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Comment Alain Juppé tente d'humaniser son image de candidat

Alain Juppé, l'un des candidats à la primaire de la droite.

Alain Juppé, l'un des candidats à la primaire de la droite. - Martin Bureau - AFP

Il est sur tous les fronts: sur le marché à La Baule ou dans un documentaire de France 3, le candidat à la primaire de la droite Alain Juppé multiplie les sorties pour se débarrasser de son carcan d'homme froid.

Une machine intellectuelle mais une personnalité froide, un homme cassant: autant d'images qui poursuivent Alain Juppé jusque dans sa campagne pour la primaire à droite. A chaque apparition médiatique mais aussi sur le terrain, le candidat Alain Juppé cherche à renverser cette perception tenace des Français.

Cette semaine dans Paris Match, le maire de Bordeaux apparaît jovial auprès des électeurs ou embrassant sa femme Isabelle, seule femme de candidat à la primaire de la droite à être entrée dans la campagne. Quant on lui demande s'il conserve l’image d’un homme cassant, Alain Juppé peut sortir de ses gonds "Que voulez-vous que je vous dise (...) Je suis comme je suis. Je ne joue pas un rôle". Manuel Valls lui-même l'affirme: il le trouve "ennuyeux".

Si aujourd’hui Alain Juppé est l'une des personnalités politiques préférées des Français, il reste à ce stade "le plus populaire au niveau de tous les baromètres, celui qui va faire changer les choses, le plus sympathique et le moins inquiétant", assure le politique Brice Teinturier, interrogé par BFMTV.com.

Une grande impopularité à la fin des années 90

Le candidat revient de loin. Les années difficiles d'Alain Juppé débutent en 1995. Ce ténor du RPR est alors le Premier ministre de Jacques Chirac. Son plan, sur les retraites et la sécurité sociale, déclenche un mouvement de grève dans le pays, le plus important depuis 1968. Du 24 novembre au 15 décembre, fonction publique et secteur privé battent le pavé contre les mesures censées éviter la "fracture sociale", la cote de popularité du Premier ministre est en chute libre.

"Alain Juppé a souffert d’une forte impopularité à la fin des années 90 et au début années 2000" détaille Yves-Marie Cann, directeur des études politiques à l'institut Elabe, interviewé par BFMTV.com, une image dont il s’est débarrassée progressivement".

Son carcan d’homme mal aimé, Alain Juppé le quitte paradoxalement grâce à une condamnation judiciaire. En 2004, l’ancien collaborateur de Jacques Chirac est condamné à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Aux yeux de certains Français, il a payé pour Jacques Chirac. Yves-Marie Cann y voit l'épisode de son parcours qui l’a rendu à nouveau populaire.

"Une personnalité froide, cassante, dépourvue d'affect"

Mais il reste encore beaucoup à faire pour l'ancien ministre des Affaires étrangères de Mitterrand et Sarkozy: 

"Alain Juppé doit gommer ses points faibles, il est souvent vu comme une personnalité froide, cassante, dépourvue d’affect, surtout si on le compare à Nicolas Sarkozy, qui lui joue avec les émotions primaires comme la peur", continue le politologue. 

Documentaire sur France 3, entretien avec Karine Le Marchand sur M6, publication d'un livre numérique: le candidat multiplie les recettes pour s'humaniser dans une période électorale où la stratégie de l’image compte autant que la stratégie politique. A de nombreuses reprises, l'homme se veut moderne, s'affiche avec des jeunes militants ou vante ses relations avec ses enfants sur les réseaux sociaux.

Le bilan de Bordeaux comme une promesse pour la France

Si Alain Juppé a le vent en poupe dans les sondages depuis plusieurs mois, il lui faut consolider cette nouvelle image "d’homme équilibré, modéré et se différencier de façon positive par rapport à Nicolas Sarkozy" insiste Yves-Marie Cann. Mauvaise expression ou erreur de langage, un dérapage est très vite arrivé, or "Alain Juppé fait attention, il évite les accidents".

Autre atout consolidant cette toute nouvelle image, le temps tout simplement. Avec les années, son impopularité des années 90 s’envole, soufflée par son bilan en tant que maire de Bordeaux.

"Son bilan en tant que maire de Bordeaux constitue une promesse de ce qu’il pourrait faire pour la France, cela crédibilise sa démarche" conclut Yves-Marie Cann.

Et à ceux qui le trouve encore ennuyeux, Alain Juppé à sa propre réponse: "Je les emmerde".
Marine Henriot