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Ces couacs qui ont amené l'Elysée à réorganiser sa communication

Sylvain Fort et Sibeth N'Diaye vont désormais piloter la communication élyséenne.

Sylvain Fort et Sibeth N'Diaye vont désormais piloter la communication élyséenne. - Ludovic MARIN / POOL / AFP

Ce mercredi, on apprenait que la présidence de la République avait décidé de revoir en profondeur la cellule en charge de sa communication. L'exécutif cherche ainsi à tirer les leçons des ratés qui ont émaillé son été.

Dans l'exécutif, l'heure est aux (mini)-remaniements à tous les étages. Après les retouches apportées à deux ministères, et aux deux figures les incarnant, on a appris ce mercredi que la cellule communication de l'Elysée entrait dans une phase de restructuration. Ainsi, Sylvain Fort, plume d'Emmanuel Macron, est appelé à diriger ce département stratégique, assisté par la communicante Sibeth N'Diaye. Il s'agit pour le sommet de l'Etat de repartir d'un meilleur pied en cette rentrée agitée, après un été pour le moins difficile. 

Les errements de Bruno Roger-Petit 

Première victime de cette réorganisation, Bruno Roger-Petit, qui doit quitter ses fonctions de porte-parole de la présidence de la République qu'il occupait depuis un an, tout du moins selon son ancien média, le magazine Challenges. L'intéressé a quant à lui apporté un démenti auprès de LCI dans l'après-midi de ce mercredi.

L'ex-éditorialiste a personnifié les errements de la communication élyséenne lors de l'affaire Benalla. Le 19 juillet, derrière un pupitre de la salle de presse de l'Elysée, alors que la tempête secouait déjà fortement l'équipe d'Emmanuel Macron, Bruno Roger-Petit, qui signait là sa seule intervention de la sorte, expliquait qu'Alexandre Benalla avait été mis à pied en mai par l'Elysée pendant quinze jours, avec retenue de salaire, des éléments remis en cause dans les jours suivants.

Plus important peut-être, il s'était voulu solennel, décrivant cette sanction, jugée dérisoire par de nombreux Français et observateurs, comme "la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l’Élysée". 

"Faire de ce qui est clairement une erreur en terme de sanction le symbole de la fermeté de l’Élysée, c’est dramatique", avait posé sur notre antenne à l'époque, le rédacteur en chef du Figaro Guillaume Tabard.

La forme compassée de la prise de parole de Bruno Roger-Petit, un discours enregistré sans journaliste, avait aussi déplu. 

Un long silence 

Au-delà du destin personnel de Bruno Roger-Petit, le feuilleton Benalla a donc été un conséquent caillou dans la chaussure des gestionnaires de la parole présidentielle. Leur patron, Emmanuel Macron, a trébuché aussi.

Alors que l'affaire Benalla elle-même avait écorné son image auprès des Français selon plusieurs enquêtes d'opinion, son long silence a laissé dubitatif. Sur BFMTV, Philippe Moreau-Chevrolet, président de l'agence de communication des dirigeants MCBG, estimait que l'ensemble de la séquence initiale avait été manquée.

"Il ne peut vraiment prendre la parole que quand tout sera réglé, quand le ménage aura été fait à l'Elysée s'il doit l'être, dans le gouvernement s'il doit l'être, et qu'on ait un petit peu de clarté", développait-il.

Emmanuel Macron a fini, tardivement, par reprendre la main, notamment en s'exprimant devant les parlementaires de sa majorité. Si l'affaire Benalla a empoisonné le tournant juillet-août, elle n'est pas la seule à avoir montré les limites du dispositif de communication actuel. La rentrée n'a pas été plus tendre avec l'exécutif que le cœur de l'été.

Il y a dix jours, l'annonce-surprise par Nicolas Hulot de sa démission du ministère de la Transition écologique, forcément imprévisible, a pris au dépourvu ses collègues. De plus, l'incertitude quant à l'identité de son remplaçant, renforcée par l'hésitation autour du cas de Daniel Cohn-Bendit, dont le nom avait circulé avant que ce dernier évacue la possibilité de sa nomination, a duré une semaine. 

Hésitation fiscale 

Enfin, le pas de deux de l'exécutif au chapitre fiscal a désarçonné le public. Lundi, après que l'éventualité de bugs a été évoquée, Emmanuel Macron jetait le doute sur sa volonté de mettre en application en janvier 2019 le prélèvement de l'impôt sur le revenu à la source. 

"Avec ça, on peut brûler un capital politique. (...) Ceux qui me poussent à faire cette réforme ne seront pas là demain pour me défendre", confiait-il en marge d'un déplacement à Laval.

Mais, signe des atermoiements de sa communication, l'entourage du chef de l'Etat démentait la tenue de ces propos... le mardi matin. 

Toujours est-il que, dès mardi soir, sur le plateau du journal de 20h de TF1, Edouard Philippe confirmait le maintien de la réforme, s'efforçant de balayer les doutes, pourtant avivés par le président de la République. Une hésitation dangereuse, pour nos éditorialistes.

"On a joué à se faire peur et on a quand même mené les contribuables dans un jeu qui me semble un tout petit peu déraisonnable", a ainsi appuyé Christophe Barbier. 

Robin Verner