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Municipales à Paris: pourquoi la campagne de Benjamin Griveaux ne décolle pas

Lourdement handicapé par la dissidence de Cédric Villani, malgré la baisse de ce dernier dans les sondages, l'ancien porte-parole du gouvernement voit sa campagne de plus en plus éclipsée par le duel entre Anne Hidalgo et Rachida Dati.

Il est toujours amusant de se replonger dans les pronostics faits au débotté à quelques mois d'un scrutin. Prenons ceux d'un membre du gouvernement issu du MoDem, principal allié de La République en marche, en juillet dernier. 

À l'époque, le parti de François Bayrou s'interroge sur les méthodes byzantines qu'emploie LaREM pour investir ses candidats aux municipales. À Paris, le MoDem temporise, laisse planer le doute sur le soutien qu'il compte apporter à Benjamin Griveaux, le chef de file que s'est choisi la macronie. Et qui s'est trouvé, d'emblée, lesté d'une potentielle candidature dissidente en la personne de Cédric Villani. 

"Ce n'est pas parce qu'on fait 32% aux européennes (score de LaREM à Paris lors de ce scrutin, ndlr) qu'on obtient 32% aux municipales qui suivent. Il va falloir que les marcheurs s'en souviennent. Griveaux c'est un tendu, mais les choses vont se décanter à Paris, je pense. Il faut attendre les sondages de l'automne et laisser sa chance au produit", pestait auprès de BFMTV.com ce ministre. Et d'ajouter: "En revanche, il y a un sujet Villani".

Dati en dynamique

Notre interlocuteur ne croyait pas si bien dire. Le mathématicien-vedette de la majorité, désormais persona non grata au sein du mouvement présidentiel, s'est avéré un implacable boulet pour Benjamin Griveaux. Au point d'oblitérer tout optimisme chez certains proches du candidat "officiel" de LaREM. Cédric Villani et son équipe le savent, même si le député de l'Essonne arrive cinquième dans les enquêtes d'opinion, il rogne à la fois sur un électorat de gauche, y compris chez les insoumis, et sur celui de l'ex-porte-parole du gouvernement. 

Résultat: dans le dernier sondage réalisé par Odoxa pour Le Figaro, c'est un duel droite-gauche qui semble émerger. En pleine dynamique, même si celle-ci est à nuancer, la candidate Les Républicains Rachida Dati commence à talonner la maire socialiste Anne Hidalgo. L'une est créditée de 20% des intentions de vote, l'autre de 23% - un chiffre faible pour une sortante. 

"La dissidence Villani, c'est du pain béni pour nous", s'exclame une proche de Rachida Dati. "Au départ, j'avais moi-même des potes qui ne voulaient pas de Griveaux, mais pas de Dati non plus. Là, le vent a tourné, elle a bluffé. Les marcheurs se sont trop crus en 2017, lorsque LaREM était triomphante à Paris. Et Griveaux incarne tous les travers du macronisme, l'arrogance, la déconnexion..."

Comme une immense partie des cadres de la droite parisienne, initialement hostile à une investiture de l'ex-garde des Sceaux dans la capitale, cette élue reconnaît que la campagne aurait été plus simple si les marcheurs avaient remplacé Benjamin Griveaux par Édouard Philippe. "Je me serais rangée direct derrière lui, sans hésitation", nous répond-elle du tac au tac à ce sujet.

Malgré sa tendance presque atavique à se déchirer de l'intérieur, la droite parisienne serait donc aujourd'hui en rangs serrés derrière sa nouvelle cheffe de file au cuir tanné par l'expérience. "On n'est plus dans la dualité Hidalgo-NKM de 2014, donc c'est incertitude totale. Mais Rachida fait rentrer les électeurs LR au bercail. Désormais, il faut cornériser LaREM, recréer le clivage droite-gauche", analyse une tête de liste LR.

"C'est compliqué, c'est sûr"

De fait, le scrutin semblait largement à portée de main pour le mouvement macroniste: scores écrasants aux législatives de 2017, sociologie favorable, une édile au bilan mitigé, une droite locale balkanisée... Benjamin Griveaux se trouve pourtant relégué à la troisième place, crédité de 16% des voix par l'institut Odoxa. Une situation qui semble l'inciter, depuis plusieurs semaines, à multiplier les propositions surdimensionnées, quitte à susciter les moqueries.

"Là c'est compliqué, c'est sûr, mais je pense que les Parisiens n'ont pas encore décidé. On subit la division, mais Villani va continuer à baisser. Quant aux propositions, certes elles sont clivantes, mais reconnaissons à Benjamin d'ouvrir le jeu... Sinon la campagne serait d'un ennui mortel", tente de minimiser un membre de son entourage auprès de BFMTV.com.

Un marcheur parisien n'est pas de cet avis: "le mec ne comprend pas qu'une mesure, pour qu'elle soit bonne, elle doit pouvoir être expliquée sans post-scriptum".

"D'abord il y a eu le moratoire sur les travaux où tout le monde a cru que tout s'arrêterait, maintenant tout le monde pense qu'il veut détruire la Gare de l'Est alors qu'elle est classée monument historique. Il faut des 'threads' Twitter pour expliquer ses mesures", abonde ce soutien de Benjamin Griveaux. 

"Fendre l'armure"

Au-delà de l'empiétement dont souffre l'ancien strauss-kahnien, il y a aussi la question de l'image, écornée dès l'été lorsque Le Point révélait ses commentaires peu amènes sur ses ex-concurrents pour l'investiture. D'où sa volonté de "fendre l'armure", comme on le disait au sujet de Lionel Jospin lors de la campagne présidentielle de 1995. 

"Derrière mon assurance et mes bons mots, auxquels je ne sais pas toujours résister, se cachent aussi mes angoisses et mes échecs, mes épreuves, mes drames familiaux. Tout cela forge un caractère et manifestement une carapace", lançait le candidat à ses soutiens lors de son meeting au théâtre Bobino le 27 janvier, dans le XIVe arrondissement. 

Suffira-t-il à Benjamin Griveaux de dévoiler sa "part de vérité" pour redevenir un candidat viable? Dans son camp, les yeux se tournent de plus en plus vers son adversaire écologiste David Belliard, situé à 14,5% des intentions de vote. "Je pense que les Verts sont sous-évalués et qu'ils vont faire une vague", pronostique un élu LaREM de Paris. D'autant que malgré sa tendance à la baisse, Cédric Villani est le candidat avec lequel EELV a engagé les démarches les plus concrètes pour un accord de second tour.

"La prochaine vague de sondages sera capitale, il faudra suivre. On verra si les propositions infusent", temporise un soutien de Benjamin Griveaux. 
Jules Pecnard