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Le baromètre des éditorialistes - "Peut-être le pire débat de la Ve République"

Au terme d'un débat d'environ 2h30, les deux candidats à l'élection présidentielle n'ont pas été à la hauteur de l'enjeu selon les éditorialistes de BFMTV.

À travers ce débat d'entre-deux tours, Emmanuel Macron et Marine Le Pen jouaient l'une de leurs dernières cartes à quatre jours du vote pour le second tour. L'exercice n'a pas convaincu nos éditorialistes, qui ont sévèrement analysé ce face-à-face, juste après sa diffusion. 

> Bruno Jeudy: "le pire des débats de la Ve République"

"On a peut-être assisté au pire des débats de la Ve République en présidentielle depuis que ça existe, en 1974. On avait d'un côté une Marine Le Pen en mode bulldozer, mais qui a souvent ou presque toujours tapé à côté de la plaque et qui n'était pas au niveau. De l'autre côté, Emmanuel Macron sans doute surpris par l'ambiance dès le début, cueilli un peu à froid. Il a mis un peu de temps à trouver la bonne distance, comme dans un combat de boxe. Ils ont eu raison de prévoir une grande table parce que ça devait être dur de se contenir pour lui, mais il a réussi son objectif, même s'il a été inégal. Il y a eu des passages pendant lesquels il a été mis en difficulté.

Globalement, sur l'euro, c'était le sommet où là, Marine Le Pen avait même des difficultés à lire ses fiches. Je crois que, pour la première fois, peut-être qu'un débat va avoir une influence sur le résultat. Jusqu'à présent ça n'a jamais été le cas, mais là, je me demande s'il ne va pas y avoir chez de nombreux électeurs qui voulaient s'abstenir un changement de vote. Ce sera à observer."

> Ruth Elkrief: "Ce n'est pas du niveau présidentiel"

"C'était un débat désordonné, chaotique et à se demander s'il était d'un niveau présidentiel. [...] On a assisté à un exercice dans lequel Marine Le Pen en l'occurrence était extrêmement agressive, a eu plus de propos de meetings que de débat de second tour, sans solennité, sans hauteur, comme si elle avait intégré la défaite. Elle ne s'est pas mise dans le costume d'une présidente éventuelle. Elle est restée dans le rôle de l'opposante qui taquine, qui tire sur son adversaire, au lieu d'essayer de rassembler et de parler à tous les Français.

Du côté d'Emmanuel Macron, je pense qu'il a été surpris par cette agressivité et donc, au début, il a trop répondu régulièrement et lui aussi, par moment, a perdu ce niveau présidentiel. Et puis, à un moment du débat, il l'a trouvé, et l'a conservé jusqu'à la fin en étant clair et pédagogue, notamment sur les sujets économiques.

C'est un peu une surprise, ce niveau d'agressivité, ce niveau global de désordre, de chaos et de réponse permanente qui parfois était dérangeant, parce que ce n'est pas du niveau d'une présidentielle, mais c'est la présidentielle 2017."

> Apolline de Malherbe: "Un débat extrêmement agité"

"On a un peu le tournis. [...] C'était un débat extrêmement agité avec une Marine Le Pen qui est souvent sortie de ses gonds, alors que l'objectif pour elle, et elle l'avait pourtant intégré, c'était d'apparaître comme quelqu'un d'extrêmement calme et apaisé. De faire un peu ce qu'a fait Mélenchon tout au long de sa campagne, c'est-à-dire d'arrondir les angles. Ça a été exactement l'inverse, et pourtant, on a le sentiment parfois qu'elle tentait de se retenir mais que c'était plus fort qu'elle [...].

Et on a un Emmanuel Macron qui, parfois, a quand même été mouché par Marine Le Pen. Je pense notamment au sujet du communautarisme, de l'islamisation. C'est un sujet sur lequel on a senti qu'Emmanuel Macron n'arrivait pas tout à fait à se défendre, et peut-être parce que sur un certain nombre de points qu'elle voulait souligner, il n'avait pas vraiment à s'en défendre parce qu'il y croyait. C'était un des moments où elle (Marine Le Pen, NDLR) a pris l'ascendant, mais sur tout le reste, globalement, elle a été très floue, notamment sur la question de l'euro."

> Thierry Arnaud: "Ce débat, les Français ne l'ont pas eu"

"Ma première pensée ce soir va à ces millions de Français qui étaient devant leur poste de télévision et qui attendaient un débat pour les éclairer sur le choix qu'ils avaient à faire, sur les programmes de l'un et de l'autre pour appréhender quelle était la nature du projet. Mais aussi ce que ces personnalités avaient à proposer. Et je crois qu'ils (les Français, NDLR) sont perplexes, déçus et sans doute, pour un certain nombre d'entre eux, un peu en colère ce soir, parce que ce débat, ils ne l'ont pas eu. Globalement, ce débat n'était pas au niveau de ce qu'on pouvait attendre de l'entre-deux tours d'une présidentielle et certainement pas au niveau des débats précédents qu'on a connus dans des conditions comparables.

La responsabilité est assez inégalement partagée. C'est vrai que la façon dont Marine Le Pen se comporte dès le début de ce débat, cette espèce d'agressivité permanente, l'a conduite à parler souvent du projet de son adversaire plutôt que du sien. Elle a eu un bon moment dans ce débat où elle a pris l'ascendant lorsqu'il était question de lutte contre le terrorisme et contre le communautarisme, où là, elle marque des points. Mais pour le reste, elle n'est pas convaincante. Elle n'est pas du tout sur la question de l'euro, où elle était particulièrement attendue, mais où ses propos sont confus. Elle manifeste, à ce niveau de l'enjeu, une attitude très étonnante et franchement déconcertante". 

P.L