BFMTV

"Double discours", "instrumentalisation": la lourde charge de Vallaud-Belkacem contre Blanquer

Najat Vallaud-Belkacem

Najat Vallaud-Belkacem - -

L'ex-ministre de l'Education nationale dénonce "l'instrumentalisation" de la défense de la laïcité et la transmission des valeurs de la République "au profit d’un combat politique" par Jean-Michel Blanquer, qui mettrait l'éducation "à feu et à sang".

"Suspicion, défiance et menace". Dans une tribune parue ce mercredi dans Libération, Najat Vallaud-Belkacem accuse le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer d’instaurer un climat délétère parmi les enseignants. Le soir même, l'ex ministre socialiste est revenue à la charge sur Twitch, dénonçant une Education nationale mise "à feu et à sang" par son successeur.

"Je dénonce avec la plus grande fermeté un double discours qui tente odieusement d’instrumentaliser la défense de la laïcité et la transmission des valeurs de la République au profit d’un combat politique qui n’intéresse nullement ni l’école ni la République, encore moins l’éthique des enseignants, mais la seule carrière d’un ministre en mal de reconnaissance et d’avenir" écrit l’actuelle directrice de l’ONG One dans Libération.

"Moutons noirs de la laïcité"

La veille, Jean-Michel Blanquer avait déclenché la colère des professeurs en les exhortant à "adhérer aux valeurs de la République et les transmettre" ou à "quitter le métier", au moment de lancer son plan de formation des enseignants à la laïcité. D’un ton martial, le ministre a insisté auprès des enseignants, susceptibles de ne pas respecter sufisamment les valeurs de la République.

"Ça n'a peut-être pas été assez clair dans le passé, ça va être désormais très clair dans le présent et dans le futur, au travers de la formation comme de la gestion de la carrière des personnes".

Quelques jours après l'hommage à Samuel Paty, ses propos ont indigné les organisations syndicales. "Le timing et le contenu étaient malvenus", avait alors affirmé Jean-Rémi Girard, président du SNALC, à BFMTV.com. Un constat partagé par Najat Vallaud-Belkacem.

"Les voici passés bien vite de hussards noirs de la République à moutons noirs de la laïcité, dans l’esprit et les propos d’un même ministre, le leur", dénonce-t-elle dans sa tribune.

"Wokisme" et "islamo-gauchisme"

Invitée sur Twitch par le vulgarisateur politique Jean Massiet après sa virulente tribune, la socialiste a expliqué avoir voulu se faire "le porte-voix de beaucoup d’enseignants qui n’en peuvent plus."

"Rendez-vous compte du nombre de chercheurs qui ont été cloués au pilori par ce gouvernement quand il a prétendu qu'il y avait une gangrène de l’université par l’islamo-gauchisme."

Ce n’est en effet pas la première fois que le ministre de l’Education nationale irrite sa prédécesseure. Sa dernière action en date en dit long, selon elle. Le 13 octobre, Jean-Michel Blanquer a lancé le “Laboratoire de la République”, un groupe de réflexion visant, entre autres, à lutter contre l’influence de l’“idéologie” du “wokisme” importée d’outre-Atlantique et qui, selon lui, menacerait la jeunesse.

Des propos qui ne relèverait pas de la réalité, selon l’ex-ministre sous le quinquennat Hollande. "Trumpisme ; fake news", Jean Michel Blanquer serait selon elle, un "agent assez évident" de l’évolution de la société française qu’elle déplore.

Nina Jackowski