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Municipales à Paris: une candidate investie par Griveaux épinglée pour des tweets polémiques

Benjamin Griveaux, candidat LaREM aux municipales à Paris, le 12 novembre 2019

Benjamin Griveaux, candidat LaREM aux municipales à Paris, le 12 novembre 2019 - AFP - Ugo Padovani

Adjointe de Rachida Dati dans le VIIe arrondissement de la capitale, Philippine Hubin fait partie des têtes de liste choisies par La République en marche. Très critique vis-à-vis d'Emmanuel Macron dans le passé, elle a également relayé des messages provenant de la droite dure.

Encore une qui n'a pas pris soin de "nettoyer son compte Twitter". Et qui risque, ce faisant, de relancer le procès en opportunisme intenté à une macronie ardemment en quête d'implantation locale. À peine choisie lundi par Benjamin Griveaux pour conduire la liste La République en marche dans le VIIe arrondissement, Philippine Hubin subit de nombreuses critiques concernant ses prises de position passées, particulièrement droitières.

Plusieurs de ses tweets ont été rapidement exhumés, certains d'entre eux étant de simples reprises d'informations provenant de Valeurs actuelles. Pas exactement le logiciel idéologique des marcheurs parisiens. D'autant que les faits reprochés sont récents. Au printemps 2018 par exemple, l'hebdomadaire très conservateur publiait une manchette relayant la décision de la maire de Paris, Anne Hidalgo, de remplacer les mentions "père" et "mère" sur les actes d'état civil par "parent 1" et "parent 2". Une mesure dont l'objectif était une meilleure prise en compte des couples homoparentaux.

Réaction de l'intéressée: "Quelle tristesse. C'est vraiment, vraiment triste. Immonde négation du réel par #Hidalgo et son équipe."

Philippine Hubin a également relayé des publications de Damoclès, média de "réinformation" proche de l'extrême droite, ainsi que de Damien Rieu, militant identitaire et ancien proche de Marion Maréchal.

Une "femme de droite" assumée

D'autres publications sont politiquement plus problématiques. À intervalles réguliers, Philippine Hubin s'en est directement prise à Emmanuel Macron et Marlène Schiappa. "Quel cauchemar", commente-t-elle en avril 2017 lorsque François Bayrou scelle son accord avec le candidat d'En Marche! à l'élection présidentielle. Un an plus tard, alors que des rumeurs circulent au sujet d'une possible candidature de Marlène Schiappa à Paris, Philippine Hubin ironise: "Je déménagerai!"

Face au tollé, l'intéressée s'est excusée sur Twitter ce mardi. Reconnaissant s'être "parfois laissée prendre au jeu de l'affrontement partisan", Philippine Hubin assume le fait d'être "une femme de droite". Elle dit toutefois se reconnaître dans les "combats" d'Emmanuel Macron et du Premier ministre Édouard Philippe, "comme de grandes figures nationales de la droite, de la gauche et du centre". 

Elle s'excuse par ailleurs auprès de Marlène Schiappa: "Je soutiens sans réserve son combat pour améliorer la situation des femmes dans notre pays, elle me trouvera à ses côtés pour le porter." 

"Manque de professionnalisme"

"C'est la preuve d'un manque de professionnalisme... De la part de la candidate comme de l'équipe de Griveaux", peste un membre du bureau exécutif de LaREM auprès de BFMTV.com.

"Et c'est sans parler du fait qu'on a investi une personne qui a pu tenir de tels propos et qui fait des tweets sur sa paroisse toutes les deux semaines."

Car pour ne rien arranger les choses, il se trouve que la néo-investie est adjointe de Rachida Dati, candidate investie par Les Républicains, dans le VIIe arrondissement. Cette proximité nourrit l'un des défis majeurs auxquels est confronté Benjamin Griveaux: profiter de la captation par LaREM de l'électorat de droite à Paris lors des élections européennes, sans pour autant propulser des têtes d'affiche trop marquées à droite. 

Trop-plein de candidats LR?

Ce n'est pas fini, car il reste à l'ancien porte-parole du gouvernement des cas hautement sensibles à traiter. Parmi les maires LR sortants investis lundi, il y a Delphine Bürkli (IXe arrondissement) et Florence Berthout (Ve), qui ont tôt fait de prendre leurs distances avec la droite parisienne. De se macroniser, en somme. Leur investiture a été compensée par celle de Frédérique Calandra, maire ex-socialiste du XXe arrondissement, ainsi que par celles de personnalités issues de la société civile. 

Les profils de Philippe Goujon - maire LR du XVe, ancien filloniste et un temps proche de Sens commun, l'émanation politique de La Manif pour tous - et de Geoffroy Boulard, maire LR du XVIIe, posent davantage de problèmes. Les deux hommes sont intéressés par l'étiquette LaREM, mais il est fort probable que le camp Griveaux ne se contente que de l'un d'entre eux, histoire de ne pas trop "LR-iser" la campagne.

Si l'un d'entre eux obtient l'investiture LaREM, les marcheurs devront trouver des figures ancrées à gauche dans d'autres arrondissements pour faire contrepoids. Et ce à un moment où Benjamin Griveaux, malmené durant les premiers mois de sa campagne, notamment par la dissidence de Cédric Villani, entame une petite remontée dans les sondages. Le format de ses "quartiers libres", séances informelles de questions-réponses organisées régulièrement, permet au candidat d'exercer sa spontanéité et sa connaissance des sujets de quotidienneté. Chez les marcheurs (ou non marcheurs) présents, l'effet est positif. Les questions de casting pourraient menacer cette dynamique.

Jules Pecnard