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Des élus français s'indignent que le vaccin à l'étude de Sanofi serve prioritairement les États-Unis

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a publié un communiqué dans lequel il appelle l'État à empêcher l'entreprise française de "jouer contre notre souveraineté sanitaire".

Il était prévisible que l'annonce de Sanofi suscite quelque émoi au sein de la classe politique française. Depuis que le géant pharmaceutique français a annoncé qu'il réserverait prioritairement aux États-Unis son vaccin à l'étude contre la maladie Covid-19, plusieurs personnalités ont exprimé leur indignation, à commencer par la secrétaire d'État à l'Économie, Agnès Pannier-Runacher, qui a jugé ce jeudi matin "inacceptable" cette primeur donnée aux Américains. 

Au sein des oppositions, la décision a également fait grincer des dents. Dans un communiqué publié sur Twitter, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, appelle l'État français à "empêcher" Sanofi de "jouer avec notre souveraineté sanitaire". 

"Le gouvernement doit agir"

"Cette décision est scandaleuse", juge le député de Seine-et-Marne, avant de rappeler que le laboratoire bénéficie à la fois du Crédit d'impôt recherche (CIR) et du Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE). 

"Le gouvernement doit agir avec la plus grande fermeté pour empêcher cette décision. L'engagement des Français pour développer un champion dans la filière de la santé ne peut pas aboutir à le voir préférer d'autres marchés pour lancer ses vaccins", estime Olivier Faure. 

Et le numéro un du PS d'enjoindre le gouvernement à ne pas laisser la France "dépendre de la Chine pour les masques et voir (sa) propre production de vaccins partir aux États-Unis". 

"Indécence"

Des réactions moins officielles, mais toutes aussi indignées, ont émané de part et d'autres sur Twitter. La députée La France insoumise Clémentine Autain, relayant un article sur l'annonce de Sanofi, se demande quand adviendra "le vaccin contre l'indécence".

L'élue de Seine-Saint-Denis corrèle par ailleurs cette information au fait que le laboratoire comptait verser 4 milliards d'euros de dividendes à ses actionnaires. Le président de Sanofi France, Olivier Bogillot, l'avait d'ailleurs annoncé sur notre antenne le 20 avril

Toujours à gauche, le sénateur communiste Fabien Gay affirme que le groupe pharmaceutique "dépend à 80%" de la Sécurité sociale française pour son chiffre d'affaires. "Le médicament ne doit pas être une marchandise! Exigeons un pôle public", a-t-il écrit sur Twitter. 

"Nos cerveaux travaillent pour d'autres"

À droite, le député Les Républicains Julien Aubert a également commenté, avec une certaine ironie, cette décision du groupe pharmaceutique: 

"À partir du moment où la recherche française est dépendante des fonds américains, nos cerveaux travaillent pour d’autres..."

Xavier Bertrand, le président de la Région Hauts-de-France, s'adresse directement à Emmanuel Macron via Twitter, écrivant qu'il est "impensable qu’une entreprise qui a son siège en France et qui bénéficie de crédits d’impôts recherche délivre un vaccin aux États-Unis avant nous". "Vous devez agir!", ajoute-t-il. 

Quant à Marine Le Pen, elle a surtout constaté l'efficacité du "patriotisme économique", "souvent caché", mis en œuvre par les États-Unis. 

"Sanofi n'est plus une entreprise française, il faut quand même que les Français le sachent", a-t-elle raillé sur BFMTV et RMC. "Donc la question c'est, est-ce qu'on pleure sur le patriotisme économique mis en place par les autres ou est-ce que, nous aussi, on décide d'en faire un peu?", a développé la présidente du Rassemblement national. 

Interrogé ce jeudi par LCI, Olivier Bogillot a tenté d'offrir une explication à l'annonce du groupe. "On a un accord pour les États-Unis et il est totalement logique que la production faite aux États-Unis soit destinée aussi au marché américain", a-t-il déclaré. 

Sur BFMTV une heure plus tard, le même Olivier Bogillot a affirmé que s'il est découvert, le vaccin "sera accessible à tous". 

Jules Pecnard