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Conférence environnementale: pourquoi Hollande joue déjà gros

François Hollande accueille au palais de l'Elysée, jeudi et vendredi, la troisième édition de la conférence environnementale.

François Hollande accueille au palais de l'Elysée, jeudi et vendredi, la troisième édition de la conférence environnementale. - Charles Platiau - Pool - AFP

François Hollande, déjà tourné vers le grand sommet pour le climat qui se tiendra au Bourget en 2015, accueille pendant deux jours la troisième édition de la conférence environnementale à l'Elysée. Face à des Verts dubitatifs et à des associations méfiantes, le président de la République aura fort à faire.

C'est le grand rendez-vous annuel censé définir la politique "verte" du gouvernement. Initié en 2012 par François Hollande, la conférence environnementale se tient jeudi et vendredi à Paris, au palais de l'Elysée. Syndicats, patronat, élus, ONG et ministres ont ainsi rendez-vous pour tracer la feuille de route "écologique" des 12 prochains mois.

Une réunion qui s'annonce déjà houleuse, dans un contexte de tensions exacerbées avec les écologistes, après la mort du jeune opposant Rémi Fraisse sur le site du barrage de Sivens, et d'intenses efforts diplomatiques en vue d'un accord sur le climat à Paris en 2015.

> Trois sujets au menu des discussions

Durant cette conférence, François Hollande va devoir jouer un véritable numéro d'équilibriste: critiqué par ses anciens alliés, les Verts, le président de la République devra également assumer sa nouvelle stature de défenseur du climat, qu'il a largement mis en avant lors du dernier G20 à Brisbane, en Australie.

Trois thèmes sont au menu de ce grand rendez-vous: les transports, les liens entre santé et environnement et la conférence de l'Onu sur le climat organisée au Bourget fin 2015. Un sommet qui doit déboucher sur un accord multilatéral suffisamment ambitieux pour limiter le réchauffement mondial.

Cette édition 2014, décalée de septembre à novembre, s'inscrit dans une période de tensions avec les membres d'Europe Ecologie-Les Verts, qui ne sont plus au gouvernement comme en 2012 et 2013, ainsi qu'avec les ONG réclamant cette année de réelles "avancées" et pas simplement de "beaux discours".

> Une rupture profonde avec les Verts

Lors de la première conférence environnementale en 2012, Cécile Duflot, alors ministre du Logement, avait parlé de "discours historique" en évoquant les propos tenus par François Hollande à l'époque. Deux ans plus tard, les sujets de dissension entre le gouvernement et les membres d'Europe Ecologie-Les Verts sont nombreux: suspension de l'écotaxe, budget, incertitude sur la durée de vie des centrales et la fermeture de celle de Fessenheim, aéroport de Notre-Dame-des-Landes et désormais, barrage de Sivens, dans le Tarn.

"Il a été fondé beaucoup d'espoir sur ce quinquennat en matière environnementale et écologiste, et à mi-mandat, le bilan est mitigé", a résumé Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

"Mitigé", car si les écologistes saluent "ce que François Hollande a pu défendre à New York en septembre sur le fonds vert" et son affirmation "que la loi de transition énergétique était un pan essentiel de son quinquennat", ils n'ont pas digéré l'abandon de l'écotaxe, "un scandale d'Etat quand on voit la somme d'argent mobilisée". Un abandon qui "a tué un principe extrêmement important en matière environnementale qui est le principe de pollueur-payeur", assure la patronne des écologistes.

> Les associations réclament "plus de démocratie"

La mort de Rémi Fraisse, un militant écologiste de 21 ans tué lors de heurts avec des gendarmes sur le site du barrage de Sivens, a fait passer un dossier environnemental local au rang d'affaire nationale, suscitant une polémique sur la stratégie de maintien de l'ordre choisie. Pour France nature environnement (FNE), un réseau fédérant 3.000 associations locales, dont celle à laquelle appartenait Rémi Fraisse, "Sivens est révélateur d'une réalité plus large, d'une forêt de problèmes avec plus d'une centaine de sites où des projets d'infrastructures posent question".

"Nous voulons sortir de ces impasses pour aller vers plus de démocratie dans les projets impactant l'environnement", souligne son président Denez L'Hostis, qui espère que le sujet sera abordé par François Hollande à la conférence.

A la Fondation Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin estime lui aussi que "le dialogue environnemental est en danger" et que "le seul moyen de le sauver est d'avoir des avancées concrètes" durant ces deux jours. "La première édition avait été celle des grandes ambitions, la deuxième édition a été une occasion manquée", déplore-t-il.

En 2012, Hollande avait placé la barre très haut en promettant de faire de la France "la nation de l'excellence environnementale". En 2013, des objectifs ambitieux - mais à trop long terme selon les ONG - avaient été annoncés dans l'énergie: réduction de 50% de la consommation d'ici à 2050, moindre recours aux hydrocarbures, taxe carbone.

> Des yeux déjà tournés vers 2015

Pour la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, cette conférence doit être aussi "le point de départ de la mobilisation de la France pour Paris Climat 2015". Ce sera également l'occasion pour François Hollande d'assumer sa nouvelle stature internationale de défenseur du climat, acquise lors du dernier G20 à Brisbane, en Australie.

Désormais convaincu que le sort de l'humanité se joue avec le réchauffement climatique, le président de la République, alarmé par certains rapports d'experts, mise gros sur la conférence de 2015. Non seulement le chef d'Etat souhaite de toute coeur arracher un accord global ambitieux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et éviter ainsi un fiasco comme ce fut le cas à Copenhague en 2009, mais il espère également pouvoir "colorer" son quinquennat en vert. 

Toujours aussi impopulaire, le chef de l'Etat sait qu'il jouera gros car s'il n'ose rêver d'un concert d'éloges en cas de succès, il ne se fait guère d'illusions sur les conséquences d'un échec. Un pari qui va se préparer dès ces jeudi et vendredi, au niveau national.

Jé. M. avec AFP