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Comment Emmanuel Macron s'approprie l'héritage du général De Gaulle

Emmanuel Macron, en 2018, à Colombey-les-Deux-Eglises.

Emmanuel Macron, en 2018, à Colombey-les-Deux-Eglises. - VINCENT KESSLER / POOL / AFP

Ce dimanche, Emmanuel Macron célèbre la mémoire du général De Gaulle. Un héritage qu'il met régulièrement en avant.

Lors de la première partie de son quinquennat, Emmanuel Macron a régulièrement fait référence à Georges Clemenceau. Maintenant, c'est davantage l'héritage de Charles de Gaulle auquel le chef de l'Etat fait référence. Et notamment dans le contexte actuel, avec ce que De Gaulle incarne comme "esprit de résistance".

A plusieurs reprises depuis qu'il est au sommet de l'Etat, Emmanuel Macron se place dans le sillon de celui pour lequel la France s'apprête à célébrer le 80e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940. A commencer par la photo officielle. Sur cette image qui va suivre le président de la République pendant tout son quinquennat, il a fait le choix de placer les Mémoires de guerre du général De Gaulle, disposé entrouvert sur son bureau.

Les grands rendez-vous de "l'année De Gaulle"

Pendant la campagne, il avait même paraphrasé le célèbre "je vous ai compris" de Charles De Gaulle. Alors que ces mots avait été prononcés dans le contexte de la guerre d'Algérie, Emmanuel Macron les a repris dans un discours à Toulon, s'adressant aux rapatriés d'Algérie, aux anciens combattants et victimes de la guerre: 

"Donc je le dis aujourd'hui, à chacun et chacune, dans vos conditions, dans vos histoires, dans vos traumatismes, parce que je veux être président, je vous ai compris et je vous aime. Parce que la République, elle doit aimer chacun."

Autre signe: le chef de l'Etat a fait ajouter à l'emblème de l'Elysée une croix de Lorraine. Symbole religieux, cela représente aussi la Résistance menée par le général De Gaulle pendant la Seconde guerre mondiale.

En 2018, pour les 60 ans de la Constitution de la Cinquième République, le président de la République a choisi Colombey-les-deux-Eglises pour célébrer cette date. Il devrait de nouveau s'y déplacer en novembre pour marquer les 50 ans du décès de l'ancien Président. Il s'agira là d'un autre rendez-vous de "l'année De Gaulle". Tout comme les célébrations prévues pour les 80 ans de l'Appel du 18 juin.

Un mythe français

Un héritage parfaitement assumé du côté de l'Elysée. Au cours de son discours de ce dimanche, Emmanuel Macron devrait "saluer le chef de guerre visionnaire" qu'était de Gaulle en 1940. Il "honorera le refus de la résignation et l'esprit de résolution et de résistance" dont le haut-gradé avait fait preuve face à "l'esprit de défaite" de certains responsables militaires et politiques français. Dans l'entourage du chef de l'Etat, on fait savoir que "la forme de dépassement" prônée par de Gaulle "a pu inspirer Emmanuel Macron, lui-même adepte du dépassement au-dessus des partis", notamment pour sortir de la crise du Covid-19.

"S'il existe encore des mythes français, celui de de Gaulle en fait partie, encore plus que celui de Napoléon", avance l'historien Jean Garrigues, auteur d'un ouvrage sur Les hommes providentiels.

En soulignant que chaque camp politique défend sa vision du gaullisme, qu'il soit "de gauche", "social" ou "souverainiste". Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait défendu une position en dehors des partis, comme avait pu le faire Charles De Gaulle.

Jean Garrigues exprime toutefois des doutes sur la capacité des responsables politiques à tirer des bénéfices de cette "emphase mémorielle" dans "le contexte actuel de divorce entre les Français et les élites" et alors que "les hommes de pouvoir n'arrivent plus à incarner la grandeur nationale" comme l'avait fait de Gaulle. 

Ivan Valerio, avec AFP