plaire aux électeurs lors des primaires, les candidats ont par ailleurs dû prouver qu’ils portaient les valeurs de leurs partis. Ainsi, Benoît Hamon a proposé un programme très ancré à gauche, et François Fillon très ancré à droite. De quoi séduire les électeurs de leurs propres partis, mais plus difficilement de fédérer un électorat français diversifié, lassé des clivages gauche/droite.

"Les partis vont s'interroger sur la pérennité de ce système, c'est vraiment l'une des leçons à tirer des élections", conclut Adélaïde Zulfikarpasic.
Céline Penicaud