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"Vous êtes capable de lire la carte, vous?": au MoDem, la stratégie de LaREM aux municipales agace

François Bayrou et Emmanuel Macron le 10 mai 2018

François Bayrou et Emmanuel Macron le 10 mai 2018 - AFP - Ludovic Marin

Le parti présidentiel a publié jeudi une nouvelle liste de candidats, dont certains sont bombardés dans des villes où le MoDem compte faire combat commun avec le maire sortant. Des choix qui suscitent l'incompréhension chez l'allié centriste.

"Avec Guerini, on ne parle pas la même langue en ce moment." Cet aveu d'un leader du MoDem augure d'un automne potentiellement tendu. Entre le parti centriste et le délégué général de La République en marche, Stanislas Guerini, il y a de la friture sur la ligne concernant les élections municipales de mars. 

Jeudi, la commission nationale d'investiture de LaREM a révélé une nouvelle salve de candidats. Dans 38 villes supplémentaires, parmi lesquelles Lille, Aix-en-Provence et Poitiers, le parti présidentiel part officiellement en campagne. En donnant parfois le sentiment de ne pas se soucier de l'échiquier politique local préexistant, dans lequel il arrive que le MoDem dispose déjà d'un ancrage.

"Cette stratégie consistant à égrener les investitures ne permet pas d'avoir une lecture globale du scrutin. À ce stade, vous êtes capable de lire la carte, vous?", interroge un membre du gouvernement auprès de BFMTV.com. 

Du rififi à Aix

Dans certaines villes, des frictions sont à prévoir. À Aix-en-Provence, c'est la députée Anne-Laurence Petel qui a été choisie par la CNI pour porter les couleurs de LaREM. Elle a été préférée à son collègue MoDem Mohamed Laqhila, lequel s'est empressé de publier un communiqué où il se prévaut de l'investiture du parti dirigé par François Bayrou.

Une situation qui risque fortement de diviser l'électorat macroniste, alors même qu'Aix-en-Provence est une ville "prenable". La maire Les Républicains sortante, Maryse Joissains-Masini, a vu son troisième mandat marqué par une condamnation en appel, en mai dernier, à un an d'inéligibilité pour une affaire de détournement de fonds publics et de prise illégale d'intérêt. 

Le président du groupe LaREM à l'Assemblée nationale, Gilles Le Gendre, a tôt fait de féliciter Anne-Laurence Petel pour son investiture.

"Ce n'était pas nécessaire... Petel et Laqhila vont se mettre sur la gueule, ça va inévitablement compliquer les choses pour le second tour", regrette-t-on au sein du MoDem. 

Même chez LaREM, on s'interroge

Le cas le plus étonnant est celui de Bordeaux, où le successeur d'Alain Juppé, Nicolas Florian, qui gouverne avec le MoDem, est en bonne position pour être confirmé en mars 2020. Cela n'a pas empêché les marcheurs bordelais de pousser pour une candidature LaREM autonome, celle de Thomas Cazenave, un proche collaborateur de l'exécutif. 

Même au sein de la CNI du parti présidentiel, ce choix interroge. "Je ne le comprends pas plus que vous", nous a récemment avoué l'un de ses plus éminents membres. 

"C'est la base militante qui, n'appréciant pas Florian, a fait un caca nerveux pour avoir un candidat 100% LaREM. Mais ça va être très difficile pour lui. S'il fait 9,99% (le seuil pour se maintenir au second tour est de 10%, ndlr), il peut dire adieu au conseil municipal. Mais même s'il fait, mettons, 14%, déjà ce serait un gros succès pour lui, mais ça va être très compliqué de négocier après avoir dégommé Florian au premier tour. Je pense que ces gens-là ne savent pas ce qu'est un accord de second tour à une municipale", a poursuivi ce fin connaisseur de la carte électorale.

Au niveau local, les référents locaux et les militants LaREM ont parfois tendance à ne pas s'aligner sur les consignes données depuis Paris.

"Ça s'ambiance, une municipale. Les collaborateurs et les militants, ce sont des pousse-au-crime. Il faut espérer que les énervements vont se tasser un peu d'ici la fin de l'été", ironise un ministre. 

À Marseille par exemple, où une alliance de premier tour est envisageable entre LaREM et LR sous la houlette de Martine Vassal, les marcheurs locaux ont rejeté cette hypothèse. Ils assimilent la candidate LR putative à "l'ancien système", celui du maire sortant Jean-Claude Gaudin.

"Vous ne tamponnez pas Vassal avant le scrutin, franchement... S'ils font ça c'est simple, au second tour la porte sera fermée", ajoute ce membre du gouvernement, proche d'Édouard Philippe. 

"Tentation hégémonique"

Côté MoDem, certains estiment que cette volonté d'imposer des candidats marcheurs au mépris du pragmatisme dénote une "toute petite tentation hégémonique". Le parti centriste, lui, a opté pour une stratégie consistant à envoyer 200 "chefs de file" dans des villes où le MoDem pourrait se présenter seul ou se fondre dans une liste de rassemblement. Aucune décision ne sera prise avant l'automne.

En clair, les troupes de François Bayrou, qui disposent déjà d'un réseau d'élus, ne se précipitent pas. Après la révélation, le 18 juillet, de cette liste de représentants MoDem, Stanislas Guerini est allé voir un ministre issu du parti centriste.

"Sur les 200 villes, on est prêt à se désister dans 3 ou 4", lui a-t-il dit.

Une concession qui, au vu de l'absence total de maillage dont dispose pour l'instant LaREM, paraît bien maigre, voire présomptueuse.

"Mais je pense que Stan se croit sympa, en disant ça!", précise un ponte du MoDem. "Quoi qu'il arrive, on aura davantage d'élus à la sortie. Des juppéistes, des radicaux, des UDI, on peut en trouver s'il faut étoffer les listes. Donc nous, on est zen", ajoute-t-il auprès de BFMTV.com. 

"Il y en a chez LaREM qui pensent que 30% aux européennes, ça équivaut à 30% aux municipales! Il y a une part de naïveté, dans tout cela. Il ne suffit plus de mettre Macron au cul de l'affiche pour l'emporter. L'investiture, ce n'est que le début du processus. Dès lors, l'objectif doit être d'élargir son socle.". 

Et de glisser: "Par ailleurs, il ne faudrait tout de même pas oublier qu'on a tous été sur la même liste aux européennes..."

Jules Pecnard