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Municipales: sur le terrain, les quelques alliances LR-LaREM suscitent des remous

Florence Berthout et Agnès Buzyn.

Florence Berthout et Agnès Buzyn. - Christophe Archambault - AFP

Après le ralliement controversé de Gérard Collomb à la droite à Lyon, les autres alliances LaREM-LR ébranlent plus discrètement la base militante macroniste, dont le centre de gravité penche plutôt à gauche.

Pour Olivier Faure, patron du Parti socialiste, il s'agit simplement d'une "clarification". Alors qu'initialement, les dirigeants de La République en marche s'étaient montrés rétifs à l'idée de s'allier à la droite pour limiter la casse aux élections municipales, le vent a tourné. Après le ralliement controversé de Gérard Collomb au LR François-Noël Buffet à la métropole lyonnaise, d'autres candidats marcheurs en ont fait de même, sans toutefois générer autant de bruit. 

À Strasbourg, Clermont-Ferrand, Annecy ou Bordeaux, les têtes de liste macronistes ont passé un accord avec la droite locale. Dans la ville longtemps gouvernée par Alain Juppé, le candidat LaREM Thomas Cazenave a finalement accepté de s'allier au maire LR sortant Nicolas Florian, après avoir longtemps répété qu'il ne saurait être question d'un tel deal. 

"Basses manœuvres politiques"

Ces tractations de dernière minute peuvent laisser à LaREM l'espoir de planter un petit drapeau jaune ici et là, alors même que le mouvement est assuré d'une cuisante défaite au niveau national. Et avec, d'une absence de maillage territorial digne du rang d'un parti présidentiel. "C'est l'armée de Bourbaki", raillait encore récemment un vieux routier de la politique locale auprès de BFMTV.com. Une référence au général français dont l'armée désorganisée a conduit à la défaite de 1870 face aux Prussiens. 

Il reste que ces accords ont suscité d'importants remous parmi les troupes sur le terrain. Après le communiqué publié lundi par la section lyonnaise des Jeunes avec Macron (JAM), dans lequel ces derniers disent ne pas pouvoir "se résoudre à faire campagne aux côtés de personnalités issues de la droite rétrograde", les marcheurs de Clermont-Ferrand leur ont emboîté le pas.

Dans la préfecture du Puy-de-Dôme, le candidat LaREM Eric Faidy a fusionné sa liste avec celle de son ex-rival LR, Jean-Pierre Brenas. Ce dernier devient ainsi chef de file de cette nouvelle coalition face au maire socialiste sortant, Olivier Bianchi, arrivé largement en tête au premier tour avec 38% des suffrages exprimés. Une décision que le référent macroniste local, Guy Lavocat, et celle des JAM, Léa Engamba, considèrent "comme personnelle et relevant de basses manœuvres politiques ourdies dans le dos des représentants locaux du parti présidentiel". 

"Les retours du terrain sont mauvais partout où les fusions se font avec des LR pas compatibles", résume un membre du bureau exécutif de LaREM auprès de BFMTV.com. "À Bordeaux par exemple, ça passe plutôt bien, le deal est propre. Mais à Clermont ou Lyon, on se retrouve à faire campagne avec des réacs", ajoute-t-il. 

À Paris, dans le Ve arrondissement, la tête de liste LaREM Florence Berthout a passé un accord avec LR, son ancienne famille politique. Député marcheur de la capitale, Hugues Renson a dénoncé cette fusion sur Twitter, condamnant "fermement" un "accord de boutiquier, destiné à sauver des places, si loin des valeurs que nous avons portées".

"On s'y est pris comme des manches"

Pour ne rien arranger, François Bayrou, patron du MoDem et principal allié d'Emmanuel Macron, a publiquement donné son imprimatur à l'alliance Collomb-Buffet à Lyon, quand bien même le sénateur LR est un proche de Laurent Wauquiez.

Jugeant le candidat "absolument respectable", le maire de Pau a déclaré sur LCI mardi qui n'y avait pas de "sujet à polémique". "La droite, ce ne sont pas des citoyens de seconde zone", a-t-il poursuivi, ajoutant que "les nécessités locales sont locales".

"Bayrou devrait regarder avec un peu plus d'attention les gens qui composent les listes LR à Lyon. Même s'il est vrai que le MoDem, en s'alliant avec n'importe qui en 2014, n'a jamais été regardant sur la défense des valeurs humanistes", peste-t-on chez LaREM. De son côté, un cadre du MoDem estime que la nébuleuse présidentielle devra se montrer plus pragmatique lors des prochaines échéances électorales:

"On s'y est pris comme des manches. On voulait planter un drapeau partout et on finit sur les toits à Lyon. Aux régionales, il ne faudra pas s'interdire d'alliances, avec (Xavier) Bertrand dans les Hauts-de-France, voire avec (Valérie) Pécresse en Île-de-France. Et en Auvergne-Rhône-Alpes, il faudra bien expliquer qu'on est de la droite Buffet et pas de la droite Wauquiez." 

Une distinction difficile à opérer, lorsque certains marcheurs mettent les deux LR dans le même sac.

Jules Pecnard